LIV. VII, CHAP. III
dos terres qui apparlenaienl au fisc et qui avaient été concédées en échange de services (19). Les terres qui n'avaient pas d'hérilier appartenaient également au fisc (20).
Si maintenant on réfléchit que les Franks tenaient tellement à )a communauté de tout bien conquis, que même une petite partie d'objets mobiliers ne pouvait devenir que par le sort la propriété d'un individu (21), il ne raut pas s'attendre à ce qu'ils aient laissé sans surveillance le fisc , revenu de leur propriété commune. On peut plutôt admettre avec confiance qu'ils se réservèrent le droit d'y veiller et d'en disposer, d'en connaître les recettes et d'en déterminer les dépenses, car il s'agissait de leur bien. Mais pour cela il fallait une surveillance continuelle et une administration régulière, qui du reste, comme on le comprend lans peine, durent s'exercer au nom du mi, seigneur et souverain des Romains soumis (22). Il est donc.ù peine douteux que les Franks aientchoisi dans leur sein (23) un homme eo possession de leur confiance , auquel ils conOérent cette administration avec l'obligation d'en rendre compte. Ils laissèrent assuré-
I ment volontiers au roi victorieux Tinslitution d'autres fonctionnaires qui étaient nécessaires à la surveillance et à l'administration de l'empire; mais il est difficile de croire qu'ils aient soulTerl une influence particulière du roi sur le fisc. Plus était grand leur respect pour le héros qui les avait conduits aux exploits, à la Tîcloire , à la gloire et au butin , moins il pou-
' Tait lui-même vouloir , et moins les Icules pouvaient concéder que Ton ouvrît une telle source de méfiance et de discorde. Il est même à supposer, en raison de leur jalousie , qu'ils ne nommèrent Tadministratcur du fisc que pour un temps déterminé, plus lard pour l'intervalle d'un champ de mars à l'autre , afin de conserver la main libre et de pouvoir prendre une autre mesure.
On peut à peine douter de ce fait ; mais l'histoire garde ici le silence. Ni les écrivains ni les lois ne parlent d'une administration du fisc. Sosies lois le fisc agit lui-même, par qui? cela fcsle incertain (24). L'homme qui, après le roi, ^vait remploi le plus important pour la con- ^nralion de l'empire, parce que le lien qui em- ^ail les leutcs n'avait de force que par ^<fi^) n'est nommé nulle part. Le tumulte ^l^avic, les faits guerriers, les malheurs et II,
les atrocités éveillaient seuls ratlention des hommes , et elle ne se fixa pas sur la silen<cieuse influence de ce ministre des finances d'une nature particulière. Mais toute la marche des événemens semble témoigner que l'administrateur du fisc ne fut autre que l'homme qui plus tard figure dans l'histoire comme un ancien fonctionnaire de l'État , comme un homme de haute dignité et de la plus grande influence, sous le nom déplus ancien de la matson, de major domus {^)f qui, après avoir une fois pris place dans le palais, s'élève avec une action toujours croissante et ne disparaît de nouveau qu'en se plaçant lui-même sur le trône royal.
Il était dans la nature des choses que le roi s'entourât d'un conseil, d'un consistoire, d'un ministère, avec l'assistance duquel il pût^ comme maître et souverain, diriger les affaires deTempire, prendre des résolutions, donner des ordres. Parmi les hommes qui appartenaient à ce conseil royal, le référendaire était le plus important; en eflet il recevait les rapports des provinces, il les soumettait au roi et è son conseil, il faisait préparer les résolutions, il expédiait sous le sceau royal tout ce qui était destiné aux provinces; mais s'il est possible que ce personnage ait réuni à ses autres fonctions l'administration du fisc , il ne se trouve pas le moindre indice qui mène ù cette supposition , et on ne voit figurer aucun autre nom qui se rapporte à une charge de cette nature. Le cubiculaire, appelé plus tard camérier, peut seul faire naître quelque doute. Or le cubiculairc n'était pas un officier de l'empire, mais un ofilcier de la cour du roi ; il n'administrait que los revenus particuliers du roi , et il était assisté par l'épouse du roi , comme mère de famille (26). Le nom de major domus (ancien du palais) au contraire se rapporte & des fonctions aussi importantes. La maison du roi se composait de ses leutes ; leur existence n'était possible que par le fisc. Le roi, que suivaient les leutes, était le senior; il était difllcile que l'homme qui administrait les revenus reçût une qualification plus convenable que celle de major ou maire de la maison royale, et il est hors de doute que ce maire était élu par les leutes. L'histoire des temps postérieurs présente une série d'exemples qui prouvent cette élection de la manière la plus évidente \ elle présente même des exemples d'où il ré-
