‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 104 sur 298 · LIV. IX · texte numérisé non relu

LIV. IX

fareol ^ictorieaset dam la même plaine où deux cent trente-trois ans auparavant le grand Chlodwîg avait fondé la puissance des Franks Saliens. Le Ripuaire Karl, flU de Pippin, déjoua la dernière tentative qui fut faite pour cette puissance ; les deux rois Chilpérich et Eudo prirent la fuite, et avec eux Raginfrid, maire du palais de Neustrie ^ tout ce qu'on put' emporter fut mis en sûreté en Aquitaine, dans le royaume d'Eudo, et Karl poursuivit avec son armée Tennemi fugitif. Il s'avança au delà de Paris jusqu'à la Loire, vers Orléans, et menaça dans celte position les pays du roi Eudo. Mais cette menace devait avoir un poids d'autant plus grand qu'Eudo avait de l'autre côté de son royaume un voisin qui , bien qu'il ne se fût pas encore montré hostile, ne méri- 4ait pas de confiance et dont la puissance, pour laquelle le monde ne semblait pas trop grand, ne pouvait du moins être calculée ou appréciée par personne ; nous voulons parler de l'empire que les Sarrasins avaient fondé en Espagne.

Dans ces circonstances, Karl, le prince victorieux, ouvrit des négociations avec le roi Eudo , qu'il venait de battre \ il devait sans aucun doute tenir beaucoup & une ré« conciliation^ bien qu'il ne reculftt pas devant un combat et que la victoire pût être certaine. Une guerre dans la Gaule méridionale se présentait comme très-difficile à ses yeux. Un long éloignemenl d'Austrasie devait faire naître en lui des inquiétudes de plus d'une sorte ; il ne pouvait voir avec indifférence la Neustrie ennemie sur ses derrières , entre son armée et les sources de sa puissance , et il ne resta pas sur les frontières méridionales des Neustriens sans concevoir des inquiétudes à leur sujet. D'un autre côté, il s'était aussi élevé dans l'âmod'Eudo, pendant la fuite, des pensées que ses compagnons d'infortune ne pouvaient étouffer, et il n'avait pas eu de point de contact avec Karl , il n'avait fait qu'aller au secours du roi Cbilpérich. S'il avait réussi & rétablir rééquilibre entre l'Austrasie et la Neustrie, il aurait travaillé dans son propre intérêt ^ mais, d'après le mauvais succès de ce plan, la cause commune ne lui parut être qu'une cause étrangère pour laquelle c'eûtélé folie de sacrifier son pays et ses lentes*, il n'était donc paséloigné sans doute d'un accommodement. Mais si Karl réelamait comme fruit de ses exploits et de lee

CHAP. IV

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victoires au moins toute la puissance que son père avait exercée, ce devait être une circonstance gênante pour un accommodement que la présence de deux rois dans l'empire des Franks; pourtant ce même hasard miraculeux qui vint si souvent au secours de la famille de Pippin la tira encore cette fois d'embarras : l'ombre de roi , Chlotar, que Karl avait suscité pour tranquilliser les Austrasiens , mourut si à propos qu'il est difficile d'étouffer une certaine méfiance qui s'insinue dans l'âme au sujet de cette mort soudaine. Après cet événement , Karl conclut aussitôt la paix avec Eudo et Chilpérich : le premier garda son royaume, le second fut reconnu par Karl comme roi, et Karl fut seul maire du palais des deux royaumes d'Austrasie et de Neustrie. Le résultat de la victoire que Karl avait remportée fut si grand qu'il ne crut pas nécessaire de se donner l'apparence derrière laquelle son père avait jugé convenable de cacher son influence en Neustrie : il ne donna plus aux Neustriens un maire du palais particulier, et bien que Raginfrid ne pût oublier cette ancienne dignité et que même quelques années plus tard , l'an 724, il ftt encore une tentative pour la reprendre , une seule expédition que Karl entreprit contre lui fut suffisante pour le réduire à la soumission ; il se contenta de l'office de comte que Karl lui accorda.

Mais le prince des Franks , Karl , fier de sa puissance , et le roi Chilpérich , écrasé par le sentiment de son infortune, ne pouvaient vivre l'un à côté de l'autre. Le premier pouvait reconnaître que l'union des Franks était nécessaire dans la position des ennemis do l'empire au nord et au sud , et sa volonté était trop décidée pour qu'il eût pu souffrir aucune usur«pation des rênes du gouvernement, qu'il avait saisies d'une main si vigoureuse. Le second au contraire , homme de destinées diverses , ue pouvait pas oublier son origine et sa dignité : aussi, dans la solitude où il fut maintenu à Noyon, plus d'un mouvement de colère dut agiter son ftme; mais dans la même année où KarlFavaitcontrainld accepter cettecondition, la mort, qu'il vit arriver avec plaisir , le délivra de la douleur que lui causait un'dcstin malheu reux : elle délivra aussi Karl, son vainqueur, d'un homme qui lui était à charge, qui était son roi et devait pourtant lui obéir.

Alors un enrant fut orné du litre de roi , un enfant qui n'avait pas de volonté,' qui n'en pouvait acquérir aucune , et qui , précisément pour cette rasion , était un roi comme Tépoque et le puissant Karl pouvaient le désirer. Ce pclit roi était appelé Théoderich , quatrième du nom, et il était, comme on doit le conjcc* lurer, fils de Dagoberl III ; dans ce cas , qui est le plus vraisemblable , il était âgé d'environ six ans lorsqu'on le fit roi, et on lui laissa ce titre pendant dix-sept ans, parce qu'on ne trouva personne qui pût le porter avec plus d'innocence.

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