CHAPITRE lY
LE ROI CHILPÉRICH ET CHLOTAR. — KARL MARTELL, PRIISCE DE TOUS LES FRANKS.
De Tan 717 à Pan 720.
Après réloigncmcnt de Ralbod, après la retraite forcée des Ncuslricns el la soumission des Franks orientaux, qui avaient encore tenu pour Plcclrude à Colopne , le victorieux Karl se vit sans doute maître de la môme puissance que son père Pippin avait possédée en Austrasie; mais il ne se vit pas les mêmes droits. Ses négociations avec le roi Cliilpérich n'avaient pas réussi ; il ne s'appuyait donc que sur la force des armes , tandis que son père avait été reconnu comme maire du palais du roi. De telles relations peuvent avoir été d'autant plus dangereuses que le parti qui tenait à la dernière volonté de Pippin, et dont Plectrudc était le lien, pouvait le considérer toujours encore d'un œil jaloux, parce qu'il semblait avoir arraché le manteau de prince au jeune Theudoald pour s'en revêtir lui-même. Cet état de choses le décida vraisemblablement à élever à Cologne un roi d'Auslrasie, au nom duquel
il pût gouverner Tcmpire comme maire du palais, aHn que le droit ne manquât pas ù la victoire , et il n'est pas invraisemblable qu'il ne gagna le parti qui lui était opposé à Cologne que par la promesse de relever le trône des. Âlérovingiens en Austrasie, de ne gouverner qu'en qualité do maire du palais , suivant Fancicn usage. Le nouveau roi s'appelait Chlotar^ mais Thisloire de cette époque de lutte et de violence est désormais si incertaine et si mensongère qu'aucun écrivain n'a dit non plus de ce roi qui il était et de qui il était fils. Cependant on ne peut douter qu'il ail appartenu à la race mérovingienne -, car aussi peu il est permis de supposer que les Ncuslriens aient osé nommer un faux roi, aussi peu doit-on admettre celte témérité de la part des Austrasiens. Si donc ce roi Chlotar était réellement Mérovingien, il est vraisemblable assurément que Jusqu'alors il avait vécu caché en Aus- Irasie et que son père avait été précédemment roi d'Austrasie ; dans ce cas on est presque forcé de revenir à ce Dagobert qui jadis avait été jeté par les orages d'un siècle barbare dans un couvent d'Irlande , que dans la suite des orages semblables ramenèrent du cloître sur le trône , et qui avait été assassiné l'an
Mais si on laisse, comme cela convient, incertain tout ce qui est incertain , il n'est pas douteux que le roi Chilpérich et les Neustriens voulurent tout aussi peu reconnaître le prince Karl avec un roi, qu'ils avaient été peu disposés à reconnaître le prince Karl sans roi. Ils s'armèrent pour une nouvelle lutte , et pour soutenir cette lutte avec de plus grandes forces, ils renoncèrent à d'anciennes prétentions et consentirent à des conditions onéreuses. Dans la Gaule méridionale , en effet, en Aquitaine, il s'était formé, au milieu des guerres et des dissensions entre l'Austrasic et la Neustrie, un royaume particulier que sans doute les écrivains franks considéraient comme appartenant à l'empire des Franks et qui pour cette raison est désigné par le nom de duché, mais qui en fait et en vérité subsista et fît des progrès dans l'indépendance. La position deceroyaumeetscs relations avec des ennemis toujours armés ou puissans , au sud , avec les Wascons , les Golhs, les Auslrasiens, avaient amené Tindépcndance, bien que celle-ci no fût reconnue ni par le roi ni par le maire du palais de Tem-
pire des Franks. Ses princes, rois ou ducs, dont l'origine n'a pas été signalée par l'histoire, ont été considérés comme une branche de la mai* son royale des Mérovingiens, et Charibert, second fîls de Chlotar , frère de Dagobert P% doit avoir été la souche de ces princes. Il est plus certain que le prince actuel d'Aquitaine s'appelait Eudes ou Eudo, et qu'il était un puissant seigneur dans son pays. C'est à lui que s'adressa le roi Chilpérich , dans l'extrémité où il se trouva \ c'est sa puissance qu'il cher-» cha à gagner contre Karl , son redoutable ennemi. Eudo se trouvait à l'égard de l'empire desFranks presque dans les mêmes relations où les princes du peuple teutsch se trouvaient aussi , sans en excepter Ratbod. Son indépen-* dance était fondée sur la séparation des Auslrasiens et des Neustriens*, il lui était donc impossible de vouloir la réunion des deux royaumes ; mais il ne pouvait désirer la victoire du roi Chilpérich et de son maire du palais sur Karl l'Austrasien ; il pouvait tout atissi peu rester spectateur indifférent de la victoire de ce prince sur les Neustriens. Dans l'un et l'autre cas, son indépendance était mise en danger; mais, dans ce moment, Karl était vainqueur, et après la réunion de tous les Austrasiens sous sa bannière ou sous celle de son roi , il était à craindre que la Neustrie ne pût échapper à une entière soumission. Lors donc que le roi Chilpérich rechercha l'amitié et l'alliance d'Eudo , ce prince ne rejeta pas celte proposition; il prit l'argent que le roi lui offrit , il se fît reconnaître roi, puis il réunit ses forces à celles de Chilpérich, non assurément pour donner à celui-ci la victoire, mais pour rétablir l'équilibre entre l'Austrasie et la Neustrie.
Cependant l'importance de celte alliance n'échappa point au prince Karl ; il accourut donc en toute hâte pour en prévenir les dange^ reuses suites et pour empêcher l'armée combinée de faire une irruption en Austrasie. Ses relations en Austrasie devaient à peine être fîxées ; d'autre part les anciens cantons franks de la rive droite du Rhin étaient encore opprimés ou menacés par les redoutables Saxons (1) ; cependant il entreprit de nouvelles expéditions contre les Neustriens, parce que tout aurait été mis de nouveau en jeu sans une nouvelle victoire. Les deux armées se rencontrèrent , à ce qu'il semble , au printemps do Tan 719, et celle fois encore les armes de Karl