‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 127 sur 298 · LIV. IX · texte numérisé non relu

LIV. IX

Allemanni et les Bavarois se réunirent pour une résistance commune.

Mais au printemps suivant, les deux frères s^avancèrent avec leurs forces réunies. Les ducs des Bavarois et des Souabes se tenaient sur le Lech et attendaient leurs adversaires derrière de bons retranchemens. L'ennemi s'avança conduisant ses troupes obligées au service, et avec elles comballaienl des hommes de leurs peuples. Odilo, dit-on , ce qui pourtant n'est pas vraisemblable , avait appelé à son aide les Saxons et les Slaves. Pendant quinze Jours les armées séparées par le fleuve restèrent en présence et attendirent Toccasion en s'observant. Les Bavarois, ayant remarqué rembarras des Franks, tournaient leurs ennemis en dérision ; mais conflans dans leurs retranchemens, ils négligèrent la surveillance qui leur était si nécessaire. Les Franks réussirent à découvrir un gué dans le Lech. Ce même jour le prêtre Sergius se trouvait dans leur camp : il était venu en Bavière avec une mission du pape Zacharie, et il était alors envoyé par le duc Odilo aux princes des Franks pour ménager une transaction. Quelques jours avant, cette œuvre de paix aurait peut-être réussi au bon prêtre-, mais maintenant que Tcndroit guéablo avait été trouvé, sa parole n'eut pas d'écho, et on ne tint même pas compte de sa défense de combattre, qu'il annonça d'une manière illusoire comme un ordre de l'évêque apostolique. Bien plus, la nuit suivante, Karlmann et Pippin, donnant le change aux peuples teutschs, divisèrent leurs armées et en conduisirent une partie à travers le fleuve, tandis que l'autre partie resta dans son ancienne position , et ils attaquèrent à rimprovistc les ennemis. Ceux-ci, surpris par celte attaque nocturne, ne purent résister^ beaucoup trouvèrent la mort. Les ducs se retirèrent avec ceux qui survécurent à la défaite. Odilo passa rinn avec ses troupes ; Théobald se sauva avec les siens dans les montagnes des Alpes. Le prêtre Sergius était tombé prisonnier entre les mains des vainqueurs; Pippin se le fit amener : a Seigneur Sergius , dit-il en riant, il est évident maintenant que tu n'es pas le saint apôtre et que réellement tu n'es pas non plus son envoyé. Hier tu disais que le seigneur apostolique nous défendait au nom de saint Pierre de châtier les Bavarois; nous t'avons répondu qu'il était impossible que tu fusses envoyé dans un tel but par saint Pierre

CHAP. XL

ou par le seigneur apostolique. Maintenant tout est clair ; si saint Pierre n'avait pas voulu le châtiment des Bavarois, il ne nous aurait pas assurément donné aujourd'hui son appui. Mais sois sûr de ceci : par l'intercession de saint Pierre, prince des apôtres, et par le jugement de Dieu que nous avons suivi, la Bavière et les Bavarois appartiennent désormais à l'empire des Franks. » Les affaires cependant prirent une tournure tout autre que Pippin ne l'avait cru dans l'ivresse de sa victoire. L'armée des Franks traversa la Bavière; mais Odilo se tenait résolument derrière l'Inn comme auparavant derrière le Lech , et Théobald, duc des Souabes, menaçait sur les flancs de couper la communication des Franks dans la Gaule. En même temps le bruitserépanditqu'Hunald, duc des Aquitains, avait passé la Loire et dévastait en tous sens les contrées de la Neustrie ; enfin les Saxons s'avancèrent vers le bas Rhin et remplirent les esprits de crainte et de terreur.

Dans de telles circonstances, Karlmann et Pippin crurent dangereux decontinuer la guerre en Bavière; en conséquence, sans avoir attaqué de nouveau le duc Odilo et sans l'avoir contraint de reconnaître la suzeraineté des Franks, ils abandonnèrent le pays avant que deux mois se fussent écoulés depuis leur arrivée. La Bavière, bien qu'elle eût beaucoup souffert, conserva son indépendance , et la Souabe partagea pour le moment sa fortune. Une expédition des deux princes franks contre les Saxons , qui s'étaient jetés sur l'empire , n'eut d'autre but que de rendre possible une campagne devenue nécessaire contre Hunald. Les Saxons furent d'autant plus facilement forcés à la retraite que l'armée des Franks, s'avançant à travers la Thuringe, tomba sur leur flanc ; mais les succès des Franks n'allèrent pas beaucoup plus loin. Ils s'avancèrent au delà des frontières saxonnes, conquirent même une forteresse et forcèrent le gouverneur de celle-ci, Théoderich, que les écrivains décorent du titre de duc, A se soumettre ; mais le peuple saxon fut à peine atteint par cet événement. Les princes des Franks se hâtèrent de revenir sur le Rhin, parce qu'il fallait arrêter le duc Hunald d'Aquitaine dans sa dangereuse entreprise.

