‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 99 sur 298 · LIV. XI · texte numérisé non relu

LIV. XI

et la bénédiction da pape, que jusqu'à un eer- Uio point les ecclésiastiques d'Angleterre regardaient comme leur chef suprême, parce qu'ils le considéraient avec raison comme le fondateur de TÉglise anglaise, et parce qu'ils sentaient le besoin de Funité. Mais le voyage de Wiliibrord à Rome était sans doute dès lors conforme au désir de Pippin; il ne fallait pas que les efforts de celui-ci pour la propagation da christianisme fussent méconnus; par le pape, ses efforts devaient être rattachés à tout le vaste édifice de l'Église chrétienne , qui te développait de plus en plus sur tous les pays du monde germanique et qui promettait de les embrasser tous; un des piliers du saintsiège de Rome devait reposer sur le foyer de sa maison. Mais les frères qui restèrent en Frise gâtèrent ce plan si bien calculé. A peine Wiliibrord se fut-il éloigné quMis choisirent au milieu d'eux Suidbert pour évêque, etSuidbert alla chercher la consécration dans sa patrie auprès de saint Wilfirid. Pippin sut tout faire rentrer dans la voie qui convenait à ses vues. Saidbert fut déterminé à des entreprises pieuses et reçut sur les bords du Rhin, dans un couvent nouvellement fondé, une compensation satisfaisante. Pippin envoya une seconde fois Wiliibrord à Rome, et en 696, le pape Sergius lui donna la consécration comme archetêque des Frisons (5) ; puis le nouvel évêque, qui avait pris le nom de Clément, revint en Frise. Pippin lui fit donation pour sa résidence épiacopale d*un château qui s'appelait Willaburg, ou ville des Wiltes, dans l'ancienne langue de ce peuple, et TrajecHÂm dans la langue de la Gaule : ce dernier nom s'est depuis conservé dans celui d'Utrccht. De là Wiliibrord dirigea les tentatives qui furent faites pour fonder plus solidement ou pour propager la foi chrétienne; il trouva un nombre toujours plus grand d'hommes pieux prêts à faire avancer l'œuvre: parmi eux était saint Wulfram, un Frank qui renonça & son évêché de Sens pour agir plus eiBcacement parmi les païens.

Mais comme les Frisons occidentaux s'habituèrent de plus en plus à s^incliner devant la croix,on arriva naturellement et immédiatement à tâcher de gagner aussi au Seigneur les Frisons orientaux. Mais Ratbod était encore à la têle de son peuple ^ si Ton réussissait à décider ce prince au baptême, le triomphe du christianisme chez les Frisons n^était pas dou-

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teux, et Pippin pouvait compter sur une al« liance fidèle de ce peuple par la position des Saxons païens , sinon sur leur soumission. Ratbod montra de Tentêlement ; il put voir que Pippin se tenait derrière les fonts baptismaux et que les saints habits du prêtre couvraient en même temps la domination des Franks établie dans Torganisalion ecclésiastique comme dans le système féodal. Bien que de temps en temps il flattât le zèle des hommes pieux, qui s'occu* paient de son salut, de Tespérance qu'ils pourraient réussir un jour à Tarracher h la dam-* nation éternelle, il savait toujours se soustraire à leur étreinte et trompait tout é coup leur attente. II regardait Findépendance héréditaire de son peuple comme si importante et si grande qu'il aimait mieux partager avec la mullilude de ses ancêtres le sort le plus rigoureux de réternité que de se féliciter avec le petit nombre des élus de la béatitude céleste (6); aussi Ratbod peut avoir cru nécessaire de mettre tout en œuvre pour chasser les Franks de la Frise occidentale* Il parait que les Saxons ne restée rent pas étrangers à celte tentative.

Cette seconde guerre est également peu connue. Ratbod est accusé d'avoir souvent méprisé les paroles de Pippin et d'avoir foil de fréquentes incursions sur le territoire des Franks, c*est-â-dire dans la Frise occidentale, et cette accusation pouvait n'être pas sans fondement, bien qu'il n'eût 'pas encore cherché ou commencé la guerre, parce qu'il préférait les hostilités secrètes à une lutte ouverte. Pippin conduisit une armée contre Ratbod et campa auprès de Duserstède dans ia Frise oc* cidentale, au-dessus d'Utrecht. C'est là qu'il attendit son ennemi,et Ratbod ne fit pas faute: il s'avança avec des troupes pleines de fierté et engagea l'action -, mais l'issue de celte bataille est restée dans les ténèbres. On dit, il est vrai, que les Frisons furent ébranlés par une grande défaite; que Ratbod fut battu, mis en fuite, et que Pippin se présenta en vainqueur; mais on ne dit pas que l'ennemi battu eût été poursuivi. On dit seulement que Pippin revint avec un grand butin. Ainsi on est fondé à conjecturer que Pippin repoussa Tattaque du prince foison et le força à la retraite; que par là il conserva la Frise occidentale, mais qu'il n'osa pas attaquer les Frisons établis à Test de l'Yssel. Cependant les Frisons paraissent avoir éprouvé des perles si grandes qu'ils ne ftirent pas en

état de suivre plus loin la pensée de réunir de nouveau à eux leurs frères occidentaux. Les relations entre les Franks et les Frisons restèrent hostiles ; la guerre toutefois cessa.

Mais lorsqu'après quelques années la lutte contre les peuples du Tcutschiand méridional, et en particulier contre les Allemanni et les Souabes, devintplus dangereuse, Pippin semble avoir regardé comme périlleuse sa position hostile à regard des Frisons , car il maria son fils Grimoald , maire du palais de Neustrie , à Theutsinda, fille de Ralbod, prince des Frisons. Personne n'a indiqué comment cette alliance fut conclue, quelles circonstances la précédèrent et quelles en furent les suites \ mais ce qui ne trouva aucun doute, c'est que Pippin eut en vue de mettre un terme aux anciennes discordes avec les Frisons et de se mettre à même par ses accommodemcns de disposer librement de sa puissance guerrière.

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