‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 100 sur 298 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DERNIERS JOURS ET MORT DE PIPPIN. — SOULÈVEMENT DES NEUSTRIENS. — KARL MARTELL, PRINCE D'AUSTRASIE.

Do l'ao 714 à l'an 717.

Pippin d'IIcrstall eut certainement de justes motifs de favoriser de toute manière le clergé pour maintenir ses bonnes dispositions envers sa famille; et en qui pouvail-ii se fier aussi? Il est possible et vraisemblable que les vassaux séculiers d'Austrasie lui rcsièrent attachés : sa sagesse cl sa verlu, sa victoire et sa fortune, des dignités, des récompenses et des promesses peuvent les avoir maintenus dans la fidélité. Mais ses relations en dehors de TAustrasie étalent d*unc nature hostile; les Neustricns et les Bourguignons n'attendaient que le moment de la vengeance : ils n'avaient pas oublié leur honte et leur défaite ; Tancienne maison royale avait certainement encore des amis et des partisans parmieux. Cen'estpas sans raisonque ces peuples s'appelaient préférablcment Franks, et ils ne virent pas avec indilTércnce la morgue et la témérité des Austrasiens (1) Les Souabes, les Bavarois et les Thuringiens avaient apprécié de nouveau l'ancienne indépendance, et lors même que les ducs de ces peuples auraient perdu l'amour de la liberté , qui animait leurs ancêtres, ils avaient cependant prouvé qu'ils aimaient mieux

être princes de leurs peuples que grands seigneurs dans l'empire des Franks, serviteurs des rois de ceux-ci ou des maires du palais. Les Saxons enfin et les Frisons soutenaient contre les Austrasiens une lutte qui n'avait pas seulement pour objet les choses terrestres, maïs aussi les choses sacrées, la religion héréditaire et les usages nationaux. Pippin put réussir à se maintenir au milieu de circonstances aussi difficiles. Desexploils communs, un intérêt égal formaient un lien étroit entre lui et les Austrasiens, et la supériorité de son génie et la gloire de son goa« vernement maintinrent chez les étrangers la considération qui lui était due -, mais ses jours s'écoulaient, ses forces s'éteignaient, la fin de sa vie approcha. Qui devait prendre sa place et achever l'édifice dont il avait jeté les fondémens?

Pippin avait épousé Plectrude. Elle lui avait donné deux fils , Drogon et Grimoald ; mais Drogon, maire du palais en Bourgogne, mourut peu d années après la bataille de Testri. Pippin réussit, il est vrai, à revêtir delà dignité du dé* funt le frère de celui-ci , Grimoald , maire du palais en Neustrie; mais de même que Drogon ne laissa pas d'enfant ou du moins pas de fils capable de soutenir l'honneur de la famille (2), Grimoald n'avait pas non plus d'enfant légitime. Ce ne fut que vers le temps de la mort de Drogon qu'une concubine lui donna un fils qui reçut le nom de Theudoald (3). Cette faiblesse de sa postérité semble avoirdécidé Pippin à s'unir à une autre femme : elle s'appelait Alphéide ou Alphalde, et était belle et noble; il en eut deux fils , Karl et Ilildebrand. Les écrivains parlent de cette femmedans les mômes termes qu'ils emploient pour Plectrude et comme si toutes les deux avaient été également femmes légitimes de Pippin. Et il serait bien possible que le clergé reconnaissant eût permis au puissant prince un double mariage, que Pippinconlractadansdes vues politiques, puisqu'il avait déjà toléré assez souvent la mollesse et la débauche de rois faibles (6); il serait possible aussi que Pleclrude ne refusa pas son assentiment au second mariage de son époux, vraisemblablement toutefois sous la condilion que les cnfans d' Alphéide ne seraient considérés comme cnfans légitimes que dans le cas de malheur ultérieur. Mais il est certain que Plectrude conserva le cœur de son mari et loulc l'influence d'une épouse légitime; il est certain

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