‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 110 sur 298 · LIV. IX · texte numérisé non relu

LIV. IX

par le prince Kaii , et il reçut de celui-ci des iostraclions et des promesses convenables comme Willibrord en avait reçues. Le saint homme passa les Alpes avec ses compagnons et traversa la Lombardie, sinon sans difilculté ) du moins sans obstacle , et il arriva heureusement près des reliques des saints apôtres.

Le pape Grégoire II reconnut tout aussitôt les hautes vertus par lesquelles se distinguait cet honmie, et il apprécia la force de son génie et de sa volonté. Le saint-siége n'aurait pu trouver un serviteur plus persévérant, un outrier d'une fidélité plus pure dans Tœuvre sublime de Tunité ecclésiastique, sous la suprématie du pape. Grégoire donna donc volontiers, au nom du prince des apôlres, au prêtre pieux que son Ame avait amené Jusqu'au chef de l'Église, qui s'était de son plein gré soumis à la volonté de ce chef pour suivre d'un pas d*autant plus assuré la route droite, la puissance suprême d'annoncer parmi les peuples infidèles le nom de Jésus-Christ, de fonder chez eux le royaume de Dieu \ il lui prescrivit d'introduire tous les usages ecclésiastiques et tous les principes du siège apostolique -, et comme au sud du Teulschland aussi bien qu'au nord, l'œuvre avait déjà reçu d'importans commencemens , il l'envoya immédiatement chez les peuples qui habitaient le Teutschiand central et oriental. Boniface se rendit avec ses compagnons par la Bavière en Thuringe, bien muni d'une foule de reliques sacrées.

En Thuringe, Boniface trouva sans doute des superstitions et des pratiques païennes, mais il n'y trouva pas de païens : il y trouva de bons et pieux chrétiens ecclésiastiques et prêtres ; mais il trouva aussi des erreurs ariennes et, ce qui était le point important, nulle organisation ecclésiastique soumise à une assemblée. Go peuple innocent considérait comme innocentes des choses que dans PÉglise romaine on avait déjà signalées comme réprouvées, parce qu'elles semblaient affaiblir l'influence des ecclésiastiques sur les laïques et rendre impossible l'unité du clergé. Avant tout, le mariage des ecclésiastiques excita des répugnances : on représenta comme concubinage les rapports d'un prêtre avec sa femme, surtout si déjà elle avait été la femme d'un autre -, on le représenta aussi comme une souillure pour son ministère sacré. Peut-être considérait'* on le triomphe |

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de l'esprit sur la chair comme moins important qu'on ne le prétendait^ mais on était plus sûr d'un homme qui, détaché des soins ' de la famille , ne cherchait pas de foyers , no cherchait pas de patrie. Oh savait bien que l'homme est plus facile à gagner pour un grand but s'il n'a à songer qu'à lui-même, s'il n'attache pas un grand prix à la vie, s'il n'existe que pour lui seul, et que dans ce cas, il ne redoute ni le danger ni la mort : le fana« tisme, sinon l'enthousiasme, fait aussi bien des progrès par les privations et par les refus; mais la multitude , qui gémit écrasée sous le fardeau de la vie, et qui suit surtout ses désirs et est esclave des passions, devait naturelitV" ment concevoir un grand respect pour ceux qui savaient diriger ses regards au-dessus de tout ce qui excite les désirs, au-dessus de tout ce qui nourrit les passions, et la vie du cloître était favorable et utile aux vœux de celte espèce. Boniface toutefois ne trouva pas encore en Thuringe un sol disposé à recevoir les germes de sa doctrine ; vraisemblablement il y était venu trop tôt. Le pape avait compté sur Karl, prince des Franks, et Karl n'était pas encore en état de tourner sa puissance contre le peuple teutsch, parce que sa position à l'égard des Neuslriens n'était pas encore décidée. Boniface quitta donc le Teutschiand et revint sur la rive gauche du Rhin -, et comme vers ce temps Ratbod , prince des Frisons, mourut, et que Karl réunit de nouveau à l'empire des Franks la Frise occidentale, il suivit les armes des Franks et se rendit à Utrecht, auprès de l'évêque Willibrord , au pouvoir duquel il avait été associé par le pape. Il l'assista pendant trois ans et agit avec lui pour Dieu et pour son fils ; mais lorsque Karl eut déjoué les dernières tentatives des Ncustriens, lorsqu'il eut réuni toute la puissance dans l'empire des Franks, et lorsque désormais il fut disposé à conduire ses armées au delà du Rhin pour soumettre de nouveau à la suzeraineté de l'empire les peuples teutschs, Bonifaeo quitta aussi Utrecht avec ses compagnons pour continuer dans le Teutschiand Tœuvre qu'il avait interrompue ; beaucoup d'hommes pieux l'accompagnèrent et le suivirent. Dans un lieu qui est appelé Ammanaburch et qui, ainsi qu'on l'a supposé non sans quelque vrai^ semblance, était Amôneburg dans la Hessc supérieure , il fonda, après avoir gagné lés

