LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
auraient-ils sauve la France des horreurs d'une révolution. La noblesse des provinces et le haut clergé se joignirent en partie à la bourgeoisie, et le tiersétat fit un pas important en se déclarant as§emb|ée nationale. Alors il fit demander aux deux autres états de déclarer s'ils voulaient ou non se réunir à lui ; car, si l'on votait par état , les deux autres pouvaient se réunir contre celui delà bourgeoisie ; si, au contraire, on devait recueillir les votes dans une assemblée générale par tête r alors le tiers-état devait avoir de beaucoup la supériorité. Cependant les deux premiers étajts . furent obligés de céder et de se réunir aux deux autres en une seule assemblée , et dès lors la révolution Ait décidée. Ce ne fut, dans la première pensée, qu'une révolte de la bourgeoisie contre les droits féodaux de la noblesse et du hautclèrgé;mais depuis elle est devenue un boule versement pour toute l'Europe. Dans le principe elle n'était point dirigée contre le trône des princes, et si Louis en f^t cependant précipité , c'est qu'il fut toujours irrésolu, cédant avec trop de faiblesse et de facilité ? tantôt aux bons , tantôt aux mauvais conseils ; c'est que sa cour et ses grands étaient trop débauchés ; p'est que le peuple de la capitale de la nation d'Europe la plus impressionnable et la plus passionnée, prit part au maniement des affaires.
Il serait trop long de raconter ici par quels degrés a passé cette révolution, pour arriver de commencenients sâgèsà tout ce qu^ 4e 'p!1*? emporté la ^reMr des hommes les plus pervers j combien de sang irmq-
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cent a été versé ; comment un roi et une reine ont été immolés ; comment des hommes effrénés <jui foulaient aux pieds tout ce qui est sacré , ont renversé Tautel de la religion , consacré un temple à leur propre et ténébreuse raison , et ont même osé décréter l'existence de Dieu ; comment enfin , plus tard» dans le délire de leur insolent orgueil , ils ont substitué à l'ancien gouvernement un nouveau qu'ils avaient formé sur le papier ; comment ils l'ont publié avec acclamation, comme un chef-d'œuvre d'une éternelle durée et Vont renversé quelques mois après. Malheur au peuple qui doit jeter les fondements d'un gouvernement, parmi l'effroi des grands bouleversements , parmi le sang , le meurtre et le bruit de la cloche d'alarme ! Les fondements de la vraie liberté ne peuvent se trouver que sous l'égide du droit , de la morale et de la modération , lorsque le nouveau sort de l'ancien comme un rejeton sort de sa tige. Telle est la véritable amélioration de la condition des peuples, dont la marche est tracée par l'histoire. Mais si toutes les souches d'une forêt antique sont renversées à la fois, alors toutes les jeunes pousses n'ont plus de tuteur contre l'orage : en France , le souvenir du passé fut extirpé , l'histoire anéantie , et Ton voulut tout créer ; aussi ces nouvelles créations disparurent-elles emportées comme une fumée. Cependant, on ne peut nier que dans ce torrent d'idées , il ne se trouvât quelques perles d'or mêlées avec le flot qui méritent d'être conservées dans l'histoire de l'Europe.
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Dans les autres pays, et surtout en Allemagne, les succès extraordinaires des Français avaient porté au plus haut degré l'exaltation des esprits; le levain de pareils mouvements fermentait partout; de toutes parts les partis se dessinaient , les uns pour la conservation pure de ce qui existait, les autres pourl'étar blissement rapide des nouveautés ; mais la Providence nous garda des cruautés de la guerre civile, malgré mille abus qui se trouvaient au milieu de nous et devaient être réformés. Les princes étaient trop sages et les peuples trop fidèles et trop bons pour que la passion étouffât tout autre sentiment. Cependant nous n'avons pu, non plus que les autres nations, échapper entièrement aux malheurs de cette époque orageuse; et toute l'Europe a expié avec usure les erreurs du siècle précédent par des angoisses auxquelles elle a été si long-jtemps en proie , et par des milliers de victimes prises parmi ses meilleures têtes; car toutes les contrées de l'Europe s'étaient laissé entraîner à la fois par l'exemple de la France. Mais, comme la France avait marché en tête du mouvement avec audace et arrogance, il fallait aussi qu'elle fût corrigée la première et par le châtiment le plus sévère.
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OoêHUoA èé Y Autriche, la frrune, l'Bhipiré, k Hollande, l*Bsftigie «I plusieurs autres peuples contre la France. 1792.
