CHAPITRE IV
l'empire des franks sous les fils et petits-fils de chlodwig jusqu'a chlotar i". — origine du système féodal.
Dans le partage de la dignité royale, après la
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mort de Chlodwig, il 8*agis8ait, comme cela résulte incontestablement des développemens donnés jusqu'ici, de trois choses : des Icutes, du fisc, des gardes (wehren) ou barons. Ces derniers cependant avaient nécessairement le moins d'importance aux yeux des conquérans, bien qu'on ne pût les négliger. Par rapport aux lentes, il s'agissait moins aussi de mettre les rois à la tète d'un nombre égal de leutes que derépartir ceux-ci selon la grandeur du danger qui menaçait la partie de l'empire que chaque roi devait se charger de conserver et d'accroUre et de régler le fisc d'après des proportions convenables à chaque partie. Mais comme le danger était moins grand dans l'intérienr de la Gaule que sur les frontières, il était besoin de moins de] leutes au centre qu'à lacirconrérence, et pour cette raison déjà ces prétendus royaumes peuvent avoir été moindres dans l'intérieur de la Gaule et au nord et àlooesl de ce pays qu'à l'est et au midi. De plus le fisc se composait de deux parties : les impôts, que les Romains payaient dans les Yilles et dans les campagnes , et le produit des terres qui appartenaient à l'association des conquérans, parce qu'elles n'avaient pas de propriétaires particuliers et qui, précisément pour cette raison, pouvaient être cultivées par des esclaves des deux sexes appartenant au fisc (1). Mais le produit des impôts était probablement beaucoup plus grand dans Tintérieur de la Gaule, parce que le pays était mieux peuplé que sur les frontières incertaines et dévastées, et parce qu'il avait le bonheur de conserver des villes intactes. Pour celte raison aussi il fut nécessaire d'attribuer une plus grandeétcndue de territoire aux rois qui reçurent ces frontières en partage. Du reste, on conçoit facilement quele fisc étantdivisé, son administration lefutaussi et qu'il fallut élire autant de maires du palais (majorer domus) que Ion reconnut de rois.
Mais tandis que les rois et leurs leutes s'occupèrent de ces choses pour arriver à une juste compensation, tandis que par ce principe quela dignité royale, ^prèslamort du père, passait à tous ses fils , le sort de la maison royale, selon les prévisions humaines, était assuré, autant que l'empire était assuré luiiQème, les pensées des leutes ne devaient- <^iles pas, comme il est naturel aux hommes, ^€ reporter aussi sur leur propre sort ? ne de-
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ay
vaient-ils pas sentir le désir d'assurer aussi leur sort autant que cela était possible? 11 est difli* cite de se foire une nuire idée. Sans doute le Icutc qui était forcé par ses blessures , par ses infirmités ou par son âge, de renoncer à servir par les armes, put toujours obtenir en pro* priélé un bien-fonds comme aleu et, en dehors de la commundulé, se placer au nombre des hommes libres ou barons; mais par là même il descendait de son rang. Les leutes, à l'égard des hommes libres , comme à l'égard de tous les autres, étaient les véritables maîtres et souverains du pays : par cela mémo que l'individu passait du corps de compagnons à la liberté commune , le maître devenait un homme obéissant. D'autre part, le bien commun du corps de compagnons devenait toujours moindre à mesure qu'il s'en détachait plus de véritables propriétés ou d'aïeux. Et jusqu'où pouvait-on aller? où devait-on s'arrêter pour maintenir le fisc en état desulBreà tout ce que l'empire exigeait pour sa conservation et son agrandissement ? L'Église ne resta pas non plus en arrière dans son désir d'acquérir des pro^ priétés foncières-, et plus on eut besoin des ecclésiastiques dans le partage de l'empire, plus la dévotion , alimentée dans les âmes des conquérans par la superstition, fit de progrès , moins on put s'opposer à ces prétentions.
