‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 122 sur 298 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

POSITION DU SIEGE APOSTOLIQUE SOUS LE RAPPORT TEMPOREL. — NÉGOCIATIONS DE GRÉGOIRE II ET DE KARL-3f ARTELL.

Malgré leurs préparatifs, les Langobards n'avaient pas contribué à la victoire que Karl remporta sur les Sarrasins près du Rhône et de la Berre, è moins que peut-être le bruit de ces préparatifs n'ait exercé quelque influence sur les Musulmans et n'ait rendu plus facile le triomphe des Franks. Les motifs qui peuvent ayoir déterminé le roi Luilprand à ne pas conduire son armée dans la Gaule sont incertains. Les victoires rapides du prince des Franks semblaient assurément rendre inutile le secours des Langobards; mais ce qui toutefois peut avoir empêché ceux-ci de s'avancer, c'est que Luitprand, vers cette même époque, eut à contenir dans son propre royaume des mouvemens séditieux qui le forcèrent è

mcDcr contre Tintérieur de Tllalie les forces dont il pouvait disposer. L'origine de ces mou- Yemens remontait & quelques années; mais alors les choses en étaient venues au point que les deux ducs de Spoléte et de Bénévent, profitant de Toccasion que semblait leur offrir Tarmemcnt du roi pour une expédition en Gaule, cherchèrent à se soustraire à la dépendance du royaume des Langobards et à se rendre souverains. Cette tentative était en rapport avec la position du siège papal de Rome et par là avec les relations qui eurent dans la suite une si grande importance même pour l'histoire du peuple leulsch. Mais par le manque de documens il est Irés-difOcile de se faire une idée exacte de Télat de Tltalie , et il ne Test pas moins de reconnaître les efforts des hommes et d'apprécier leurs actes *, toutefois quelques observations générales peuvent suffire pour la suite de celle histoire.

Lorsque la domination des Goths en Italie se fut écroulée, le siège épiscopal de Rome retomba & regard de Tempcrcur byzantin sous la même domination où étaient tenus tous les évoques de Tcmpire romain d'Orient; et bien qu'à celte époque l'évoque de Rome fût con* sidéré comme le premier évoque de TOccidenl, il ne sentait pas moins qu*un autre qu'il était sujet. Ses relations n'éprouvèrent pas le moindre changement Jusqu'à Tirruplion des Langobards en Italie. La considération du pape pouvait s'augmenter dans le monde catholique d'Occident : comme évoque de l'empire byzantin , il resta ce qu'il avait été , dépendant de la Yolonté et des ordres de Temporeur. En face du nouveau danger suscité par les Langobards, la ville de Rome , le sénat et le peuple rendirent divers services, et les papes, qui dans les Langobards redoutaient aussi des hérétiques , y eurent une grande part : sans leur aclivité« qui réveilla la vie et l'intérêt dans celte ancienne ville souveraine, désolée et si souvent couverte de honte, Rome n'aurait pu être conservée à Tempereur. Par là le pape se plaça sans doute dans une position plus élevée à Tégard des Romains et de l'empereur; il fut le soutien et Tappui du petit territoire qui, sous le litre de duché romain, fut soustrait avec la ville éternelle à la puissance des Langobards, non-seulement parce que, en qualité d'administrateur des grands biens ecclésiasliques , il contribua le plus à la défense de

cette ville et de son territoire, mais aussi parce qu'il sut agir sur j'esprit des hommes , ce qui est le point le plus important dans la guerre comme dans la paix. A partir de ce temps , le langage de l'empereur envers le pape fut plus doux et plus bienveillant qu'il ne Tétait d'ordinaire à l'égard des autres évoques de l'empire , car la crainte de perdre aussi Rome et de détruire dans Rome môme l'espérance de reconquérir l'Italie apprivoisa Jusqu'à un certain point le farouche despotisme. El comme depuis répoque où la princesse bavaroise Théodelinde était devenue reine des Langobards, ceux-ci abandonnèrent peu à peu l'hérésie d'Arius et se convertirent tellement à la foi catholique qu'environ cent ans après la fondation de leur royaume cette hérésie avait en majeure partie disparu, les empereurs sans doute crurent devoir ménager encore davantage le puissant prêtre de Rome pour ne pas le pousser à une alliance avec le roi des langobards. Ils se crurent forcés d'autant plus à celle conduite qu'ils sentirent toujours davantage la faiblesse de leur empire et qu'ils reconnurent plus vivement que, par les attaques des Musulmans en Orient, ils étaient hors d'état de rien faire en Occident; mais la sujétion du pape ne fut pas mise en doute. L'empereurconfirmaitsanscon* testalion l'élection du pape faite par le clergé et par le peuple de Rome. Le pape datait diaprés les années du régne de Tempereur, et à Constanlinople un apocrisiaire papal était chargé de recevoir les ordres de Tempereur, de déposer au pied du trône impérial les prières et les représentations du pape et en général de traiter de toutes les affaires entre le matlre du pays et le plus puissant des évèques. Il te commit aussi plus d'une violence par les soldais impériaux dans le duché de Rome, plus d*un mauvais traitement par les exarques impériaux qui de Ravenne gouvernaient les provinces italiennes encore soumises aux armes impériales.

