‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 111 sur 298 · LIV. IX · texte numérisé non relu

LIV. IX

sacra solennellement comme évêquc ce servi* (cursi humble et si dévoué,le .30 novembre 723, sans lui indiquer un diocèse limité; il lui remit par écrit les réglemens de TÉglise romaine aOn que la bonne volonté de ce serviteur si soumis ne fît pas par ignorance quelque chose qui fût contraire aux conventions*, de plus il lui remit plusieurs lettres en le congédiant. Il pouvait espérer tirer de celles-ci plus de succès pour l'avenir que pour le présent, car elles sont conçues en termes généraux, et elles prouvent que le pape ne sut rien écrire de précis, parce qu'il n^était pas familiarisé avec la position la plus récente du Teutschland ; il avait donc en les écrivant un but diiïérenl et plus élevé que ne rindique leur contenu. Il ne suffisait pas au pape que Boniface fût sous sa suprématie \ mais tous les ecclésiastiques avec lesquels le nouvel cvèque pouvait entrer en communication, les princes et les peuples aussi devaient apprendre qu'il n'enseignait et qu'il n'agissait que comme envoyé du pape et sous la toute-puissance du siège apostolique, afin que la magnificence des successeurs de saint Pierre éclal&t aux yeux des grands et des petits.

Le pape, serviteur des servileurs de Dieu, adressa une lettre à tous les évoques, prêtres ou diacres , aussi bien qu'à tous les burgrafs teutschs et à tous les chrétiens craignant Dieu. « Il devait leur être connu que dans le Teutschland, à Test du Rhin , quelques peuples sous le nom de chrétiens conservaient encore l'idol&trie et quequelques hommes encore n'avaient aucune connaissance de Dieu et n'étaient pas baptisés : qu'il avait jugé nécessaire en consé* quencc d'envoyer dans ces contrées le respectable évêque Boniface afin qu'il annonçât la parole du salut, ramenât les hommes trompés dans la voie véritable et les instruisit selon les doctrines du siège apostolique. Ils devaient donc bien le recevoir, veiller à sa sûreté , lui donner à boire et à manger et lui assurer toute sorte de protection dans l'œuvre de piété qui lui était confiée. » Il dit au clergé et aux peuples : c( Qu'il leur envoyait l'évéque Boniface; qu'il avait prescrit à celui-ci de ne consacrer prêtre aucun homme marié en secondes noces ou qui n'avait pas épousé une vierge, aucun homme ignorant ou estropié, aucun homme à qui l'on pût reprocher quelque crime ou qui fût de mauvaise réputation ; il ne devait non plus souffrir aucun Afri*

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cain , parce qu'ils étaient en partie manichéens et en partie non baptisés. Il devait prendre pour lui une part des revenus des églises et des aumônes des fidèles *, il devait en distribuer une part égale aux ecclésiastiques, une part égale aux pauvres et aux étrangers , et une part encore égale devait être conservée pour rÉglise. A l'exception du cas de nécessité, le saint baptême ne devait être donné qu'aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte. Tant que Boniface remplirait ces prescriptions , c'était un devoir pour eux, les fils chéris du pape, de lui obéir avec un cœur dévoué, afin que le corps de l'Eglise restât irréprochable et tranquille par Jésus-Christ Notre-Seigneur. » Il dit aux hommes illustres , Asolf, Godolaus, Wilhar, Kunthar et Albord, et à tous les Thuringiens aimés de Dieu et fidèles au Christ : « Qu'il reconnaissait la persévérance avec laquelle, pressés par les païens d'embrasser l'idolâtrie, ils avaient répondu qu'ils aimeraient mieux mourir que d'abandonner dans les moindres détails la foi chrétienne, qu'ils avaient une fois acceptée; qu'il en remerciait Dieu avec joie et qu'il désiraitque, pour faire de plus grands progrès, ils s'attachassent désormais au siège apostolique-, qu'ils prissent conseil s'il leur était nécessaire de la sainte Église apostolique, la mère spirituelle de tous les fidèles, comme cela con-* vient aux fils et aux cohéritiers du royaume divin; que pour cette même raison, il les sollicitait d'obéir ù l'évéque consacré, au cher frère Boniface, qu'il envoyait pour les diriger dans leur foi , puisqu'ils étaient bien informés des principes apostoliques, et de l'assister pour accomplir leur salut en Dieu. » Il dit â tout le peuple de Thuringe : u Qu'il désirait que tout les Thuringiens participassent à la béatitude éternelle ; qu'il avait envoyé auprès d'eux son frère , le très-saint évêque Boniface pour baptiser parmi eux, pour enseigner la foi du Christ , pour les arracher â toute erreur et à pour les diriger dans le chemin de la vie éternelle ; qu'ils eussent â lui témoigner leur obéissance, ù l'honorer comme leur père et ouvrir leur cœur à ses instructions : car il n'envoyait pas cet homme pour un avantage temporel, mais pour l'avantage éternel de leurs âmcs.)> Il écrivit enfin â tous les peuples de la province de l'ancienne Saxe : « Qu'il consacrait toute sa' sollicitude â ceux d'entre eux qui