Il est difficile que cet état de choses n'ait pas été pris en considération; mais de nouvelles relations, dans lesquelles on tomba bientôt, durent nécessairement conduire plus loin. Les Allemanni de la Gaule étaient devenus leutes de Chlodwig ; mais le pays que jadis leurs armes avaient conquis leur était resté. Ils y étaient tous établis , et peut-être pour cette raison ils reçurent par degrés, indépendamment du nom d'Allemanni, celui ^Alesatm, Ahm$en, Ehassen, de même que leur province fut appelée Alcsatia , Alsatia , Elsass^ Alsace (2). Dans la partie de la Gaule que les Franks arrachèrent aux Wisigotbs, ils trouvèrent les Goths comme propriétaires fonciers, et certainement plusieurs d'entre eux entrèrent dans le corps des compagnons du roi. La même chose eut lieu en Bourgogne. Les terres étaient en grande partie la propriété des Burgundes ; les conquérans y avaient fondé des familles, et pourtant ils s'écrièrent aussi en s'adressant aux roi des Franks : a Nous sommes à toi (3)! » Enfin les Franks passèrent le Rhin. En Thuringe , en
Souabe, en Bavière, dans 1c8 cantons franciques et en Saxe, se présenta à eux Tancienne vie nationale avec tout son caractère propre. La possession territoriale leur montra son charme et son droit , et les amena à une comparaison avec rètat d'hommes sans terres où ils se voyaient eux-mêmes. La Thuringe, la Souabe et la Bavière devinrent des parties de Tempire qu'ils avaient fondé. En Thuringc , la maison royale fut anéantie et ses propriétés échurent au fisc (4). Le peuple, à ce qu'il paraît, resta dans son ancien état; mais les grandes familles de seigneurs terriens, appelés ctdelings^ se rattachèrent vraisemblablement aux leutes , s'assurèrent par là leurs possessions, aussi bien que les possessions des hommes libres d'un rang inférieur, et s'ouvrirent à eux-mêmes une nouvelle route à la considération et à la puissance (5). Les rois des Souabes et des Bavarois sauvèrent ce qu'il fut possible de sauver; ils reconnurent la suzeraineté de Tempiredes Franks, se maintinrent dans leurs anciennes dignités, bien que le nom fût changé, et s'obligèrent au service militaire (6). Mais les peuples étaient propriétaires du sol et restèrent tels , et avec des propriétaires fonciers leurs ducs purent remplir les obligations qui leur furent imposées.
Cela est dans la nature humaine : toutes ces choses et toutes ces relations durent éveiller dans les membres du corps de compagnons le désir d'obtenir des propriétés territoriales , de manière toutefois à ce qu'ils ne fussent pas contraints d'abandonner le corps de compagnons pour passer dans l'ordre des simples hommes libres. En eflèt la pensée de la dissolution du corps de compagnons ne pouvait venir aux esprits. L'empire était fondé sur le corps de compagnons; ce corps était l'empire. Il n'y avait de force que dans l'union, et toute la grandeur dépendait d'une constante obligation de la généralité des leutes au service militaire, au Sud et au Nord, partout où le danger pouvait les appeler.
Tout individu pouvait éprouver d'autant plus vivement le désir d'assurer ainsi par des possessions territoriales son propre sort et celui de ses enfans, qu'il était plus diflkile, plus impossible même de prévoir l'état ultérieur des choses. Depuis le partage de la dignité royale, la position des leutes , qui dans l'origine était complètement égale, était devenue très-diverse.
Qui pouvait savoir sur un potnl ce qui se passait sur l'autre? qui pouvait apprécier d un côté ce qui se faisait ailleurs? L'un des rois parliaires faisait beaucoup avec ses leuteSjl'au- Ire faisait peu de chose ou ne faisait rien ; l'un étendailde plus en plus ses conquêtes, Tautresc tenait tranquille et jouissait en paix. Fut-ce la faute des leutes s'ils ne restèrent pas égaux en action et en avantages? L'envie, la jalousie, la méfiance ne durent-elles pas s'éleYer? El par quel autre moyen pouvailron fairedisparafirele mal, si ce n'est en faisant avec tous les leutes en général une convention qui parût répondre une fois pour toutes et à tout Jamais à toutes leurs exigences? Et une telle convention pouvait-elle être garantie autrement que par une propriété foncière qui compensât d'année en année les services que les leutes avaient à rendre À l'empire?
