PROGRÈS DE LÀ NOUVELLE DOCTRINE. ZÏ
bition , prit querelle en 1522 , aVec Richard, archevêque de Trêves, et lui déclara la guerre, Luther s'y opposa formellement. Son entreprise fut une des dernières démonstrations du droit du poignet en Allemagne; un seul chevalier, avec ses amis, se forma une armée de douze cents hommes , osa combattre malgré la défense de la diète de Pempire et d'un de ses puissants princes, tomba sur son territoire 9 le désola de long en large et ne rentra dans ses châteaux que quand deux autres princes s'unirent à l'arche-' vêque, Louis, électeur palatin, et Philippe, landgrave de Hesse.
Il fut lui-même, l'année suivante , assiégé par eux dans son château de Landshut, vivement pressé et même fait prisonnier après avoir été grièvement blessé. Il mourut quelques jours après et ses ennemis mêmes ne pouvaient taire leur admiration pour lui et la douleur qu'ils ressentaient de voir une puissance comme la sienne succomber de la sorte , sans avoir pu se développer sur un plus grand théâtre. La chute de Sickingen n'eut aucune influence sur les affaires de Luther ; car il avait eu soin de les tenir à l'abri de toutes dé monstrations extérieures et politiques, dans lesquelles ces chevaliers voulaient les eor traîner. Et ce fut la cause principale de la durée de ce qu'il avait fondé* S'il s'était laissé aller à une lutte extérieure, toute la force d'activité de la nation se serait consommée et tout le mouvement de l'époque aurait passé comme un spasme d'up instant.
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Frédéric-le-Sage, électeur de Saxe, fut celui des princes allemands qui prit plus activement parti pour Luther. Au commencement il ne voulut point entrer de son côté; il ne le défendit point et se contenta d'empêcher qu'il ne fût livré à ses ennemis avant qu'il ne se fût acquis une conviction. Ce ne fut qu'après la diète de Worms qu'il se prononça toutà-fait pour lui. a Les affaires d'Allemagne, disait-il, en 1523 , à Nuremberg, sont si avancées qu'il n'est plus au pouvoir des hommes de leur donner une bonne direction. Dieu seul en est capable ; il faut donc lui recommander cette importante affaire qui est au-dessus de nos forces. »
Peu à peu plusieurs princes se déclarèrent pour la nouvelle doctrine , quelques-uns certainement par une intime conviction ; mais d'autres se rendirent coupables des accusations de leurs adversaires : de s'être laissé entraîner par l'appât du butin qu'offraient les biens ecclésiastiques.
Diète de Worms. 15S1.
A la grande diète de Worms, on voulait terminer toutes ces querelles de religion qui déjà occupaient beaucoup les esprits en Allemagne. Le pape y avait envoyé un légat , le cardinal Aléa nder, pour engager l'empereur et les princes à recourir à l'autorité de la puissance temporelle contre Luther. Ce légat, à son grand étonnement, trouva que déjà toutes les classes du
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peuple étaient déclarées contre le pape. Il vit partout répandus des écrits, des chansons, des tableaux qui tournaient le pape en ridicule ; et le légat lui-même, quoiqu'il voyageât parmi la suite de l'empereur , se vit exposé à des traitements fort molestants et souvent même en danger pour sa vie. A la diète cependant , sans entrer au fond de la question, il se contenta de requérir les mesures les plus violentes contre un homme déjà condamné comme héritique, et présenta en même temps aux princes un grand nombre de propositions tirées des écrits de Luther, qui prouvaient qu'il s'écartait des enseignements de l'Eglise, même dans les principaux articles de foi et particulièrement dans ceux admis par le concile de Constance. Mais l'électeur de Saxe se leva alors contre lui et demanda qu'on entendît Luther pour savoir de lui, si ces propositions étaient bien extraites de ses écrits et s'il les reconnaissait. L'empereur et les princes furent de cette opinion ; le cardinal s'y opposa en disant que ce qui avait déjà été décidé parle pape, ne pouvait pas être examiné par une diète composée de laïques et d'ecclésiastiques. On répondit qu'on ne voulait pas examiner la croyance de Luther ; mais seulement entendre de sa propre bouche s'il a réellement écrit et enseigné ce pourquoi il a été condamné ; et que pour cela il fallait qu'il fût appelé. Ce fut là un des pas les plus importants dans l'histoire de la réforme; et c'est ainsi que l'afFaire de Luther fut publiquement traitée dans une assemblée nationale.
