LIV. IX
qu^un homme sans activité et sans puissance porte le titre de roi et qu'un autre administre Tempire, en ait les honneurs et exerce la puissance royale sans avoir le titre de roi? La puissance royale et le titre de roi doiventils être séparés ou être réunis? » Yoici la réponse : « Cela n'est pas bon \ celui qui gouyerne Tempire doit aussi être roi. La puissance royale et le titre de roi ne peuvent être sépa* rés. » Cette décision, qui mettait le droit dans le fait, ne pouvait pas être une doctrine générale *, on avait seulement en vue le cas particulier qui était en question. Pourtant un principe dangereux fut introduit par là dans la vie, et la puissance de Thistoire, qui égalise les relations humaines par le frottement et la lutte , par des efforts et des contre-efforts , fat mise entre les mains du pape. Zacharie donna & Boniface la mission d'oindre et de sacrer le nouveau roi des Franks et non-seulement d'accepter pour TÉglise, quant à cet acte public, toute responsabilité devant Dieu et devant les hommes , mais aussi d'en assurer l'avantage & l'Église. Sans doute on procéda aussi, en agissant ainsi, d'après des opinions puisées dans l'Ancien Testament. Le pape fut
CHAP. XII
considéré comme un grand prêtre des Juifs et certainement élevé à une plus haute position que celui-ci \ et comme ce grand prêtre sacrait les rois des Juifs, et comme il avait transféré le sacre de la royauté d'une race à une autre, on crut que le pape avait une puissance égale. Là-dessas Pippin rassembla dans une diète tous les Franks, les ecclésiastiques, les grands officiers et les vassaux de l'empire. Dans cette assemblée, Pippin fut reconnu roi par tous les Franks et reçut de Boniface l'onction sainte, et de tous les évêques présens, sa consécration comme roi des Franks. Childérich III, le dernier rejeton de la race méro* vingienne, fut dépouillé de sa royale chevelure, vraisemblablement en secret, afin que personne ne pût voir ses larmes, écouter ses plaintes et se sentir ému de compassion pour ce prince infortuné. Les murs du couvent de Sithieu, à Saint-Omer, le dérobèrent aux regards du monde. Cet événement s'accomplit au printemps de l'année 752, à Soissons, dans le même lieu où Chlodwig- le- Grand, aïeul de Childérich, avait fondé deux-cent-soixantC' six ans auparavant, la gloire et l'empire des Franks.
NOTES DU LIVRE IX