‹ Histoire d'Allemagne depuis les temps les plus reculés jusqu'à l ..., Volume 2Chapitre 44 sur 59 · SIECLE DU GRAND FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

SIECLE DU GRAND FRÉDÉRIC

moyens et d'autres , les revenus du royaume s'augmentèrent considérablement.

Il faut dire pour la justification de Frédéric, qu'il n'avait pas recours à toutes ces mesures pour luimême, mais pour le grand tout dont il était chargé; et en second lieu nous répéterons que les graves erreurs de son temps tenaient un bandeau fixé sur ses yeux. Avec quelle avidité cet esprit si pur auraitil saisi une meilleure lumière , s'il eût existé dans un temps de vraie liberté d'esprit ; car la liberté d'esprit lui était chère , et volontiers il laissait parler l\opinion publique. Son peuple jouit sous son règne d'une complète liberté de la presse , et lui-mênje il laissait courir avec indifférence des censures et des sarcasmes sur son compte. La conscience de ses efforts siconstants et de ses œuvres , comme aussi de sa fidélité à son devoir , l'élevait au-dessus des petites susceptibilités. La principale sollicitude du roi , c'était la recherche de la vérité, comme on l'entendait alors. Or, cette recherche consistait à vouloir comprendre tout, analyser, disjoindre, déchirer. Ce que l'on ne pouvait pas bien expliquer , était rejeté ; croyance, amour, espérance, respect pour les parents, dépendance, tous ces sentiments qui avaient leur siège dans les profondeurs impénétrables de l'âme furent extirpés par la racine. Cette époque n'entendait rien à la reconstruction ni à fonder quoi que ce fût ; bien plus, cette passion de tout détruire que la révolution française a portée au plus haut degré, a jeté tant de ruines partout que la réédification consomt, n. 28

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mera certainement la force vitale de plusieurs générations. Ce n'était pas seulement pour les états, pour la Vie intérieure de l'âme qu'agissait cette force de destruction j elle se montrait aussi dans la Science, dans les arts et même dans la religion. Les Français étaient à la tête de ce mouvement et tout le reste du monde les suivait; mais particulièrement les Allemands. Un vain ornement fut pris pour dé la profondeur, l'esprit et le sarcasme bannirent le sérieux de la raison ; à la place de cette diction douce et affectueuse, on n'employa plus que des expressions hardies et à effet. Mais ce qui démontre l'aveuglefrient de ces temps, ce fut d'avoir coupé les racines nécessaires à la viç des nations, et d'avoir méprisé lesœuvres de leurs pères. Cependant, dès ce temps-là, quelques hommes rares connurent la justice et là vérité et élevèrent la voix ; et l'on doit signaler dans le mondé savant Lessing, Kloppstock et Goethe, tomme fondateurs d'une époque plus réfléchie, beaucoup d'autres se joignirent à eux et élevèrent un rempart intellectuel contre les progrès de cëè fesprit d'analyse répandu dans le monde. £ous 14 Rapport de l'érudition 1 bientôt Kant , Ficlité et Jaèobi parurent sur le champ de bataille ; et sur ceà Commencements grandit peu à pett Cette puissante impulsion du génie, qui a déjà fait de grandes chosei et à en préparé dé plus grandes encore.

Le roi Frédéric ne prit point part à ce réveil au génie allemand; il vivait dans le monde idéal de$ Français. Les flots du nouveau fléttve de vie passaient

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sans l'atteindre, et se brisaient contré les digues qu'il avait élevées autour de lui. Cependant son estime pour les étrangers ehtraîria les premières classes de là sùùiêiè dans ses sentiments. De ménie que son ad-' ihiiiistration avait servi de modèle pour toutes les autres cours, plusieurs princes voulurent, à son exemple, gouverner par eux-mêmes; et comme As" ri avaient point le même gériie^ ils échouèrent dans leurs plans, malgré leur bonne volonté : par exem-1 jSÎe Pierre III, empereur de Russie j Gustave III, roï de Suède, et l'empereur J osepïi H.

smpU lit. 1T65— 1790.

