CHAPITRE II
(1) Il est vaisemblable gue les Frisons, on du moins une partie de ce peuple, c'est-à-dire ceuxjqui habitaient entre le Rhin, l'Yssel et la mer, avaient appartenu dans l'origine à la ligue des Franks, et qu'ils s'associèrent particulièrement aux Sallens. Biais cette alliance n'avait pas nul à leur Indépendance.
(2) Paul. Diac. (VI, 37) connaît aussi ce prince, n l'appelle Rathod Frisionum rex. Les écrivains franks ne lui donnent que le titre de duc.
(3) Comme les Caninéfates, qui avaient aussi demeuré dans l'Ile Batavique ; les Frisibons . au nord des précédons, sur l'autre bord du Rhin, etc.
(4) Pagids, ad a. 689. Dans des temps plus rapprochés de nous, l'Ile de Helgoland a encore été attribuée aux Frisons par Mon b {Histoire de la mythologie du nord de l'Europe, I'« partie, p. 271 ; comparez avec la II« partie, p. 69) et par Muktir {histoire de rintroduction du christianisme en Danemark et en Norvège, p. 217). Ce dernier méi^e a fait de cette île la résidence du roi Ralbod. Cette opinion est appuyée sur un passage d'ALcniN, F'itaS. ff^illibrordi, cap. 10 (Alcuiw, opéra edid. Frobbnios, t. II, p. 187) , et ce passage me semble trop vague pour qu'on puisse y fonder quelque chose. Le hardi prédicateur de la parole divine, Willibrord, dont il sera bientôt question, a été chez les Danois, et revient avec trente jeunes garçons parmi les peuples élus de Dieu qui demeurent dans l'empire des Franks. C'est en revenant du Danemark et non en s'y rendant, comme le dit l'évoque HQnler, que pervenit w confinio Friso- NOM btDAiNorum ad quandam insulam, quœaguodam Deo suo Fosite, ab accolis TEMMFositeslanddicebatur. Une tempête le jeta dans celle Ile, où il resta quelques jours, attendant un meilleur temps. Durant ce séjour, il baptisa trois individus dans une source consacrée, où on ne pouvait puiser d'eau qu'en observant un rigoureux silence, et il tua aussi des animaux qui paissaient dans un terrain sacré, dont la
NOTES DU LIVRE IX
MQfce dépendait, e*est-è'dfre dans Tendroit où fana Deifuere constmcta (Monb traduit /ana par « la petite église.») , quoique aucun animal ni aucun objet qui se trouvait en ce lieu ne pût être touché par qui que ce fût. Les païens, frappés d'étonnement de ce qu'après un tel crime Wiliibrord et les siens ne fussent pas devenus furieux ou ne fussent pas morts subitement, informèrent de l'événement le roi Radbod. Radbod se fit amener ce prêtre audacieux, le traita durement, entendit de lai un discours violent, et ne fot pu converti au christianisme, mais amené à renvoyer avec honneur k Pippln , due des Franks , le prédicateur de la vérité. — Or que trouve-t-on dans ce passage? y voit-on d'abord que cette lie FoHteêlanà soit l'Ile â*Helgoland f Je pense qne non. Alcain a véeu plusieurs géhérations après l'événement qu'il raconte. Les différences qui se trouvent entre son récit et celui de BÉBAj lequel était contemporain , la confusion qu'il fait de Karl (Harteli) avec Pippin, nous autorisent à eroire que souvent il était mal informé , et qu'il a pn confondre encore d'antres choses. De plus, son réeit de Texpédition de Wiliibrord chez les Danois n'est évidemment calenlé que dans le but de foire ressortir l'intrépidité du pieux missionnaire. Et 11 se borne à dire qu'il y a sur les limites des Frisons et des Danois une Ile que les habitans de la côte appellent Fontesland. Ce nom peut-il, ou du moins doit-il élre nécessairement Helgoland? Alcuin se faisait- il donc une idée exacte et claire de la position des pays , et a-t-il connu les demeures des Danois? L'addition que l'Ile avait pris son nom a quodam Deo suo Fosite n'est sans doute qu'une explication donnée par l'excellent homme; et 11 serait possible que les habitans des eûtes, accol;k TKiiA, l'aient appelée F'orland ou F'or- #l«(/afi4(pays antérieur), Foaiitland, Or AdamusBbb' MEifsis dit assurément que FositeslaruHa est l'Ile Farfia, qua in o$tio fiuminU AlUœ longo reeeuu latêt. Hais Adamus était déjà sur une fausse trace , et puis on peut élever encore contre lui toutes les questions provoquées par les assertions d'Aicuin. — En second lieu, résulle-t-il des paroles d* Alcuin que Wiliibrord ait en dans l'Ile son entrevue avec Kadbod, comme Mo ne le croit? ou bien que Radbod ait eu sa résidence dans l'ile, comme Mûnter le veut? Nullement; il se peut, bien plus, que le roi se soit trouvé sur le continent. En tous cas, il est impossible d'admettre qne ce Radbod, qui fit la guerre aux Franks sur le Rhin, ait résidé dans l'Ile de Helgoland , qui en est passablement éloignée. Si en conséquence tout ce récit était basé sur une vérité, il faudrait sans doute chercher l'ile sur les côtes de la Frise, ou bien le nom de Radbod a été donné i ce roi i tout hasard et a fait songer ensuite auxFrisons.
