‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 112 sur 298 · LIV. IX · texte numérisé non relu

LIV. IX

dans un monde réol qui combattait pour son existence) avec le dessein el la ferme résolution de la réformer. Son apparition dut en consé« qucnce sembler singulière à beaucoup , et son but dut être regardé par beaucoup comme une cruauté. Une multitude d'intérêts humains, élevés et bas, furent agités par son influence, et rois en danger, et il arriva plus d'une fois que toutes les passions furent excitées dans les cœurs les plus nobles comme dans les plus vulgaires; des résistances de toute espèce, des obstacles en paroles et en actions furent en conséquence inévitables. Boniface était sans doute un homme compatissant, d'un cœur pur, qui connaissait et conservait lessentimens de Tamitié, de la bienveillance et du bon vouloir \ dans les affaires religieuses elles - mê* mes, il n'était pas animé par un zèle aveugle : il prenait volontiers conseil et laissait à l'intel* ligence ses droits et à la prudence son honneur; mais dans la conscience de sa haute destination et dans l'assurance do la protection la plus puissante, il put montrer souvent, en face d'hommes qui lui étaient de beaucoup inférieurs en pénétration, en connaissances et en éloquence, trop peu de ménagement pour ce qui était sacré ou cher aux hommes, et trop peu d'égards pour leur faiblesse, trop peu de tolérance pour leurs superstitions, leurs préju-* gés , leurs usages héréditaires , qu'il avait appréciés sans doute en partie d'une manière en* tièrement inexacte et qui, en partie du moins, étaient trôs-innocens,bien qu'on pût lesréprou* ver. Par la sévérité et la dureté devant les^ quelles il ne recula pas, sûr de l'appui des ar^ mes frankes, il a peut-être exaspéré les cœurs, soulevé les esprits et augmenté sous divers rapports la confusion qui devait nécessairement accompagner l'accomplissement de sa vocation, et par là il se peut que lui-même ait été cause en partie de la situation où il se trouva et de laquelle il dit ù plusieurs rcprises,.en employant les paroles de l'apôtre : a Rien que travail , rien que fatigue-, au dehors la lutte, à l'intérieur la crainte (1). » Mais il ne voyait que la grande lumière qui s'offrait & son âme et à côté d'elle rien qu'obscurité à droite et à gauche. Convaincu de la sainteté de la cause pour laquelle il avait entrepris de combattre, si fort dans sa foi qu'il regardait comme réprouvé tout ce qui n'était pas d'accord avec elle, alors même que cela résultait de Tamour et de la

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fidélité; exhorté de plus par le pape, loué par lui, distingué par les honneurs et les dignités ; ayant continuellement à se féliciter de la faveur du prince des Franks , appuyé énergiqoement de l'Angleterre par ses compa* gnons de travail, par des livres et par d'autres moyens, sentant en même temps son cœur for<titîé par le langage énergique des prophètes et des apôtres, qu'il ne cessait d'étudier, ayant toujours sous les yeux le sort des saints et des martyrs , et la dernière et la plus grande récompense , la couronne de la foi ; enfin récompensé réellement aussi par le succès manifeste de ses efforts, Boniface ne chancela jamais dans la carrière qu'il avait une fois choisie , il tendit à son but avec une inébranlable persévérance. Et ce n'était pas une chose vulgaire, ce n'était pas une chose de peu d'importance, ce n'était pas une chose réprouvée qu'il avait en vue: il répandait la semence pour des temps meilleurs et en attendit avec raison des fruits magnifiques , bien qu'ils dussent se produire au milieu de beaucoup de plantes sauvages. Il jeta les fondemens d'une organisation plus forte de la société humaine en travaillant à l'u* nité de l'Église dans le Teutschiand, et par 1& pour toutl'empire des Franks, bien plus, pour le monde germanique, et cette unité ne pouvait plus être amenée que par l'influence de Rome et du siège épiscopal de Rome. Il porta des connaissances dans l'intérieur du Teutschiand, etses compagnons, qui comme lui-même étaient accoutumés dans leur patrie aux privations, ù l'économie, et au travail , non moins par la pauvreté et la nécessité que par l'esprit de leur ordre, introduisirent dans le Teutschiand des améliorations pour le jardinage et l'agri^ culture, pour l'éducation du bétail et pour les métiers de toute espèce , et par 1& même la possibilité d'une vie plus morale. Boniface et ses compagnons , Teutschs eux-mêmes , qui partageaient ses vues, ont donc de Justes droits à la reconnaissance des Teutschs : les fautes qu'ils ont commises, ils les ont commis ses poussés par leur foi ; elles doivent être im-* putées ik leur siècle et à la faiblesse humaine \ les bienfaits de leurs actes continuèrent à agir pour jamais.