Ses amis , et particulièrement l'électeur de Saxe ,
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demandèrent pour lui un sauf-conduit impérial et inviolable ; on le lui promit et il se mit en route de Wittenberg pour venir à Worms. Dans ce voyage, il apprit à connaître la force de son parti ; car le peuple affluait par milliers de tous côtés au-devant de lui pour le voir et le saluer ; et quand , le lendemain de son arrivée, il fat conduit à la diète, le 17 avril , le grand maréchal de l'empire fut obligé de le faire passer par les jardins et les maisons^de derrière , tant était grande la foule. Sa vue ne produisit pas la même impression sur tous les assistants ; car l'empereur Charles se tournant vers son voisin , lui dit, raconte-t-on : « Jamais cet homme ne fera que je devienne un hérétique. » En effet, Luther était pâle et accablé par une fièvre minante et continue; et la vue-de cette grande assemblée, la pensée qu'il y comparaissait tout seul, devant l'empereur et l'empire, semblaient avoir absorbé toutes ses facultés. Un vicaire de Parchevéque de Trêves, lui demanda, au nom de l'empereur et de l'assemblée, s'il reconnaissait pour siens ces livres qu'on lui présentait et s'il soutenait lès propositions qui y étaient contenues. Pour ia prtmièfe partie, il répondit : oui; et, quant à là deuxième, il demanda un peu de temps de réflexion. On lui accorda jusqu'au lendemain. Le lendemain il répondit publiquement au milieu de l'assemblée : « Que ses écrits étaient de trois espèces; que les uns, qui traitaient des articles de foi et des bonnes œuvres, n'étaient pas même blâmés dans toutes leurs parties par ses adversaires, et que par conséquent
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il ne pouvait pas les rétracter sans blesser sa cons^ cience ; que d'autres attaquaient la puissance du pape et ses décrets, et que s'il les rétractait, il confirmerait par cela même la tyrannie du pape en face de toute la terre; que la troisième espèce enfin était dirigée contre ceux qui défendaient la papauté et avaient écrit contre lui-même; qu'il avouait avoir écrit avec ttn peu de violence et d'amertume , maïs qu'il fallait faire attention à la manière dont il avait été lui* même traité par ses adversaires. » Enfin il conclut : « que si on pouvait le convaincre d'erreur par les Saintes-Ecritures, il était tout prêt h jeter de sa propre main ses écrits au feu. »
Le chancelier répondit à cela qu'ils n'étaient pa» assemblés ici pour disputer, mais seulement pour entendre de sa bouche s'il voulait faire une rétractation. Alors il déclara, avec la plus généreuse fermeté, que sa conscience le lui défendait; et il fot Congédié.