Au huiliéme siècle, lorsque déjà la considération du siège apostolique avait acquis un très - grand développement dans toutes les églises calholiques de l'Occident, lorsque l'Angleterre et rirlande cherchaient à prouver au saint-siège, par leur dévouement, par leur respect et en propageant la vénération pour lui, leur reconnaissance pour le service que le

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pape leur atail rendu par la fondation de leurs églises , et lorsque les églises du Teutschland étaient également soumises au nom apostolique de Rome, de nouvelles relations s'établirent. Le même empereur Léon Tlsaurien, qui brisa devant Constantinople les forces des Musulmans cl qui rendit par là au monde chrétien et au monde germanique un service plus grand qu'il ne le savaii et ne le voulait peutêtre, conçut en présence des Musulmans une pensée qui depuis longtemps avait occupé beaucoup d'hommes , la pensée de purger le culte chrétien, comme Tétait le culte mahomélan,de tout mélange d'objets matériels. Car bien que les chrétiens, dans les trois premiers siècles, par opposition au culte païen , se fussent abstenus de représenter par des images les objets sacrés de leur foi, pour n'adorer Dieu qu'en esprit et en vérité, celte représentation sensible était pourtant un usage établi depuis que Conslanlin-le-Grand avait fait du christianisme la religion dominante de l'empire romain. Soit que les hommes qui passèrent du paganisme au christianisme , ne renonçant qu'avec peine aux grands ouvrages de l'art par lesquels s'était distinguée l'ancienne religion, demandassent un dédommagement pour le monde détruit du beau, soit que la nature humaine porte en général en elle le désir de contempler le beau , on avait coutume d*orncr les églises chrétiennes des œuvres de l'art et de représenter par des images aux yeux des fidèles les faits principaux de l'histoire du christianisme aussi bien que ceux qui l'avaient préparé dans l'Ancien Testament. Les reliques sacrées de la yie et des souffrances du Sauveur, qu'on croyait posséder encore, furent la transition ; des fraudes pieuses s'y joignirent : on crut avoir des portraits exacts et authentiques du Sauveur, de sa glorieuse mère et sans doute aussi de son fidèle père adoptif , des disciples et des apOlres, des martyrs et des saints, et l'on plaça dans les églises avec une foi entière les copies de ces images primitives; et de même que la ferveur des fidèles semblait croître auprès des reliques, de même leurs méditations semblaient devenir plus intimes et plus YÎves à l'aspect de ces images. Mais si d'un côté la faiblesse de Thomme trouvait un appui dans cette contemplation malérielle, si le chemin du cœur et du sentiment était ouvert ainsi par rimaçioation , il se peut tussi que d'autre

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part cette contemplation ait augmenté la faiblesse; l'imagination pouvait s'égarer, tandis que le cœur et l'esprit restaient insensibles. L'homme matériel perdait de vue devant ces Images les idées spirituelles ; le moyen devint le but, la route devint le terme. La pensée ne s'éleva pas toujours jusqu'au Sauveur et jusqu'aux saints: les images satisfaisaient le cœur et ses besoins ; on oublia les pensées saintes auxquelles elles devaient mener; elles devin* rent saintes elles-mêmes. Les miracles donC elles devaient rappeler le souvenir disparurent, elles firent elles-mêmes des miracles. Pour cette même raison , la méditation , qui conduit l'homme à Dieu, put souvent se por* ter au delà de l'image , et l'imagination excitée pouvait plutôt provoquer au péché que préparer à la pénitence. C'était ce que les Musulmans et les Juifs reprochaient aux chrétiens comme une idolâtrie; c'était là aussi ce que parmi les chrétiens eux-mêmes beaucoup d'hommes pensans, qui ne songeaient qu'à la piété et au salut de la génération présente et non aux beaux-arts du moment, regardaientconira# dangereux dans les images des saints. Aussi l'empereur Léon l'Isaurien ne mérite assurément pas de reproche pour s'être déclaré con* tre le culte des images dans l'Église chrétienne. Mats ce rude guerrier oublia bientôt la mode* ration avec laquelle il avait commencé cetle grande œuvre : habitué à une autorité sans bornes et à une aveugle obéissance, il ne s'aperçut pas qu'il empiétait sur un terrain qui lui était étranger, où il ne pouvait gagner quelque chose que par l'instruction et la convie-tien , et non par des ordonnances et par la force; il blessa les laïques dans leurs sentimens et ôta aux ecclésiastiques toute leur influence et même tous leurs profits. Il rencontra de la résistance ; cette résistance excita sa colère, et dans sa colère il prit des mesures violentes pour détruire sous les yeux des hommes les objets de vénération auxquels ils tenaient de toute leur Ame. Par là ce qui pouvait avoir été bon dans l'origine devint odieux dans l'exécu* lion , et cette violente résolution ne put avoir pour suites que de malheureuses réactions qui devaient devenir d'autant plus désastreuses qu'elle fut maintenue plus longtemps.