avaient déjà reçu et qui reçevraieot encore les

ftsà

paroles et les ethorlalions do Notre-Seigneur Jésus-Christ', que le royaume de Dieu étûit prêt ', qu'ils ne devaient donc se laisser tromper par personne, ni par la philosophie ou par de vaines supercheries; qu'ils ne devaient pas chercher de salut dans des paroles sonores et retenlissantes, ni dans quelque métal, par radoralion d'idoles exécutées paria main des hommes et faites d*or, d'argent, d'airain, de pierre ou de tout autre métal, ou de toute autre matière; que les anciens païens avaient fait des dieux de ces idoles, mais qu'en elles résidaient de mauvais esprits ; qu'ils eussent bien plutôt à adorer le Seigneur notre Dieu , qui a fait le ciel , la terre , la mer et tout ce qui y est contenu; qu'il les exhortait donc à n'empêcher personne qui voulait se convertir à Jésus-Christ, et à ne forcer personne & honorer les œuvres de l'homme; qu'il avait aussi envoyé vers eux révêquc Boniface , comme lui serviteur de Dieu, afin que celui-ci examinât leur véritable position, afin qu'il ébranlât leur cœur par les paroles de l'exhortation ; qu'ils devaient le recevoir en Jésus-Christ Notre-Scigneur. »

Il est certain que le pape , ainsi que nous l'avons remarqué, a écrit ces lettres dans une ignorance complète des choses du Teulschland, & l'exception peut-être de la seule lettre qu'il écrivit à quelques illustres Thuringiens ; il ne pouvait donc attendre de ces lettres un effet immédiat. Bien plus, il ne pouvait agir ainsi que pour propager les principes de la suprématie du siège apostolique, afin de les voir appliqués dans l'avenir dès que cela serait possible. Sans doute il compta davantage sur une lettre qu'il envoya par Boniface & Karl, prince des Franks. Cette lettre est eonçue en termes pleins de confiance et témoigne d'une alliance antérieure de Karl avec le pape : « Je connais, y est-il dit, tes dispositions religieuses; tu les as prouvées, ô ûls chéri en Jésus-Christ, dans beaucoup d'occasions ! Je montre donc à ta dignité chérie de Dieu que saint Boniface , éprouvé par sa foi et ses mœurs , a été consacré évêque par moi et a été instruit avec soin des principes du suint-siége apostolique auquel Dieu m'a élevé, et il est désormais destiné à prêcher les peuples de Germanie, qui , -vivant dans des contrées différentes & l'est du Rhin, sont encore enveloppés dans les erreurs du paganisme ou sont eneort infeoiés d'une grande igiio^

rance ; dans ee but, nous le recommandons sous tous les rapports à ta glorieuse bienveillance, afin que vous lui fournissiez tout ce qui est nécessaire et que vous le défendiez de la manière la plus énergique contre tous les ennemis auxquels vous êtes supérieur avec Dieu. »

Lorsque Boniface eut remis au maire du palais cette lettre, qui était plutôt une simple invitation qu'une recommandation effective , Karl envoya aussitôt une ordonnaaee à tous les évêques apostoliques, à tous les dues, comtes , vicaires et autres fonctionnaires de Fem-^ pire. EUe contient ce qui suit i « L'homme apostolique], l'évêque Boniface, est venu auprès de lui et l'a prié de le prendre sous sa tutelle et sous sa protection ; lui, Karl, l'avait fait avec Joie : il avait donc résolu de soutenir Bo* niface, par son bras armé, afin que le saint homme vécût et agît tranquillement et fût bien traité, pour l'amour et sous la protection do Karl, partout où il pourrait se rendre. Il était entendu qu'il devait rendre les droits et les recevoir ; mais s'il se présentait une circonstance difilcile qui ne pût être décidée pour lui par le droit , Boniface devait pourtant pouvoir se rendre facilement et sans être inquiété auprès de lui Karl, aussi bien que ses compagnons et ses collègues, et personne ne devait Jamais décider contre lui. » Pour corroborer cette or-» donnance, il l'avait signée de sa propre main et scellée de son anneau.

Cette déclaration du prince dut être reçue avec d'autant plus de considération et d'obéissance que vers le même temps où Karl la promulgua, des armées frankcs avaient été mises en mouvement contre le Teutschiand ; car l'entreprise de Karl contre les Souabes et les Bavarois, dont nous avons fait mention, s'accorde avec cet événement , et les chroniques parlent d'une nouvelle expédition contre les Saxons qu'elles placent à Tan 728 , et qui prouve tout au moins que les armes frankes se présentèrent aussi dans le nord du Teutschiand. Vraisemblablement les Franks traversèrent la Thuringe pour aller contre les Saxons. Boniface s'avança donc sans aucun douteau milieu du Teutschiand sous un bouclier fort et puissant, en compagnie d'une troupe nombreuse de frères qui partageaient ses dispositions; il apporta la guerre et la paix, des troubles momentanés et des succès durables pour Tcsprit et $^ culture. Il eutra

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