habiians, un couvent do son ordre, tout & la fois pour avoir une résidence fixe d'où il pût prendre sa direction et assigner leur direction à ceux qui Faidaient, et se réunir de nouveau & eux ', puis il se rendit auprès des Hessois, le long des frontières saxonnes , parmi lesquels la domination du paganisme était encore maintenue par leurs voisins païens. Vraisem* blablement, dans celte tentative, il suivit Farmée avec laquelle Karl avait chassé les Saxons du pays hessois ; cette supposition seule peut faire comprendre comment certains faits s'accomplirent; car Boniface, dit-on, délivra en très-peu de temps plusieurs milliers d'hommes de* la puissance du démon , et ruinant Tancicn paganisme, les amena à recevoir le saint baptême. Bien quil ne soit pas invraisemblable que Boniface,ensa qualité d'Anglo- Saxon, ait connu parfaitement, durant un séjour de trente ans dans la Frise , la langue des Tcutschs de cette contrée , et bien que Unfluence que les vérités saintes annoncées par lui et ses compagnons exercèrent sur les âmes des convertis puisse être appréciée à sa juste valeur, on peut à peine penser que des masses d'hommes se soient soumises sans violence au baptême. D'habitude, Boniface, lors de sa première apparition en Thuringe comme plus tard, ne s'adressa qu'aux princes et aux chefs des peuples ; et lorsque ceux-ci étaient gagnés au christianisme ou plutôt aux usages romains, il s'en reposa sur la marche des choses pour la propagation et le développement; mais ces plusieurs milliers n'ont pu évidemment être cherchés que dans la véritable multitude, et pour cette conjecture s'élève la pensée que la parole des hommes pieux trouva un puissant appui dans les armes des Franks. Dans le fait, Boniface reconnut formellement dans la suite qu'il ne devait lout le succès de ses efforts qu'à l'appui de Karl, prince des Franks; et cette protection, en quoi peut-elle avoir consisté, si ce n'est dans les paroles menaçantes du prince et dans l'éclat de ses armes ?

Mais Karl ne pouvait trouver un grand plaisir à ce baptême imposé à la masse du peuple. Ce baptême pouvait plaire aux prêtres, mais le prince avait d'autres vues encore que la propagation du nom du Christ : il s'agissait pour lui de l'organisation qui reposait sur l'établissement de l'organisation ecclésiastique; < il s'agissait pour lui de l'affermissement de sa

domination, qui devait être amenée par celle organisation de l'Église. Il voulait en conséquence que Boniface se rendit de nouveau à Rome pour se faire investir de la dignité épiscopale et pouvoir agir d'après des principes plus solides et avec une plus grande considération. Mais Boniface, à ce qu'il semble, dans son humilité et dans son dévouement au saint-siège, hésita à quitter le Teutschiand et à se rendre encore une fois à Rome sans la permission du pape ; il envoya donc à celui-ci un homme qui possédait toute sa confiance , Binna, pour rendre compte au souverain pon« tife de l'état des choses et pour recevoir de lui de nouvelles instructions. Là-Dessus il reçut de Grégoire II une invitation ; il entreprit aussitôt son second voyage à Rome avec ui| nombreux cortège de partisans, d'amis et de collègues, l'an 723.

Le pape entendit encore une fois dans une longue conférence, dans l'église de Saint- Pierre, les principes, les projets et les dispositions de Boniface ; il les confirma. Boniface jura au pape, la main étendue sur les reliques de saint Pierre, un serment solennel qu'ensuite il rédigea par écrit et remit au pontife. Dans ce serment, qui du reste était en réalité conforme à celui que les évêques soumis à Rome étaient dans l'usage de prêter à l'évêque comme à leur métropolitain, Boniface promettait au nom de la Trinité indivisible du Père, du Fils cl du Saint-Esprit, et sur des imprécations terribles, à saintPierre, prince desapôlres,etàson vicaire le pape Grégoire aussi bien qu'aux successeurs de celui-ci , d'enseigner la foi catholique dans toute sa pureté, de maintenir l'unité de celte foi dans laquelle consistait tout le salut des chrétiens et de ne jamais se déclarer d'aucune manière contre l'unité de l'Église une et universelle; il promit de contribuer en toute fidélité et de toutes ses forces aux avantages de l'Église romaine, qui a reçu de Dieu la puissance de lier et de délier, et d'obéir en tout au pape et à ses successeurs; il promit enfin do n'établir de communion avec les chefs d'aucune Église qui agirait contre les anciens principes de saint Pierre, de s'efforcer plutôt de ramener de tels chefs d'une semblable erreur , et, si cela lui clait impossible, de signaler du moins immédiatement cctle illégalité à son seigneur apostolique.

Après que ce serment eut été prêté, le pape

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