LÀ RÉVOLUTION FRANÇAISE
Le peuple haïssait cette cour et tous les grands , et les regardait comme des sangsues; parce qu'en effet ils vivaient dans la dissipation la plus démesurée, tandis que toute la France retentissait des cris de misère et de détresse et était presque accablée sous le poids des impôts (*). Ces plaintes acquirent d'autant plus de force que Ton connaissait parfaitement la source du mal ; le peuple voulait désormais jouir des droits de l'homme, de la liberté de la pensée et de l'égalité de tous devant les lois naturelles. Ainsi le mécontentement engendra des désirs brûlants, des flammes dévorantes ; car, quand la raison et la passion combattent toutes deux pour le même but, rien ne peut leur résister , et l'impulsion une fois reçue , elles ne peuvent plus s'arrêter. Les hommes les plus éloquents de France avaient souvent vanté au peuple , en confondant mille erreurs avec la vérité, les droits inaliénables de l'homme qu'aucun roi ne peut lui ravir. Montesquieu, Rajrnal, Diderot , Helvetius, Rousseauet Voltaire avaient jeté dans son sein une foule de nouvelles pensées. C'était surtout le tiers-état , la bourgeoisie , qui était pleine de ces pensées nouvelles, de ces pensées de progrès. Cetterdasse qui, à peine quatre cents ans avant, devait encore plier sous le joug et paraître pour ainsi dire muettedans les assemblées générales, quand son temps
(*) Les impôts étaient mal répartis, les pays de droit écrit étaient en effet accablés, tandis que les pays d'état, Bretagne, Languedoc, Bourgogne, etc., étaient moins grevés ; mais surlout le mode de perteption était arbitraire et abusif. N. T.
460 septième époque. 1648—1888»
fut vepiij peûversa sous ses pieds et la noblesse, et le clergé % et le trône du roi ; parce qu'ils barraient son passage dans cette carrière qu'elle s'était ouverte par un effort extraordinaire.
Un embarras d'argent , qui fit que les ministres ne pouvaient plus satisfaire aux besoins de l'État, et plusieurs autres difficultés décidèrent le roi à convoquer , ppur le 1er mai 1789 , les trois ordres de l'État à une assemblée générale. Mais, d'après les arrangements de son ministre Necker , sur les douze cents hommes qui devaient composer la réunion , il y en avait la moitié qui représentaient la bourgeoisie. C'était une disposition d'autant plus dangereuse que la voix de la masse du peuple devait lui donner une importance plus marquée; car rassemblée devait sç tenir à Versailles , dans le voisinage de la capitale 9 de ses milliers d'oisifs et d'hommes entreprenants. Ce fut une faute capitale par où débuta le parti de la cour ; d'autant plus que Paris a toujours donné l'exemple au reste de la France. L'assemblée n'avait été convoquée que pour donner conseil aux gouvernants sur la manière d'administrer j mais le tiers-état voulait plus que cela ; il voulait un nouveau et meilleur gouvernement. Il aurait fallu surtout que les états privilégiés r la haute noblesse et le haut clergé t se chargeassent proportionnellement des charges de TEtat, afin que les bourgeois et les fermiers en fussent soulagés d'autant ; mais ils s'y refusèrent. S'ils a-yaieut alors témoigné plus de renoncement à leurs fntéréto et phifr d'amour pour la patrie , peut-être