suite que cetie éiedion n'avait de valeur que pour un temps déterminé , pour un an ; et à une époque encore postérieure, les leutes demandèrent que le major domus^ selon les usages des temps anciens, fût élu pour un an. Mais d'après la nature des choses humaines , on ne peut admettre que le roi ait accordé plus tard à ses leutes l'élection du major domus s'ils ne l'avaient pas eue dans le principe, lorsqu'ils étaient encore libres d'établir solidement leurs relations avec le roi (27). El pourquoi , parmi tous les officiers de l'Etal , le major domus était-il le seul qui fût élu par eux? Certainement aucun autre ne les intéressait autant et aussi généralement que l'aditiinistraleur du fisc; aussi est-il hors de doute que dans la personne du major domus ou maire du palais, ils élisaient réellement l'administrateur du fisc. Enfin dans la suite du temps, le maire du palais , pour désigner son grand pouvoir et son influence ou la haute dignité qu'il possédait parmi les Franks, reçoit des écrivains des dénominations qui seraient à peine concevables si on voulait lui supposer une autre position. Parmi ces noms , voici les plus remarquables : il est appelé matlre de la maison royale , comte de la maison royale^ surveillant et défenseur de Fempire, sous-roi, consul de France, maire de la maison royale dans le palais et dans tout le royaume (28). Ces expressions sont très-intelligibles et très-significatives si on les rapporte à l'administrateur du fisc; elles le seraient moins si le major domus avait été un personnage confondu dans la série d'autres otficiers de l'empire.
En effet comme le fisc tirait ses recettes de tout l'empire , comme bien plus il s'étendait sur tout l'empire, de même les leutes du roi devaient être répartis dans tout l'empire, et une partie seulement d'entre eux pouvait rester réunie autour de la personne du roi pour sa sûreté et pour lui faire honneur. Par conséquent la maison royale se trouvait réellement dans le palais du roi et dans tout l'empire, et l'administrateur du fisc portait avec raison le titre d'ancien de la maison royale dans le palais et dans l'empire entier (29).
Mais la plus grande partie des leutes fut dispersée dans les provinces et sur les frontières de Tempire, afin que partout une puissance armée fût prête à maintenir la tranquillité dans le pays et à défendre les frontières I
contre les ennemis extérieurs. Il est donc vraisemblable que quelques fractions du corps de compagnons, plus ou moins grandes selon la situation des choses et l'état de la cohtrée, farcnt disséminées sur divers points pour observer et surveifier, pc»ur protéger et défendre, pour recueillir les impôts et les amendée. Sans aucun doute on assigna à ces fraictions un quartier général déterminé, d'où elles pouvaient tirer les secours qui deviendraient nécessaires. C'csl vraisemblablement des cercles soumis à l'action de ces divisions que se formèrent peu à peu les cantons (gaue), en lesquels l'empire fut divisé, selon les usages nationaux. Originairement les limites de ces cercles qui devinrent plus tard les cantons ne furent déterminées, sans aucun doQte, que dans un but purement militaire; mais il est tout aussi vraisemblable que dans la suite du temps ils reçurent des limites tout autres, sur la fixation desquelles les relations ecclésiastiques peuvent avoir exercé une grande influence. L'homme auquel était remis le commandement de l'une de ces divisions de leutes, et auquel était en conséquence confiée la surveillance des provinces , devait nécessairement être considéré comme très-haut placé dans la confiance du roi -, il devait encore prêter cnlic les mains du roi un serment particulier, en présence de la partie des hommes de guerre [heermannei) placée sous ses ordres , et il s'appelait par suite un fidèle, un antrustion [anirautcr, dévoué), nom que paraissent avoir reçu dans la suite tous ceux auxquels une fonction publique était remise avec une entière confiance. Ce chef s'appela duc (herzog)^ parce qu'il avait un commandement militaire supérieur; il s'appela comte (graf) j parce qu'il devait veiller au maintien de la tranquillité et de l'ordre, et à l'intérêt de l'empire (30). Il n'est pas invraisemblable non plus qu'avec la suite des événcmcns, les autres conquérans tculschs delà Gaule, tels que les Âllemanni, les Ripuaires et les autres Franks, qui n'étaient pas Saliens, se chargèrent aussi, lorsqu'ils reconnurent à leur tour Chlodwîg pour leur roi , de la protection et de la défense du pays conquis par eux, cl que le véritable corps de compagnons salions ne se réserva que l'intérieur de la Gaule, arraché par Chlodwîg aux Romains , aussi bien que la défense des frontières méridionales.
A celle division régulière du corps de compagnons se rattacha vraisemblablement la