Parmi les hommes qui s'opposèrent à l'iconoclaste Léon , le pape Grégoire II fut le plot redoutable et le plus heureux , comme le plut

résoluelleplus intelligent. Comptant sur les dispositions de tous les chrétiens catholiques dans tout rOccident et surtout en Italie, il réfuta avec conûance etadresse, dans un langageénergique et dédaigneux, sans le moindre ménagement , les principes deTcmpereur ^ il devint le cher de tous les Italiens par son refus d'exécuter les ordres de ce prince. Car tous les Italiens attachés à la foi catholique tenaient aux images, objets de leur affection*, ils les entourèrent avec une sorte de fanatisme lorsque s'éleva la tempête qui menaçait de les leurarracher. Les Langobards eux-mêmes prirent le parti du pape, et la faiblesse et la confusion de Tempire auraient permis à celui-ci de détacher du nom impérial les provinces d'Italie qui y tenaient encore et de s'en faire reconnaître comme souverain. Mais Grégoire, tout en s'opposant à l'empereur, tout en prononçant dans un grand synode l'excommunication contre tous ceux qui attaqueraient les images des saints et en la prononçant par suite contre l'empereur lui-même, bien qu'une armée grecque envoyée par celui-ci pour punir 1 Italie et le venger de sa résistance eût été détruite par les vents, les flots et les armes , Grégoire hésita à briser le lien qui rattachait Rome et les provinces italiennes à l'empire romain. Le sénat et le peuple de Rome acquirent sans doute plus .d'importance qu'ils n'en avaient eu depuis la domination de l'empereur Auguste, si l'on ne lient pas compte de la grandeur et de la richesse delà ville, mais seulement des relations légales telles qu'elles existaient dans la vie. Mais on peut dire que l'indépendance de Rome de l'empire romain fut décidée en fait et en vérité, et que le pape réunit désormais la puissance de prince temporel à la puissance de chef de l'Église*, mais ce fait ne fut pas exprimé, et Grégoire II lui-même empêcha les Italiens de rompre formellement avec l'empire et le nom impérial. Grégoire III suivit la même route, et pourtant les papes restèrent par celte conduite dans une position hostile à l'égard des Langobards et nuisirent même à leur influence spirituelle sur le royaume de ceux-ci. Car bien que le pieux roi Luitprand, dans un moment do profondeémotion, eût oubliél'ancienne Jalousie des rois langobards à l'aspect vénérable du pape Grégoire II \ bien qu'il eût déposé humblement son épée, ses ornemens et sa couronne sur le tombeau de mn{ Pierre, ceMe émotion , sut-*

vant la nature du cœur humain , n'influa pas au delà du moment, et les relations de la vie et du pays rétablirent ce qu'elles avaient produit auparavant. Ainsi le monde vit ce singulier phénomène que le siège apostolique eut à se féliciter en AnglelerreetdansleTeutschlandd'uoe considération dont il ne pouvait se vanter à une distance dequelques milles des portes de Rome. Il est facile de reconnatlre pour le moment les motifs de la conduite des papes dans ces re* lations-, mais il est difficile de dire s'ils avaient ou non déjà formé des projets positifs pour l'avenir. Certainement ils n'avaient aucune prédilection pour la cour impériale ; mais ils en avaient besoin comme appui. Les temps n'é-* taientpasencore mûrs pourque révêqueputar* river à la souveraineté territoriale, et il est difflcile que les papes eux-mêmes aient conçu une semblable pensée ^ ils ne pouvaient chercher de domination que dans l'Église et ne pouvaient en exercer que par elle. Si donc leur siégeépiscopal devait relever d'un souverain territorial, le lointain empereur, que la mer séparait de l'Italie et dont les armes étaient émoussée» par les bouleversemens intérieurs de l'empire aussi bien qu'affaiblies par les ennemis extérieurs, était assurément un mattre plus commode que le roi voisin des Langobards, qui semblait avoir toujours le pouvoir d'élever ou d'abaisser le siège apostolique , de le maintenir ou de le renverser ; de plusl'alliance avec l'empire romain rendit possible de grandes vicissitudes. Les églises du royaume des Langobards ne pouvaient qu'avec le temps échapper au pouvoir du siège apostolique, que le roi fût ami ou ennemi de celui-ci. Quant aux églises d'Orient^ le pape ne pouvait espérer d'exercer sur elles aucune influence, ou il ne pouvait l'espérer que comme évêque de l'empire -, tandis que dans le bas où les Langobards le mettraient en danger, il ne trouverait pas d'appui auprësde l'empereur; mais il avait déjà trouvé la main qui devait le sauver. Il importe peu que les papes aient réellement pénétré à fond dans les singulières relations de l'empire des Franks, dans la dégradation et l'abaissement de la maison royale et l'élévation adroite et heureuse de la maison de Pippin -, qu'ils aient cherché par un calcul arrêté à y contribuer et à en profiter pour le présent et pour l'avenir, ou qu'ils aient seulement suivi la marche des choses , et qu'ils se soient etforcés sans plan plus éteiH

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