‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 10 sur 298 · LIV. VII · texte numérisé non relu

LIV. VII

maoDi, mainlenant voisins des Franks Salicns , conquérans contre conquérans , tous ennemis enfin, venus de FEst et du Midi , devaient être écartés et repoussés des frontières. La tâche était difflcile, la solution nécessaire.

Au milieu de ces difficultés , une inébranlable union des conquérans était avant tout in* dispeusable; leur association devait être maintenue, fortifiée, augmentée, car le salut de tous dépendait de la participation active et incessante de chacun. Le corps de compagnons oe devait pas avoir à craindre une dissolution par la retraite de ses membres; les blessures, les infirmités, Tftge ne devaient ni raiïâiblir ni le diminuer; il devait être un corps permanent , un corps susceptible de s'accroître (2). Il fallait enfin que de nouveaux exploits excitassent le génie, augmentassent la gloire, entretinssent la terreur , assurassent la fortune.

Il est par conséquent à supposer que les leules, entratnés par la fortune et la victoire , se serrèrent autour du jeune héros, leur roi, et déclarèrent par de nouveaux sermens de fidélité et d'obéissance militaire leur association indissoluble. A partir de ce temps, ils furent, CD qualité de guerriers permanens constamment armés et toujours prêts au combat , par opposition aux tcehrm ou barons, qui ne pr^ naienticsarme« qu'au moment du danger, une armée royale; ils furent les A«ermannen (hom** mes d'armée) et, dans leur ensemble, les heermannen des Franks (3) ; ils furent les leu-

I in permanens du roi ; mais le roi , par reconnaissance et par souvenir, les appela volontiers ^lidèle${4). Et de même que d'après les anciennes mœurs teutsches , les familles se rangeaient en bataille en forme de coins dans les jours de nécessité , de même les leutes réunis , comme un coin formé d'une seule famille , se tioreot autour du roi dans ces jours de continuel danger, formèrent sa maison (ô) et le présentèrent aux peuples soumis comme maître

! rt souverain.

C est ainsi que l'on veilla au maintien du <^'^ps de compagnons. On ne pouvait manquer, OQ oe manqua pas non plus de le compléter et de 1 augmenter. Si Alboin le Langobard fut célébré dans les chants des Bavarois et des Saxons , la fortune et la gloire du frank Chloil- ^>S ne purent rester inconnues dans les canl<Mki, et U force aouveUe do la jeunesse franke

CHAP. III

se réunit probablement volontiers ù lui pour partager ses exploits et son butin. Il se trouva aussi dans les pays conquis un grand nombre d'hommes et de jeunes gens de race et de langue teutsches dont les pères ou qui eux-mèmra avaient été enlevés dans les cantons de la patrie durant les anciennes expéditions des Romains, ou que le sort des combats avait jetés au pouvoir de ceux-ci. Les chaînes de ces esclaves ou de ces affranchis furent brisées par les victoires des Franks. Beaucoup de ces hommes ainsi délivrés étaient prêts , sans aucun doute, à se joindre à la vie et à la mort, à l'association des leutes leurs sauveurs, et on les reçut avec plaisir , car on avait besoin de leur fecours et l'on était certain de leur fidélité; mais avec la suite des événemens le nombre des leutes s'accrut toujours davantage. Plus d'un Goth vaincu entra peut-être dans le corps de compagnons ^ les Allemanni vaincus crièrent tous ensemble en s'adressant au roi : « Nous sommes à loi ! » Les Ripuaires de la Gaule, qui étaient également un corps de compagnons du roi Sigibert, reconnurent Chlodwig pour leur roi et devinrent ses leutes; le reste des Franks établis en Gaule, dont les rois succombèrent sous la puissance ou par les artifices de Chlodwig, ne lui refusèrent pas non plus leurs bras et leur fidélité (6)) enfin un certain nombre de Romains, qui sa distinguèrent par un zèle véritable ou faux pour la cause des conquérans et rendirent d'éminens services, peuvent avoir été admis d'auianl plus volontiers qu'il était plus difficile de se passer de la connaissance qu'ils avaient de la langue et de l'écriture du pays, et des relations , des mœurs et de la vie qui existaient dans la Gaule (7). Tous ces hommes se soumirent incontestablement peu à peu aux mêmes obligations que les Franks Saliens s'étaient originairement imposées pour jouir de leurs victoires et conserver leurs con-^ quêtes. Lapuissancedu roi devint donc grande^ et si les Franks Saliens, comme fondateurs de l'empire, conservèrent toujours dans leur opinion et dans l'opinion du monde une prééminence , une certaine noblesse caractéristique (8), les leutes, dans leur ensemble, ne formé-^ rent pourtant qu'une seule association.

