JOSEPH II
liberté de l'intelligence; mais il négligea d'interroger sans prévention la nature humaine, et de s'instruire sur le caractère propre de chacun de ses peuples. Ce qu'il entreprit, le plus souvent n'était point mesuré sur leur état actuel ; et ce qui convenait à l'un d'eux ne pouvait s'adapter à un autre. Avec le sentiment de la générosité de ses intentions, Joseph II se modela sur Frédéric pour régner par luimême; mais Frédéric s'occupa plutôt d'arrangements extérieurs, de l'administration de l'état, des progrès de l'industrie, de l'augmentation des revenus, et il n'entra que très peu dans ce qui regarde la marche intellectuelle, qui suivit son cours particulier, quelquefois même tout-à-fait inconnu de lui ; tandis que Joseph, par ses nouvelles dispositions, attaqua sou vent l'endroit le plus sensible pour le peuple. Il voulait surtout la liberté de conscience et la liberté dépenser ; mais il ne remarquait pas que l'admission de ce principe dépendait d'une conviction intime qui ne peut être imposée, et n'existe réellement que lorsque la lumière a pénétré .peu à peu jusqu'au fond du cçeur.
Les plus grands obstacles que Joseph trouva pour $es innovations vinrent de la part de l'Eglise; car i\ voulut confisquer quantité de couvents et déniaisons religieuses catholiques, et changer tfrusquemçnt toute la constitution ecclésiastique; c'est-à-dire,, que ce quj aurait pus* arranger de soi-même dans l'intervalle cl' u* dei^i-siècle , il voulut l'obtenir dans la prcniièrc au; née de son gouvernement. v
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Par cette confiscation des biens ecclésiastiques, plus d'un prince voisin, par exemple, Vévéque de Passau et l'archevêque dé Salèbourg, se trouvèrent lésés dans leurs droits, et ne manquèrent pas d'élevée de grandes plaintes ; de même aussi, dans plusieurs âjatres circonstances , beaucoup de princes crurent trouver dans l'empereur une espèce de mépris pouf les" constitutions de l'empire. Les appréhensions augmentèrent 'extrêmement quand on le vit, dans Vannée 1785, ménager un traité d'échange avec le prince électeur palatin de Bavière; d'après lequel ce prince devait abandonner -son pays à l'Autriche, et recevoir, en revanche, les Pays-Bas avec le titre de roi d'un nouveau royaume deBoùrgoghe; de cette façon tout le sud de l'Allemagne aurait appartenu à fÀutricehe. Le prince n'en était pas éloigné , et la France et la Russie y étaient consentantes, dans le principe ; mais Frédéric II vint encore Une fois déconcerter ces plans, et réussit à en détourner la Russie:
Ces mouvements, occasionés pat les efforts dé l'empereur Joseph ,* qui cherchait à donner à' sel projets une prompte exécution, firent naître dans là tête du vieux roi de Prusse la pensée de décideriez princes allemands à faire entre eux une alliance , pour assurer le maintien de la constitution impériale ; de noféme que déjà, antérieurement, on avait Vu plusieurs membre^ dé l'empire s'unir pour leu* tautuélle défense. Tel devait Aire Tunique but dé falliance, du moins d'après la parole même du roi; et elle fut arrêtée, en Tannée 1785, entre la Prtissé;
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la Saxe, le Hanovre, les ducs de Saxe, de.Bnrçwr \vïck, déMecklènbourg, de Deux-Ponts, le landgrave de Hesse et quelques, autres princes ; bientôt même électeur de Mayence s'y joignit encore. Cette alliance fut au fond une démarche moins ennemie que Révère; mais ce n'en était pas moins un reproche sensible foît à la maison d'Autriche au sujet des nouvelles entreprises de F çmpereur ; et c'était en même temps unie leçon qui l'avertissait que la destination de la maison d'Autriche, parmi les peuples de l'Europe, était dé maintenir ce qui existe, uniquement de protéger le droit, de présenter toujours un rempart & l'esprit de conquête et d'étrç ainsi le tuteur de la liberté commune; maisque pour peu qu'elle s'écartât de celte voie, elle perdait aussitôt la confiance public ofue. Bu reste , cette alliance n'eut aucun résultat poufr l'Allemagne , sôît parce que Frédéric ÏI mou-* rut Fan/iée suivante , soit parce que les successeurs de Joseph H revinrent heureusement aux anciens principes de lëuf maison, la modération et la sagesse $ soit enfin parce que , dans les dix dernières années de ce siècle, il se passa en Europe des événements si inouïs, qu'ils firent oublier tout le reste, qui n'était plus que de la Futilité eh comparaison .^ ' | Mort de Frédéric H. 17 août Î786, • — Cette alliance des princes ftit le dernier acte public <ïu grand Frédéric , qui eèt quelque Importance ; il mourut Tannée suivante. Il resta toujours actif et entreprenant malgré sa vieillesse, mais il devînt de plus en plus isolé; car tous les anciens compagnons
de &es premières années étaient descendus au tombeau avant lui (Ziethen mourut au mois de janvier de r^nnee même de sa mort, âgé de 87 ans) ; et d'un autre côté , le grand roi n'avait pas reçu du ciel le don de la paternité, le don par lequel l'homme semble revenir aux premiers sentiments de l'enfance et pour ainsi dire recommencer sa carrièçe ; il ne pouvait se voir rajeuni et revivant dans sa postérité. D'ailleurs il n'avait pas au fond de son âme des sentiments convenables pour cet état, et sa nature était fjotrt imparfaite .sous ce rapport.