On disposa encore pour le jour suivant une conférence particulière avec Luther, à laquelle Péïecteur même de Trêves prit une part ti*ès activé; mais toutes les tentatives pour le ramener à une rétractation furent inutiles; et quand l'électeur enfin lui demanda s'il ne connaissait point lui-même un moyen de remettre tout dans l'ordre, son dernier mot fut: « si cet œuvre, est un œuvre humain, il disparaîtra de lui-même 5 mais s'il vient de Dieu , rien ne pourrait arrêter son progrès. »
L'empereur au confire déclara anx princes allemands du ton le plus positif : « quttl était résolu de
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consacrer tout ce qu'il avait, ses empires , ses états, ses amis, son cops, son sang et sa vie tout entière pour arrêter de suite la marche de cette entreprise impie, qui san s cela le couvrirait dunehonteéternelle, lui et toute la nation allemande; que ses aïeux, les empereurs d'Allemagne, les rois catholiques d'Espagne et les ducs d'Autriche et de Bourgogne avaient , tous été, jusqu'au dernier moment, fidèles à l'Église romaine ; qu'il avait reçu d'eux en héritage les dogmes catholiques et la discipline de l'Église et qu'il youlait vivre et mourir dans cette foi ; qu'il ne voulait plus par conséquent en aucune manière entendre Luther ; mais qu'il le congédiait et qu'il allait aussi* tôt le poursuivre comme un hérétique. »
Cette déclaration de l'empereur était grave. S'il n'eut été question que d'une limitation dans la puissance pontificale, peut-être n'eût-il pas vu sans plaisir ce mouvement devenir général; mais quand il vit qu'il s'agissait d'une apostasie de l'antique et éternelle croyance à laquelle il était attaché et que l'unité de l'Église était menacée j alors il sentit qu'il était en droit d'y mettre une opposition bien prononcée.
Son immense regard qui pouvait embrasser les grands rapports des peuples entre eux découvrait à l'avance les graves conséquences que cette affaire pourrait avoir : il voyait la division et l'irritation des esprits, la lutte des opinions, qui conduit si facilement à lutter avec les armes, et le terrible fléau d'une guerre de religion, Charles croyait pouvoir étouffer ce danger dès son prirçcipe et pouvoir s'opposer au
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torrent du siècle comme un rempart immuable : sa qualité d'empereur et de procteur de l'Eglise sein* blait d'ailleurs lui en imposer le devoir. Et s'il avait conservé partout cette invariable et fidèle volonté, si une foule d'arrière-pensées non pures et mondaines ne s'y étaient mêlées, et si l'équitable Adrien VI qui gouverna en 1522 et 1523 et qui sérieusement voulait une réforme dans l'Eglise eût vécu plus longtemps, peut-être que de grands malheurs auraient été épargnés à notre patrie. Il est vrai que Charles s'efforça, avec une dure sévérité, d'extirper les nouvelles doctrines de ses pays héréditaires, où il était seul maître ; mais il croyait en avoir le droit et même que c'était un devoir ; d'autant plus que son conseil, le plus grand nombre de ses sujets, particulièrement les Espagnols et les Napolitains, exigeaient de lui une pareille rigueur. En Allemagne, au contraire , où il y avait un grand nombre de princes indépendants et des peuples en fermentation , ou il se trouvait enchaîné par une stipulation pour son élection ,ou chaque acte un peu violent était regardé comme une tentative pour étendre l'indépendance de la puissance impériale ; pendant long-temps il ne marcha qu'avec la plus grande modération. La conservation de la paix était pour lui le point capital, et il pressait avec instance les deux partis de faire des concessions. Aussi les Espagnols le surveillèrentils avec attention toute sa vie, dans la crainte que ses principes ne se fussent imprégnés de quelque taches d'hérésie par son commerce avec les Allemands.
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Quelques ennemis de Luther, ses plus inexora* blés, voulurent entraîner l'empereur à employer de fuite la violence, s'a ppuyant sur tes mêmes principes qui avaient fait traîner Hos au bûcher; mais il répondit que sa parole impériale était inviolable, et il assura à Luther un sauf-conduit pendant vingtun jours pour son retour. Cependant beaucoup de gens tremblaient pour 6a vie, craignant une trahison secrète, et son protecteur, l'électeur de Saxe, Je fit enlever comme par violence 4e sa voiture, dans la Thuringe, par des chevaliers masqués, et transporter, pendant la nuit, à travers un bois, dans le château de Wartbomig , près d'Eisenach. Là , il resta caché à tous les regards» jusqu'à ce que la fureur de ses adversaires ce fût un peu calmée.
