‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 121 sur 298 · LIV. IX, CHAP. X · texte numérisé non relu

LIV. IX, CHAP. X

n les surprit surlet bords de cette rivière, dans la vallée Corbarique (3), et leur livra unebalaille sanglante. Le chef des Musulmans y trouva la mort avec un grand nombre des siens -, le reste de son armée prit la fuite en désordre. Tous coururent vers leurs vaisseaux, et comme, poussés par la crainte, ils se précipitèrent dans Teau sans ordre et sans réflexion pour gagnera la nage les navires qui devaient les sauver , ils se détroisirent réciproquement, s'ils purent toutefois échapper aux traits de Tennemi. Cette victoire même ne rendit pas Karl maître de Narbonne. Les villes de Nîmes, d'Agde, de Béziers furent conquises ; leurs murs furent renversés, leurs fortifications détruites, afin que les Musulmans, s'ils venaient à renouveler leurs incursions dans la Gaule, fussent forcés d'accepter une honorable lutte en plaine campagne. Narbonne toutefois resta aux infidèles, et avec cette ville, ils conservèrent le pays situé entre l'Aude , la mer et les Pyrénées. Si Karl, pour n'avoir pu achever son œuvre, n'avait pas mis l'empire en sûreté contre de nouvelles attaques des Sarrasins, il l'avait du moins mis en sûreté contre de nouveaux dangers , et le succès de la journée de Poitiers avait élè confirmé par ses victoires sur le Rhône et sur la Berre.

Karl cependant aurait difiicilement laissé les choses dans cette situation si deux circonstances ne l'avaient empêché de suivre sa route , d'abord une irruption des Saxons dans les an* ciens cantons des Franks, puis de nouveaux mouvemens en Bourgogne. Les Saxons, qui no renonçaient jamais à leur haine et rarement à la lutte, et qui profitèrent de nouveau de l'éloignement de Karl , semblent avoir pénétré jusqu'au Rhin, et peut-être les Frisons ne furent-ils pas étrangers à cette tentative. Karl regarda comme d'autant plus nécessaire d'accourir contre eux et de les empêcher d'attaquer l'autre rive. Il parut sur le Rhin avec une armée, l'an 738. A l'embouchure de la Lippe, il passa ce fleuve, et, avec l'assurance d'un héros accoutumé à la victoire, il poursuivit les troupes des Saxons en remontant la Lippe. Mais l'histoire ne dit pas ce qu'il gagna, jusqu'où il parvint, car & l'ignorance des écrivains sur cette époque se joint aussi , lorsqu'ils parlent des Saxons ou des Frisons, pour ces peuples de païens opiniâtres (4) un mépris trop amer pour qu'ils aient pu donner des indications plus précises sur des actions

accomplies par eux ou contre eux. Mais des expressions vagues comme celles-ci : <( Karl soumit la plus grande partie de cette contrée , il rendit une partie des Saxons tributaire et reçut d'eux beaucoup d'otages, » ont été employées trop souvent sans motifs pour mériter quelque considération. En Bourgogne, d'autre part, ce fut la partie méridionale du pays qui excita l'attention du prince. Après la conquête d'Avignon en efTet, Karl avait aussitôt passé le Rhône pour poursuivre les Sarrasins. L'angle méridional du pays entre la mer et les frontières de la Lorobardie n'avait pas vu ses armes -, mais dans cet angle le traître Maurontus paraît s'être maintenu et avoir renouvelé ses intrigues pour soulever la Bourgogne, tandis que Karl avait passé le Rhin pour réprimer les Saxons. On connaît peu les évènemens-, l'état des choses parut toutefois assez dangereux au prince Karl pour le décider è entreprendre encore une fois une expédition dans celte contrée éloignée : elle eut lieu l'année suivante, en 739 , et ce fut la dernière entreprise militaire du prince Karl. Une trouva de résistance nulle part : tout plia sous les armes de ses Austrasiens ; mais il ne se reposa qu'après avoir salué les vagues de la mer , et Maurontus ne trouva de refuge que sur des rochers inaccessibles, d'où il ne revint plus sur le théâtre de l'histoire.

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