Mais les FranksSaliens,en ne s'engageant paa envers le roi seulement à une fidélité inviolable, mais aussi à des services militaires constans , sans pouvoir être dissous , ne renoncèrent assu«

rèmenl pas à leur liberté , le bien le plus précieux de la vie selon les idées tculscbes. Il est plutôt à supposer qu'ils se réservèrent tous les droits dans lesquels consistait la liberté d'après ces idées, autant que ces droits étaient possibles dp.ns les nouvelles relations. Mais Tessence de la liberté était pour le Teulsch de ne pouvoir élre contraint à aucun acte auquel il n'avait pas donné son assentiment dans une assemblée publique, à aucun acte pour lequel il n'avait pas donné sa voix (9). Il est donc vraisemblable que les Franks jurèrent au roi obéissance et soumission dans la guerre et dans le service , mais qu'ils imposèrent aussi au roi pour condition de prendre leur avis pour toute guerre, pour tout service, pour toute alTaire publique, de recevoir leur opinion et de se conduire d'après la décision des suiïrages. Et dans le fait tout ce qui a été raconté prouve et la suite de l'histoire prouvera plus amplement que Tasscntimenl des leules était nécessaire aux actes du roi. Chlodwig et ses successeurs ne firent à leurs leutes réunis que des propositions *, la décision dépendait des leutes , et il ne manque pas d'exemples que les rois furent forcés par les leutes à des entreprises qui leur répugnaient (10). Chaque camp était une diète , et lorsque dans la suite il y eut moins d'époques guerrières, les diètes furent tenues régulièrement au mois de mars et appelées de là champde-mars (11), et chaque diète resta un rassemblement militaire. Ainsi le service était la liberté; mais la différence consistait en ceci: dans l'ancien Teutschland la liberté reposait sur la propriété foncière, et la vie domestique en était le sanctuaire ; dans l'empire des Franks elle reposait sur un service accepté sous serment , et le drapeau du roi en était le bouclier (12).

Mais un service permanent veut une récompense permanente. Jusqu'ici la guerre avait nourri et compensé la guerre. La perspective de nouveaux exploits et d'un nouveau butin pouvait exister maintenant encore; mais il était impossible que désormais tous les leutes du roi n'établissent leurs calculs que sur le produit d'expéditions guerrières. Dans le pays conquis , qu'il fallait conserver et dérendre , la vie ne pouvait être soutenue par le butin , le vol et le pillage-, on ne pouvait songer non plus à une compensation en biens-fonds. La position des cooquérans était trop dangereuse j

f il n'était pas permis de déposer les armes-, une demeure autre que le camp aurait été un appât trompeur. Mais les leutes ne pouvaient avoir qu'une seule pensée (13). Il ne restait donc d'autre moyen que de créer une caisse publique, d'y réunir le produit de la propriété commune et d'en faire un partage à tous les membres du corps de compagnons , comme propriétaires communs, selon leurs relations et leurs besoins -, mais la propriété commune du corps de compagnons était la masse du pays conquis, qui ne fut pas abandonnée, comme propriété foncière libre, à des hommes libres pour l'extension de la vie germanique et raffermissement de la domination. Une telle caisse était d'autant plus nécessaire que Ton devait plus promplement avoir à sa disposition de l'argent pour couvrir les frais qu'exigeaient la conservation , l'administration et la défense du pays. La partie que les leutes en tirèrent à eux fut certainement en réalité une solde. Mais eux-mêmes, portant un regard plus libre dans les relations et ne connaissant pcut-èlrc pas la position où ils entraient de plus en plus, peuvent avoir appelé la chose d'un nom plu» libre (14).

C'est celte caisse sans aucun doute qui est appelée fi$c dans les historiens comme dans la loi salique. Ce nom témoigne qu'originairement il ne servit à désigner que la caisse publique, où affluaient les revenus des pays conquis, et d*où étaient tirés les fonds nécessaires poursubvenir aux besoins des leutes et à ceux de l'empire (15). Mais dans la suite du temps, lorsque les communautés des conquérans eurent commencé à recevoir leur solde ou leur récompense en biens-fonds , toute terre qui n'avait pas été laissée comme propriété libre à des hommes libres fut regardée comme formant une partie du fisc (16). Aussi les revenus et les dépenses du fisc consistaient en partie en argent , en impots et en amendes (17), en partie enterres. Si ces terres venaient du fisc, et si par conséquent elles n'étaient pas la propriété libre, te véritable héritage d'un homme libre , elles échéaient au fisc purement et simplement lorsqu'elles cessaient d'être la récompense de services (18)^ si elles étaient des propriétés, elles ne pouvaient être que confisquées et réunies au fisc lorsque le propriétaire, po"'' quelque crime par exemple, en était déclaré

l déchu. La même chose pouvait arriver pour

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