Les détails des actiohs accomplies par Boni-* face ou sous sa direction ont d'abord été écrits d'une manière incomplète par des amis et dei admirateurs du saint homme, sans exacti**

tude et sans ordre ; mais dans la suite du temps elles ont été altérées pour rédification des fidèles cl dêflgurées par des fables cl dos mira* clés que lui-même dédaignait et pouvait dé* daigner. Ces écrivains ont représenté des pays déserts, des solitudes couvertes de marais et de plaines infertiles; ils ont peint les peuples comme pauvres et soucieux, répandus au loin dans ces contrées intiospslaliéres , qu'ils partageaient avec des bêtes féroces *, ils les ont représentés comme sauvages eux-mêmes, grossiers, sans mœurs et sans discipline, livrés à des vices et à des désirs elTrénés , afin que le saint mission* naire eût à soutenir toute espèce de nécessité, toute espèce de dangers causés par la nature et par les hommes. Les contradictions ne manquent pas non plus-, une seule chose peut donc être certaine , c'est que le second séjour du pieux missionnaire dans le Teulschland , à partir de Tan 724, dura au moins douze ans sans interruption; que pendant tout ce temps, il travailla sans repos et sans relâche-, qu'il ré* pandit à travers leTeutschland un grand nombre de moines et de religieuses, d'amis, de dis* ciplesdcs deux sexes ; que dans le Teulschland central, particulièrement parmi les Hessois elles Thuringiens, il fonda sur divers points des églises et des couvens , des séminaires de reli* gion et de diverses connaissances , et que là, comme en Bavière, il annonça et fit prévaloir partout la suprématie du saint*siége apostoli* que de Rome.

Son entrée dans le Teulschland prouva déjà sa confiance et sa résolution ; elle montra en mêmoiemps qu'il était venu pour porter la hache à la racine de l'arbre de la superstition , de l'erreur et des préjugés, et pour élever à sa place le nouvel édifice de la foi, de l'obéis* sance et de l'ordre. Dans un cndi'oit de la liesse appelé Gaesmere (2) se trouvait, à ce que raconte l'histoire de sa vie, un arbre d'une grandeur extraordinaire qui , dans l'ancienne langue des païens, portait le nom de chêne de Jupiter. Boniface, entouré des siens, ren* yersa cet arbre à la vue de beaucoup de païens, et ils se convertirent. Il se servit du bois pour construire un oratoire en l'honneur de l'apôlre saint Pierre. Puis il se rendit en Thuringe *, et tenant sans doute à la main la recommandation du pape, comme l'ordonnance de Karl, il s'a* dressa au prince et aux illustres du peuple* Ceux-ci suivirent aussitôt rappel de Tbomme

apostolique, soit par crainte du puissant maire du palais , soit par un intérêt mondain , soit par conviction de l'excellence des doctrines et des institutions que Boniface s'était chargé d'introduire parmi eux; cl avec leur secours, les chefs de l'hérésie ou plutôt les contradicteurs de Boniface, Torthnun , Berehthcr, Tanbcrcht et Hunred , furent vaincus et livrés à un sort rigoureux. Par là la crainte et la terreur furent jetées parmi les hommes, et la résistance à l'envoyé de la nouvelle domination ecclésiastique devint toujours plus faible; des églises furent fondées ou organisées selon les nouvelles formes; des séminaires pour le nouvel ordre de choses furent fondés partout, et tous les moyens furent em* ployés pour efTacer le paganisme de la yie du peuple teutsch et pour resserrer toujours davantage le lien qui désormais devait unir à Rome, d'une manière indissoluble, les Églises Icuisches; mais parmi les couvens que Boni-» face peut avoir fondés, on fait particulièrement mention de celui d'Ordorp, qui sans doute est le lieu qu'on appelle aujourd'hui Ohrdruf, dans le comté de Gleichen. Ce couvent fut consacré à saint Michel , et il peut avoir agi pour le christianisme et pour Rome jusqu'à la Saaic ou jusqu'à la frontière qui était occupée ou rendue incertaine pour les Slaves. Du reste Boniface et ses collègues exigèrent vraisem* blablcment de leurs néophytes l'abjuration et la profession de foi qui fut soumise Tan 743 au synode de Leptines, approuvée par lui et qui a été conservée juqu'à nos jours comme un des plus anciens monumens de la langue teutschc. Dans celte profession de foi, les nou* veaux convertis devaient renoncer au démon, à toutes ses pompes et à toutes ses œuvres ; ils s'engageaient à reconnaître la foi en Dieu , le père tout*puissant, dans le Christ son fils et dans le Saint-Esprit (3). Les plus illustres col« lègues du saint homme , qui , venus d'Angle* terre , se rassemblèrent peu à peu autour de lui et qui dans la suite furent placés à la têto des fondations religieuses, selon les circonstances et l'occasion, étaient Burchard et Lull, puis les frères Willibald cl Wunnibald, enfin Witla et Grégoire, tous sincèrement dévoués à Bo* niface et égaux à lui, sinon en génie, en pru* dence et en influence, du moins en piété , en zèle et en vertus chrétiennes. Et ces grandes qualités ne restèrent pas étrangères aux fem^

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