L'empereur Léopold resta fidèle à son système dé paix, quoiqu'il ne vît qu'avec une grande inquiétude ces événements qui se passaient en FVance. Beau*coiip de princes étaient bien plus portes. que lui a employer la force contre ce peuple révolté, en faveur des princes et des nobles émigrés. Ces émigr es se Rassemblèrent en grand nombre sur le Rhin et en . Italie, et décidèrent les princes à la guerre. La' révolution avait en effet blessé plusieurs princes de l'empire dans certains droits. qu'ils exerçaient depuis long-temps en France; et quand ils demandèrent indemnité , on leur répondit avec cette arrogance que pendant vingt- cinq ans on retrouve dans le langage des Français. Cependant l'empire eût dû penser que pour un peuple révolté la guerre au dehors est un avantage ; elle arrête les divisions intestines et lui donne, en le forçant à se réunir, une grande force contre l'étranger.
François 11. 1792-1806. — Le nouvel empereur fit aveole roi de Prusse, Frédéric-Guillaume II, une alliance contre la France. Pour les prévenir, celleci se hâta de déclarer la guerre à l'Autriche, en 1792. L'attaque des Prussiens surprit la jeune république, qui avait encore son roi à sa tête, mais sans aucune puissance. La France n'était pas encore préparée, et la première invasion fut heureuse. Partout on put
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marcher en avant 1 et Ton prit toutes lés villes qui se trouvaient sur la route. Valenciennes , Longwy, Verdun, lurent conquises ; on emporta les passages de la forêt des Ardennes, et Ton vint occuper les plaines de la Champagne. Déjà même on tremblait danb Paris^ mais bientôt le peuple se réveilla , et ce Turent ses ennemis mêmes qui le réveillèrent. Sanô doute entraîné par la présomption et les folles espérances des émigrés, le duc de Brunswick, qui commandait l'armée prussienne, fît répandre en France un manifeste qui devait aller jusqu'au fond du cœur des Français, et surtout de ceux qui n'avaient pas voulu reconnaître les anciens droits de la royauté. Il y avait entre autres menaces celle dfe mettre Paris à feu et à sang, il n'y devait pas resté* pierre sur pierre , disait-on en propres termes. Aussitôt, comme si une étincelle électrique s'était côrn* muniquée à toute la France, on vit de toules parts les hommes et les jeunes gens, hrûlant de combattre pour la liberté, accourir d'eux-mêmes à Tatmêe qui se rassemblait sous les ordres de Dumouriez. Bientôt il fut en état d'aller au-devant de l'ennemi, fl tiflfc prendre une position très avantageuse sur là routé, près de Sainte-Meiiehould; et comme les Prussiens* dans ce pays ravagé , manquaient déjà des choses nécessaires pour leur entretien, et que d'ailleurs lès maladies survenues à cause des pluies continuelles emportaient beaucoup de leurs soldats mal vêtus, il leur fallut , après une canonnade insignifiante à Valmy, songer à la retraite ; ils se trouvèrent même
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très heureux qu'elle leur fût encore possible. Ils revinrent donc jusque de l'autre côte' du Rhin.
Mais Dumouriez joignit à Jemmappes les Autrichiens, leur livra balaille, le 5 ou 6 novembre 1792, (c'était la première de la république), et remporta la victoire. II avait quatre fois plus de monde que les Autrichiens et une épouvantable artillerie qui Taisait trembler la terre des coups de ses grosses pièces. Les Autrichiens sedéfendirent avec un courage vraiment héroïque, pendant deux jours contre cette supériorité de forces ; enfin il fallut céder le champ de bataille (*). Par cette seule bataille la maison d'Autriche perditles Pays-Bas ; l'armée victorieuse entraîna tout comme un torrent , et les habitants , mécontents de la domination autrichienne depuis Joseph II et déjà séduits par la pensée de la liberté, reçurent avec joie les Français. Ils plantèrent partout des arbres de la liberté, établirent une convention ; de sorte que tout le pays occupé profita des institutions de ses conquérants.
Dans le même temps le général Gustine s'avançait dans les provinces rhénanes , et recevait par trahison l'importante place de Mayence. Le vertige de la liberté avait aussi soufflé dans cette ville, et on y prit toutes, les institutions de Paris. Mais Franc-
(*) H y avait quarante mille Français qui venaient de s'enrôler volontairement sons les drapeaux, contre vingt mille Autrichiens de vieilles troupes, et si bien retranchés que l'artillerie ne pouvait les débusquer, il fallut que la cavalerie tournât l'aile gauche pour venir ensuite faire une charge dans les fossés. N. T.