Au printemps de l'année suivante, 744, les deux frères Karlmann et Pippin conduisirent leur armée contre ce duc redoutable. Hunald se retira devant leurs forces réunies , et ils le

suivirent au delà de la Loire dans FÂquilaine; il paraît môme que la désunion s'éleva parmi les Aquitains^ il se peut aussi que Karlmann et Pippin, dans la position dangereuse où ils avaient été amenés par les guerres multipliées au sud, à Test et au nord , aient employé encore d'autres moyens que ceux des armes et de la guerre ouverte. Hatto, Tréred'Hunald, que pré* cédemmen t, avec le consen temenl de Karl-Martell, il avait dépouillé de toute part au duché, ne semble pas être resté inaclif au milieu de ces agitations. Hunald désespéra dans celte circonstance de la possibilité de résister et de se sauver. Il se soumit donc au destin et reconnut la suzeraineté de Tempire des Franks; il prêta serment de fidélité , livra des otages et promit de se tenir prêt avec tout ce qu'il possédait au service des princes victorieux. Toutefois il conserva un amer ressentiment. Lors donc que les princes des Franks eurent de nouveau quitté ce pays , dominé par son indomptable colère, 11 attira son Trère Halto hors de Poitiers, qui lui avait été donné pour prison , et fit crever les yeux à cet infortuné. Mais dès ce moment , il sentit sa conscience tellement chargée de cet acte cruel qu'il crut ne pouvoir se réconcilier avec Dieu et avec lui-même qu'en renonçant au monde : il abdiqua sa dignité, remit le* duché d'Aquitaine à son fils Waifar, puis, dans un couvent de la petite île de Rhé, il revêtit Thabit monastique et se livra à de pieux exercices.

Pendant ce temps les peuples teutschs étaient entrés de nouveau en mouvement ; les Saxons s'étaient avancés encore une fois, et Théoderich lui-même, qui s'était donné aux Franks, ne fit pas faute dans ce nouveau soulèvement de son peuple.Tbéobald, duc des Allemanni, menaça le sud, etOdi!o,ducdes Bavarois, fildesarmemcns pour marcher encore une fois au secours de cet allié. Karlmann et Pippin n'avaient donc pas de temps à perdre s'ils ne voulaient pas voir armés contre eux tous les peuples teutschs sur les rives du Rhin. Dans le fait ils accoururent d'Aquitaine, qui, sans ces circonstances, ne serait pas restée au duc Hunald ] ils se dirigèrent sur le Tcutschland pour prévenir Tunion des peuples pour une lutte commune , pour une cause commune, et celle fois encore ils réussirent à se montrer ù temps. Dans l'année 7M même, la guerre commença par Karlmann avec les Saxons et par Pippin avec

les allemanni, et elle fut continuée Tannée suivante. Cette fois encore le détail des événemens ne nous a pas été transmis ; on peut à peine en indiquer l'issue. Cette issue fut pour les Saxons ce qu'elle avait toujours été : ils furent repoussés ; une partie de leur territoire fut ravagée; le récalcitrant Théoderich, accusé de trahison, fut emmené dans l'intérieur de l'empire; beaucoup de Saxons furent forcés de recevoir le baptême. Mais dans l'ensemble, les relations des Saxons à l'égard des Franks restèrent incertaines et hostiles, comme elles l'avaient toujours été. Le duc des Allemanni au contraire opposa au prince Pippin une courageuse résistance, et lorsqu'il fut contraint à reconnaître la supériorité des forces de celuici , il se retira avec une contenance résolue dans les Alpes. Pippin n'osa pas l'attaquer dans cette position ; il lui fit donc faire des propositions d'accommodement ; et bien qu'on ne fasse pas connaître ces propositions, elles doivent avoir été très-avantageuses pour le duc, car il quitta sa forte position dans les Alpes, vint auprès de Pippin et obtint de celui-ci la restitution de son duché. Mais cet homme qui s'était présenté sans soupçon fut trompé d'une effroyable manière : Pippin lui avait tendu un piège pour jeter sur lui d'autant plus sûrement les réseaux du malheur. Il ne le vit pas lui-même ; il se fia aux apparences ; il s'en remit du soin d'accomplir l'œuvre de la ruse sur son frère Karlmann. auquel l'Allemannie avait été destinée par leur père commun , et sa souveraineté sur ce pays avait été reconnue par Pippin lui-même en vertu d^un traité. L'année suivante en efTct, tandis que Pippin marchait contre l'Aquitaine, Karlmann parut avec une armée en Allemannie, sans doute sous pré* texte d'une expédition contre Odilo, duc des Ba« varois; il demanda que les Allemanni suivissent son armée. Le duc Théobald parut avec son peuple et se réunit à Canstadt à l'armée des Franks, comme cela avait été convenu. Dans ce camp commun, où d'un côté il y avait une confiance que n'altérait aucun soupçon, et de l'autre l'astuce excitée par le ressentiment , Karlmann se jeta avec ses Franks sur les Allemanni et désarma sans résistance ces braves enfans de pères courageux, qui eux-mêmes n'avaient pas dégénéré de leurs vertus héréditaires. Le duc Théobald et les autres princes de ce peuple furent arrêtés parce qu'ils s'étaient dé--

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