Jttèepk fcuécédâ à son père Françôfe t*? dont les àcfiôtrê comme empereur n'offrent rien de rèmarqùa- Blë. Mais son fils brûlait d'un désïr Sautant plus vif d'apporter dé grands changements , de transformer Fâhfcien eh nouveau, et d'employer la grande puissance qu'il avait reçue dé la nature à Faire faire un gtand pas à ses états. Seulement , tarit que sataère Marié-Tliérése vécut, c'ësl-à-dîre jusqu'à Tan iTfcOV. 11 Tut enchaîné par ses volontés; car cette princesse habile et toujours active rie pouvait vivre sans prendre part aii goiivernerrïertt, et ses devoirs dé fîlé

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qui ont eu une grande influence sur les dix dernières

années de son règne.

Premier partage delà Pologne.1773 .—Auguste III, mort en 1765, n'avait laissé qu'un petit-fils en bas âge ; et, à cette occasion, la maison de Saxe perdit ce trône qu'elle possédait depuis soixante-six ans. Alors aussi la Russie et la Prusse se mêlèrent des affaires de Pologne ; car ce peuple auparavant % fort et redouté, était devenu faible par ses dissensions et incapable de se soutenir par lui-même. Les deux puissances exigèrent que la Pologne choisît pour rol un homme de sa nation, et dix mille Russes, qui arrivèrent tout d'un coup sur Varsovie, avec autant de Prussiens qui se rassemblèrent sur la frontière, obtinrent que Stanislas Poniatowsli fût placé sur l& trône. Depuis lors, il ne se tint plus de diète sur laquelle les étrangers n'exerçassent leur influence.

Bientôt après cet événement eut lieu une guerre entre la Russie et la Turquie, dans laquelle la Moldavie et la Walachie furent conquises par les Russes, qui auraient fort désiré conserver ces conquêtes. Mais l'Autriche ne voulait en aucune façon y consentir, de peur que la Russie ne devînt trop puissante; et Frédéric II se trouvait aussi dans un grand embarras vis-à-vis de ces deux puissances, ne sachant comment il maintiendrait l'équilibre. Alors on trouva que le moyen le plus propre de sortir de cette position était de prendre sur le peuple qui était le moins en état de se défendre contre une telle violence, sur la Pologne, une portioa de son territoire ; afin que les

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trois autres états pussent s'en agrandir. On ne peut savoir précisément d'où vint cette penséej niais il e* facile de voir qu'elle sortait du génie de l'époque*1 Comme la sagesse d'alors ne fondait tous ses caleuls gué sur une mesure matérielle, ne concevait la force des états-^de par les milles carrés, le nombre des ha?bitant^ ofos soldats , et l'argent qu'ils possédaient, le fond de la politique était de diriger tous ses efforts vers l'agrandissement j rien ne semblait digne d'envie comme une acquisition qui pût bien arrondir un royaume, et toute considération d'équité et de raison devait céder de vantcet impérieux principe. Un des grands états avait-il fait seul une pareille conquête , alors les autres accouraient suspendre à son hameçon l'équilibre européen. Ici donc les trois royaumes qui touchaient la Pologne se partagèrept la proie proportionnellement , s'en agrandirent; et l'on crut ensuite avoir paré à tout danger. Ce système était devenu si superficiel, si misérable et si absurbe, que l'on ne sentait pas que le juste équilibre et la sécurité durable pour tous, ne pouvaient être fondés que sur un respect sacré pour la conservation des droits des peuples. Le démembrement de la, Pologne fut l'anéantissement même de tout système d'équilibre, et le précurseur de ces grandes révolutions y de ces grands déchirements, de ces transformation, même de ces ambitions qui tendirent à un empire unir versel et dont les secousses pendant vingt ans ont ébranlé l'Europe dans le plug^rofbnd de ses fondements. Le peuple polonais pressé de trois côtés

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fut obtgéy enPautomne de Vannée 1773, de consentir à ce que trois cents milles carrés ftissent démenbres de sa propriété pour être partagés entre la Russie. là Finisse et l'Autriche.