(5) BisA ne dit nullement, II est vrai, que l'élection de Suidbert ait eu lieu contre le vœu de Pippin et contre l'attente de Wiliibrord; tout se passe an contraire, solvant lui , sans mélange de projets humains et de passions ; mais il me semble qu'on ne peut se faire de tout l'événement une antre idée que celle qui est exposée ici , et qu'elle fait bien ressortir toute la finesse de Pippin. Voici en efltet le réeit de Beda : « wniibrod vint in Frisiam. LA il apprit que Pippin lui avait donné la permission de prêcher $ et acce/e-
ravit vmirê Romam, pour Chercher la pertnlssloù du pape, la bénédiction pontificale et des reliques pour les églises qu'il espérait fonder. — (Mais il n'est assurément pas douteux que Wiliibrord se rendit à Rome A l'Instigation de Pippin, et il le fit probablement dans le but de se faire consacrer évéque.) — 11 obtint i Rome tont ee qu'il demanda^ et revint ad prodicandum. Quo têtnpore firatrês, qui erant in Frisia — €iêfferunt (|e croirais volon tiers q u'ii fa ut dire eiegerant : car II est impossible qu'en ce moment encore ils eus' sent eu la faculté d'élire un auire que wiliibrord, muni de la bénédiction apostolique et de reliques !) em suo numéro virum modestum.».. Suidbertum, qui ei$ ordinaretur antistes. Suidbert se rendit dans l'Ile da Bretagne et se fit ordonner par Wilfrid. (Mais par là l'Église de Frise contracta alliance avec l'Église de Bretagne ; ce fait pouvait élre mal interprété par le pape de Rome et par le clergé de la Gaule; celte alliance ne pouvait non plus être agréable à Pippin, à cause de la position des antiqui S axones *, il devait chercher i rompre ce lien spirituel). A peine (en conséquence) Suidbert fufr-il revenu qu'il quitta la Frise et qu'il se rendit chez les Boruehtuarii (sans aucun doute parce que Pippin ne voulait pas le reconnaître comme évéque). Les Boruehtuarii furent battus par les anciens Saxons, et ceux d'entre eux qui étaient chrétiens furent dispersés. Alors ipse antisies ûum quibusdam Pippinum petiit, et celui-ci ne le laissa pas retourner en Frise, mais il lui donna (et encore seulement interpellante conjuge sua, par conséquent A contrecœur] une habitation in insula quadam Rheni , que lingua eorum voeatur In littore. Et puis misit Pip^ pinuSf favente omnium consensu, virum venerabilem Jf^ilbrordum Romam, rel.
(6) C'est Jà , ce me semble, le sens de l'anecdote si connue que le moine Jokas raconte in P^ita S, Wulframni, episcopi Senonensis, Radbod avait déjà un pied dans l'eau pour se faire baptiser lorsqu'il demanda où serait le plus grand nombre des princes et des nobles de la Frise, dans le ciel ou dans l'enfer? Le missionnaire Wulframn répondit: en enfer. Là-dessus Radbod retira le pied de l'eau baptismale et déclara qu'il n6 voulait point renoncera la société des anciens princes de son peuple , et qu'il valait mieux, selon lui, suivre en enfer la partie la plus nombreuse de son peuple et rester fidèle à la religion de ses pères. ^ Je n'attache point d'importance à l'anecdote en elle-même; mais le sens que nous avons émis est exact et idéalisé en elle. D'autre part , ce qu'on raconte des sacrifices humains chez les Frisons (on veut qu'ils aient assommé, étranglé, jeté dans la mer des hommes pour honorer dignement leurs dieux nationaux) ne signifie guère autre chose, si ce n'est que les opInlAtres et indomptables Frisons étaient représentés eomme nne raee horrible et féroce