Les moyens ne manquaient pas ; le fisc était assez riche : il embrassait toutes les Gaules, à l'exception des biens-fonds qui avaient été laissés comme propriétés libres aux anciens possesseurs ou qui avaient été donnés comme propriétés libres , comme aïeux , à des hommes libres. De celte grande masse qui restait toujours la propriété commune de la communauté des conquérans, il suffisait d'assigner à chaque leute un bien qu'il pût exploiter librement, un bien qui fût assez grand pour compenser dignement par son produit les services et le dévouement du leute. Naturellement ce bien no pouvait lui être transmis qu'à la condition qu'il s'engageait à remplir toutes les obligations attachées à l'honorable qualité de leute, et qu'il serait toujours prêt au service militaire selon que les circonstances et la situation de l'empire le rendraient nécessaire. Le bien cédé ne devait et ne pouvait pas être considéré
comme la récompense deservices rendus, mais comme la récompense de services continuels : les services rendus ne pouvaient que donner au leute des prétentions ou un droit à un bien de celte nature; la possession de ce bien devait rester un moyen de maintenir la consistance du corps de compagnons , et exciter ceux-ci à remplir constamment et de bon
gré leurs devoirs. Aussi le bien qu'on assignait au leute ne pouvait lui être transmis comme propriété libre , mais il devait continuer à faire partie du fisc. Le possesseur ne pouvait obtenir le droit de disposer même
(l'une partie; mais lorsque, avec rasscnlimenl du roi et de ses auUres leules, il cessait de rendre les services exigés de tout leutc, le bien devait reloorner au flsc, qui en disposait de nouveau. S'il se refusait à raccomplissement de ses devoirs, s'il les négligeait, s'il les trahissait, le leute devait être puni comme perfide dans la proportion de sa faute et sans aucun doule en vertu d'une sentence du corps 'de compagnons, et son bien faire retour au fisc. Mo le bien devait encore faire retour au flsc à la mort du possesseur; maïs son fils, s'il était prêt à prendre sa place et k remplir ses devoirs, pouvait avoir un priyilége sur la possesfiOB dont le père avait Joui, d'autant plus que 1 empire ne perdait rien et que le bien était peut-être dans un état tout autre que celui où lepèreTavait reçu.
L'exécution de cette pensée sembla sans doule assurer une heureuse satisfaction de tous le» besoins. Les prétentions des membres du corps de compagnons furent pour toujours réduites au silence ; le corps de compagnons luimême fut maintenu dans son ensemble et placé sur un sol solide; an lien indissoluble le rattacha à l'unité et à des efforts égaux; l'empire fut certain de ses forces, et l'intérêt de chaque individu fut tellement identifié avec le main- «en de l'empire que chacun dut élre prêt à ïitre et à mourir pour lui. De plus , on dut ùUendre à une meilleure exploitation des Iwrei. La «urveillance sur les possessions du Ok fut plus grande. Chaque possesseur roncier «Il inconleslablement plus à cœur son bien, dont le produit lui revenait immédiatement ] que l'administration commune des biens généraux do fisc, et par suite on dut s'attendre à le wir faire tous ses efforts pour en élever le re- '««u. Enfin l'on put espérer aussi fixer un ■«me aux efforte que l'Église faisait continuel- ■««ent pour attirer à elle des biens-fonds. Si roWigalion de servir l'empire était imposée aux 1"«B du fisc , le clergé pouvait prendre part ù •^bicns sans que le fisc fût diminué. Il était ■«*">« à espérer que la liberté des biens pro- ^ de l'Église disparaîtrait devant l'obliga- '»n uoiverselle.
Onne peut le nier, cette mesure était grande: «'mmenses difllcultés devaient s'opposer & M" exécution. Une longue suite d'essais dut "précéder ; et si l'on était d'accord en génfr-