‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 13 sur 298 · LIV. VII, CHAP. III · texte numérisé non relu

LIV. VII, CHAP. III

ainsi que dans les campagnes, comme les mat- Ires deshommeset des choses , du sol et de tout ce qui se trouvait sur le sol; mais il n'y avait pas pour eux de meilleur moyen d'en tirer parti que de maintenir les relations existantes (42). Les villes peuvent donc avoir perdu par la conquête des Franks sous le rapport de leur industrie et de leur commerce (43) ; mais certainement elles ne perdirent rien de leur élat intérieur, bien que chaque habitant en particulier fût abaissé au rang du lite tcutsch -, il est même possible qu'elles y aient gagné.

Il est difficile de se faire une idée de Tétat intérieur des villes de la Gaule dans les derniers temps de l'empire romain ^ mais il n'est pas douteux que le même bouleversement qui causa h ruine de tout l'empire ne se soit fait sentir dans chaque ville et ne s'y soit répété. Les villes de la Gaule , lorsque la conquête du pays par les Romains eut été achevée et affermie , avaient été organisées sur le plan des villes d'Italie , qui servirent de modèles partout où s'étendît la domination romaine. Les relans particulières du pays rendirent peut-être ues modifications nécessaires*, en réatout était égal , et même le passage de qu*on appelait la liberté romaine à la domition d'un seul n'eut pas d'importance pour 'oi^anisalion intérieure des villes. Elles resblaient à de petites républiques-, elles ient obligées envers l'empire à des impôts , rs fils devaient suivre l'aigle de l'empemais elles faisaient elles-mêmes leurs affaires : elles avaient leur territoire, enus , leur organisation , leurs corpo- Ladministration de leurs revenus était elles-mêmes; elles prenaient ellesesures nécessaires pour leur repos^l^^B leur sûreté-, elles exécutaient ellesmêm^^Hris. La suzeraineté seule était due à y^^^Ht à l'empereur, et l'administration était réservée au lieutenant impéitans les plus riches formaient le re , l'ordre des décurions ou des t ordre fut originairement , à ce le , composé des familles les plus parmi les Gaulois , entre les mains desquelles s'était trouvé le pays lors de la conquête. Les druides, qu'il' fallait priver de leur aniique noblesse fondée sur la religion, et les chevaliers , qu'il fallait consoler de leurs pertes , peuvent en majeure partie s'être fon-

dus dans cet ordre des curialcs. On y arrivait par la naissance , et lorsque la naissance ne suffisait pas, par réicction. Des honneurs, des droits et des obligations distinguaient cet ordre, la curie , dirigée par un principal, était regardée comme un petit sénat. C'était des curiales que sortaient les hommes que Ton chargeait de la défense des droits , de l'administration et des intérêts de la république. Les autres hommes se livraient à leurs affaires particulières, et réunis en tribus et divisés en classes , ils jouissaient des agrémens de la vie et en portaient le fardeau sous la protection des lois. Le despotisme de quelques empereurs avait bien fait çà et là quelques usurpations violentes, mais il avait été passager; les luttes des soldats pour disposer de l'empire avaient bien causé des secousses destructives , mais on n'avait souffert que partiellement. Jusqu'à Constantin, que l'on appelle le Grand, l'essence de celte constitution s'était partout conservée: mais parles nouvelles institutions que cet empereur donna à l'empire, tant pour son administration que pour sa défense , aussi bien que pour les affaires religieuses, les villes furent réduites à une grande nécessité et à de grands embarras qui, rarement interrompus par un homme bien intentionné tel que Julien, étaient devenus plus pernicieux de génération en génération. Le plus grand mal résulta du système d'impôts. Établis dans les provinces pour quinze ans, par suite des besoins toujours croissans de l'empire et de ses empereurs , les impôts étaient répartis sur les communautés par les lieutenans impériaux ; calculés par tête, ils devaient être levés proportionnellement à la fortune des villes, et chaque communauté était tellement obligée pour la part qui lui était assignée que, même dans la misère générale de ses membres, toute la somme devait être payée f>ar celui qui pouvait payer encore (44). Mais les curialcs restaient comme emprisonnés pour le paiement exact des impôts ; on le leur extorquait d'avance ; ils n'avaient ensuite qu'à pressurer les autres habitans pour rentrer dans leurs déboursés. Depuis lors le premier ordre de la société civile dans les villes s'était vu dépouillé de sa dignité : son honneur s'était changé en honte , sa considération en mépris ; il tremblait lorsqu'il portait ses regards au-dessus de lui ; il frissonnait lorsqu'il les laissait tomber au-dessous. Tantôt objet, tantôt ins-