'■ 2) Guerre au sujet de la succession de Bavière, 1778. <"— Le'prince électeur Maximilien-Joseph, étanï fftôrt sans enflants, 1777, l'héritage de ses états et de àon élëctorat appartenait à l'électeur palatin. Mais Pempereur Joseph voulut tirer profit de cet héritage k davantage de l'Autriche ; il fit revivre d'anciens dr dits, se jeta tout-à-coup sur la Bavière avec son armée et l'occupa. Alors Je pacifique palatin, Charles-Théodore, prévenu et mis en fuite, signa un ac- Comtnodement par lequel il abandonnait à la maison d'Autriche les deux tiers de la Bavière pour en con- * Server le dernier tiers." La conduite de l'Autriche dans cettfe occasion, et la part qu'elle avait prise au démembrement de la Pologne étaient d autant plus inattendues, que c'était le seul des grands états qui 8e Ait jusque là abstenu d'un pareil abus de sa forcée Mais le vertige du siècle avait triomphé de cette pacifique retenue de l'Autriche.

Il y eut de grands mouvements à cette occasion dans l'empire; Frédéric II surtout crut ne pas devoir rester oisif, fi prit parti contre i* Autriche et fit des préparatifs, en qualité de protecteur du duc de ©eux-Ponts, héritier de^Chartes-Théodore, qui prcn testai! contre le traité fait par ce dernier prince e^; demandait l'assistance du roi de Prusse. Lé jeutfe empereur Joseph était trop bouillant pour n'en pas

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faire autant ; il vint prendre position pn Bohême, et là, il attendait le roi, si avantageusement placé qûé les Prussiens, qui avaient déjà passé le sommet des montagnes, craignant de tout risquer daus une at-r laque, se retirèrent de la Bohême. Après quelques combats, peu importants du reste, entre les troupes légères, la paix fut signée à Teschen, le 13 mai 1779,| par la médiation de la France et de la Russie , a vanli même la fin de la première année de la guerre. L'impératrice Marie-Thérèse ne partageait point la pas-> Sion guerrière de son fils; elle lui demandait au contraire avec instance de se réconcilier, et de fairë la paix. Et Frédéric, qui n'avait rien à gagner à cette guerre, y était assez disposé. H était déjà courbé parla vieillesse, et avait l'œil trop clairvoyantpoûi* fre pas voir que l'ancien esprit de l'armée qui lui avait fait faire des prodiges dans la guerre de sept ans,; avait presque entièrement disparu, bien que la dis-* cipline la plus sévère, et que les punitions même outrées pour de petites fautes dans les formes, fti*i sent maintenues dans toute leur vigueur. Souvent tnéme les administrations de l'armée étaient en foré mauvais état : mais c'était surtout celle des pour<- Voyeurs ; car dès le premier mois de la guerre, elte laissa Farinée souffrir delà disette pour les premiers besoins. Le roi sentit bientôt ce défaut, et cependant ne put en découvrir le principe; mais il en fut trè$ tourmenté. La paixluiétait donc de beaucoup prêW^ rableà la guerre. Parle traité qui suivit, l'Autriche rendit à la maison palatine tous les états de Bavière,

excepte le petit cercle de Burgau , et l'héritage eu lut assuré au duc de Deux-Ponts,

L'empereur Joseph, seul. 1780 à 1790. — Après la mort de Marie-Thérèse , l'empereur Joseph s'efforça, de toute l'impétuosité de son bouillant caractère, de mettre ses grands projets à exécution dans le plus court intervalle possible, et de donner aux différente* espèces de peuples répandus sur la surface de «es vastes états une seule et même forme de gouvernement, tçlle qu'il l'avait conçue dans sa tête. On aurait dit que sa manière d'être et de faire fussent les ayantcoureurs de cette révolution , la plus inouïe , qui a troublé l'Europeentière. D'ailleurs ce prince de même que sonsiècle et le siècle suivant, purent voir par euxmêmes leurs créations promptement jetées dans le néant ; parce qu'ils s'étaient abusés jusqu'au point de croire qu'ils pourraient changer, dans le court espace d'une vie d'homme ou même de quelques années, ce que la race humaine n'a opéré que par un lent enfantement à travers les siècles. Car cette présomption par laquelle on prétend changer en réalité les idées qu'on s'est faites, uniquement parce qu'elles sont possibles, quelles que soient d'ailleurs les oppositions qu'elles doivent rencontrer dans le cœur de l'homme, dans son amour et son attachement pour ce qui est habitude et pour cequi vient des aïeux; cette présomption, dis-je9 se trouvait au plushaut degré dans l'empereur Joseph, 6t c'est elle qui a entravé ses bonnes intentions. H avait une volonté arrêtée pour la justice et le bien, pour le bonheur de ses états , pour les progrès et la

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