Son esprit se soutint presque intègre pendant soixante- quatorze ans, 'quoique son corps fût extrêmement affaibli. Le grand usage qu'il avait fait des fortes épices et des mets prépares, à la manière française , avait desséché tous les sucs de sa vie, et une grave hydropisie aggravait de plus en plus son état. Il de vint plus mai dans de l'été 1786, et le 17 apût il succomba. Il fut enterré à Potsdam, sous la chaire de l'église. •
Quoique la nouvelle de cette mort, arrivée dans . Un âge si avancé, ne pût surprendre personne, elle causa cependant une émotion générale dans toute l'Europe. — Frédéric laissa à son successeur un royaume bien réglé, peuplé de six millions d'habitants, une forte armée et un trésor bien repapli ; mais le plus beau trésor qu'il laissa fut le souvenir de ses héroïques et valeureuses actions, qui devait devenir plus tard pour son peuple, un cri de réveil et d'encouragement.
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Mort de Joseph H, le 20 février 1790. LéopoldIIF 1790 -92. — L'empereur Joseph s'était engagé, en 1788, dans une guerre, contre les Turcs, qui ne lui rapporta pas tous les avantages qu'il s'était promis,, Sop armée souffrit des pertes considérables, surtout par la maladie , et bien qu'il s'y fût rendu en per^ sonné, ses armes ne furent pas heureuses ; il manquait du sang-froid , du calme nécessaire à un grand général.
Dans ce même temps la Hongrie commença à donner tout haut des marques de mécontentement; parce que Joseph traitait le peuple qui Pavait sauvé, lui et sa mère , sans aucune considération pour ses droits, ses mœurs et son langage. Mais dans les Pays,- Bas, il y eut une révolte ouverte; le clergé, le peuple,; la noblesse , les villes , tous voyaient, dans les réformes trop précipitées de l'empereur, des- attaques contre leurs anciens privilèges. Ils prirent les armes, et le 22 octobre 1789 les provinces du Bratant sp déclarèrent indépendantes, dans une assemblée à Bréda. Presque toutes les villes prirent le parti des révoltés, qui avaient à leur tête on avocat, Van der Noot; et les employés autrichiens se virent forcés deprendre lafuite. C'était un avant-coureur des grands événements qui se préparaient en même temps en France. L'empereur Joseph mourut au milieu de ces agitations, dans sa quarante-neuvième année, le %0 février 1790. Il avait été fort ébranlé par les fatigues qu'il épouva dans la guerre des Turcs ; mais U fut encore {dus accablé par la douleur de voir tant
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de projets manques et la colère des peuples soûles 44ë contre lui.
1 Comme il n'avait point laissé d'entants, son Frère Pïerre-Léopold, jusque alors grand-duc de Toscane* Iùlï -succéda dans, les états héréditaires d'Autriche. Là tâche qui lui était imposée n'était rien moins que Facile;; car dé tous les côtés régnait le mécontentement ou la révolte , partout il y avait des te-* vées de boucliers ou des guerres. Il Fallait la pW sage modération pour conduire heureusement le gou-, Vérnail à travers une pareille tourmente; mais* Leopold possédait ce calme et cette sagesse. Les plus dangereuses innovations de son prédécesseur Furent écartées, la Hongrie Fut pacifiée, les Pays-Bas furent dpàisés tant par la Force des armes que par ta confirmation de leurs droits et de leur constitution^ enfin, Pannéè siri vante/on fit aussi la paix avec les Turcs. Xé 30 septembre 1790, l'héritier de la maison qÂutriche Fut choisi pdur empereur d'ÀÏlemaghef sous le nom de Léopold II. 11 ne régna que deux ans, juéqu*au lè mars 1792, et ce court règne finit au moment que commençait en Europe uriç époque pleine de difficultés et d'embarras.
La révolution française.
Cet esprit d'analyse qui pénétrait partout poti* èfcamihèjr et décomposer; éet esprit à la Foie paie** tilleul et Mendiant apporté dans bs fcteneeàfi