trument de mauvais (raitcmcns de toute sorte, il était tour à tour esclave et tyran, enclume et marteau , et la mort ou le hasard pouvaient seuls sauver les curiales de ce double malheur. Des hommes qui n^avaient pas perdu tout sentiment d^honneur et de pudeur cherchèrent par tous les moyens à se soustraire à une position si cruelle : ils abandonnèrent maisons et foyers , femmes et enfans , et surent se soustraire par la fuite & la nécessité de faire partie d'un ordre désormais méprisé-, ils épousèrent des esclaves pour chercher dans le service domestique d'un puissant fonctionnaire la liberté qu'ils ne trouvaient plus dans Tordre qui jadis avait été le plus honorable. Il fallut établir les peines les plus sévères pour maintenir cet ordre *, des criminels furent condamnés à en faire partie. Les hommes libres coupables d'avoir caché un curiale qui cherchait à fuir son malheur furent légalement condamnés à prendre dans la malheureuse curie la place de celui qu'ils avaient sauvé (45) , et les esclaves qui se rendaient coupables d'un tel acte d'humanité furent traînés à la mort (46). Des lois qui contiennent des dispositions de cette nature supposent un horrible état de choses. II est possible pourtant que les villes de la Gaule aient reçu quelque adoucissement à leur malheur lorsque, dans les derniers temps de l'empire, elles furent détachées toujours davantage de Rome ou plutôt de la cour impériale , et lorsque les gouverneurs des pays gaulois qui n'étaient pas encore au pouvoir des barbares ne purent plus compter que sur la Gaule et sur ses cités. Ces gouverneurs durent mettre d'autant plus do douceur dans leurs rapports avec les villes, que le désir des habitans de se voir délivrer par les barbares et particulièrement par les Franks (47) était plus grand , comme nous l'avons précédemment indiqué ^ mais ce temps de guerre et de continuelle incertitude ne pouvait probablement pas assurer un remède À de si grands désastres.

Les Franks, en devenant maîtres des villes delà Gaule (et partout ils le devinrent sans résistance de la part des habitans ), donnèrent sans aucun doute la liberté aux nombreux esclaves de race et de langue teutsches qu'ils y trouvèrent; ils accordèrent assurément aussi aux affranchis d'origine tcutsche les droits d'hommes libres teutschs-, et comme nous l'avons fait observer plus haut, ils admirent

en partie les individus ainsi délivrés dans le corps des compagnons du roi, tandis qu'ils accordèrent à d'autres, à litre de véritable propriété, des biens-fonds libres, dépendans de la terre salique. Ce fut une perte pour les villes ; de plus on mit probablement à la tête de ces villes un Frank qui prit la place du lieutenant impérial, veilla au maintien de la suprématie des conquérans , assura la tranquillité et l'ordre, et rendit la justice. Cet officier peut avoir porté, selon l'usage teutsch , le titre de comte ou graf; les hommes nécessaires, selon la position et les circonstances, au maintien de sa considération furent mis à sa disposition. Pour faire place à ces hommes, il fallut évacuer une partie des maisons \ ces maisons , incorporées au fisc, s'appelèrent maisons fiscales^ et sans doute ce n'étaient pas les plus mauvaises , et vraisemblablement on les choisit do manière à ce qu'elles formassent un groupe. Il semble que dans ces maisons, ces hommes formèrent entre eux une petite communauté à la manière teutsche (48) ; enfin chaque ville dut être soumise aux logemens militaires, selon que les expéditions des Franks les rendaient nécessaires. D'un autre côté les habitans conservèrent tout ce qu'ils possédaient : le droit romain, sur lequel étaient fondées leurs institutions sociales , conserva son ancienne vigueur; les relations de communauté ne furent pas altérées -, le poids des impôts fut vraisemblablcmentdiminuè, parce que les besoins des Franks étaient moins grands que ne l'étaient auparavant les besoins de l'empire romain et parce qu'ils ne connaissaient pas les arts par lesquels la domination des Romains était devenue si pernicieuse. Les curiales , moins opprimés et moins oppresseurs, arrivèrent à une meilleure position, et leurs familles, bien qu'elles ne fussent placées à l'égard des Franks que dans la position de lites, obtinrent une nouvelle considération. Il est vraisemblable aussi que les villes furent délivrées d'un autre fardeau pesant, de robligalion du service militaire, car le recrutement était étranger aux idées des Teutschs , et un armement général des habitans était trop dangereux pour la nouvelle domination et pour les forces des Franks.

Toutes ces choses semblent conformes à la nature et basées sur les relations de cette époque; quelques phénomènes historiques prouvent aussi en général Texactitude des opinions

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