Pendant oe temps-là, à Worms, on le mettait au ban de l'empire avec tous ceu* qui s'attacheraient à Kû ou le protégeraient; ses livres étaient condamnés à être brûlés partout , et lui-même devait étas fait prisonnier et livré à 1 empereur; tel fut Yéàit tie Worms du 8 (2$) mai 1521, A Rome on eu eut une grande joie, et es Allemagne même beaucoup de monde crut que tout -était terminé. Mais mi Espagnol, Valdez, écrivait à un de ses amis de là diète même t « Loin de voir la fin de cette tragédte, je ne vois que le commencement; car je trouve que les esprits dos Allemands sont fort exaltés o**4rè la chaire pontificale. * En effet 9 on vit colporter avec impudence dans Worms , pendant *jue l'empereur était -encore dans la wiUe ,
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les écrits de Luther, qu'on venait de brûler publique-
ment.
Pf êBliufel gwr qi de rdigtan.
Luther restait seul à Wartbourg, où il employait les loisirs de son séjour à la traduction du Nouveau- Testament en Allemand, afin qu'il devînt à la portée de tout le monde ; quand lui arriva la nouvelle que par un zèle mal entendu des troubles avaient éclaté à Wittenberg, que Ton attaquait les églises, qu on jetait par terre les images des saints , qu'on brisait les autels et les confessionnaux , et que son ami Garktadt, homme plein de violence, était à la tête de ce désordre. Luther alors déposant toute crainte, abandonna aussitôt son lieu d'asile et parut dans Wittenberg, au mois de mars 1522, sans en avoir obtenu la permission de l'électeur, parla avec force contre ces désordres et réussit bientôt à rétablir Tordre. Mais peu après suivirent de grands événements qui menaçaient de bouleverser tout l'état civil en Allemagne. Nous avons déjà montré plus haut sous quel dur joug soupiraient les paysans $ longtemps ils avaient nourri en silence dans leurs cœurs les sentiments les plus acerbes ; alors que leurs esprits étaient déjà excités d'un autre côté et provoqués à la liberté, ils éclatèrent. Ces hommes corvéables et taillaMes auparavant se crurent appelés à une égalité de droits avec leurs anciens maîtres. La
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révolte éclata d'abord dans le sud de l'Allemagne, où la vue de leurs voisins et du bien-être dont jouissaient les Suisses dans leur liberté avait encore excité leurs désirs. Les premiers qui se révoltèrent furent les paysans de l'abbé de Kempten et ceux de l'évêque d'Augsbourg. Douze articles qui contenaient tous les droits et prétentions des paysans furent publiés dans la Souabe et se répandirent par toute l'Allemagne avec une rapidité incroyable ; ils disaient : <( qu'on devait permettre aux paysans de choisir eux-mêmes des prêtres qui pussent leur annoncer la parole de Dieu , pure et sans mélange d'institutions humaines; qu'ils ne devaient payer à l'avenir aucune dîme, si ce n'est celle en grains ; qu'on les avait jusque alors traités comme esclaves, quoique par le sang du Christ tous les hommes fussent devenus libres ; mais que , sans avoir la prétention de vivre indépendants de toute autorité supérieure, ils ne voulaient plus vivre dans l'esclavage où ils étaient, et qu'on devait leur montrer, par la Sainte-Écriture, qu'ils avaient tort d'en agir ainsi ; qu'ils auraient bien des plaintes à élever , mais qu'ils se tairaient si les seigneurs voulaient se conduire d'après l'équité et les préceptes de l'Evangile, ne plus les opprimer et non leur imposer chaque jour quelque chose de plus qu'ils n'avaient déjà eu à supporter dans l'ancien temps. »
On trouve sans doute cette proclamation juste et modérée j mais quand arriva l'exécution de ce qui qUit énoncé par une troupe grossière , alors les pas?