‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 155 sur 298 · LIV. X · texte numérisé non relu

LIV. X

les usages et le caractère leulschs s'étaient mieux conservés ou avaient du moins été ré tablis, car depuis que les Auslrasiens avaient obtenu la prépondérance par Tépée de Pippin d*Hers(all et de Karl-Martell , depuis que lô siège du gouvernement de Tempirc était en Austrasie et que les peuples (eutschs de la rive droiledu Rhin se rendaient aussi à Tarmée, depuis qu'ils avaient rendu des services et acquis pour beaucoup d'hommes des droits à des récompenses , beaucoup de Teutschs étaient Venus, dans cette partie de l'empire comme vassaux ou comme grands fonctionnaires. Il s'était introduit plus d'usages teutschs dans l'intérieur de la Gaule qu'au temps de la première conquête, parce que les descendans des premiers conquérans, grâce aux renforts continuels yenus du Teutschiand, n'avaient pas encore renoncé entièrement à leur nature teutsche, et parce que, précisément pour cela, il y avait chez eux plus de fidélité aux usages et à la langue de la patrie ; il s'était donc formé entre les Franks et les Aquitains une opposition nationale qui, en temps de paix il est vrai, devait être moins frappante, parce que la Bourgogne et la Neuslrie formaient la transilion entre l'Austrasie et l'Aquitaine, mais qui devait réagir fortement en cas de guerre. Pippin d'HcrsIall, Karl-Marteil , le roi Pippin étaient des princes teutschs , et les principaux corps de leurs guerriers se formaient également de Teutschs. Eudo, Hunald, Waifar, au contraire <! étaient des princes romans, ot des guerriers romans suivaient leurs drapeaux. De plus , l'organisation de l'Aquitaine était toute différente de celle des Franks. Les Golhs étaient propriétaires des terres dont ils se trouvaient en possession; les Franks dans la Gaule étaient vassaux du roi \ ils transmettaient, il est vrai, leurs flcfs ù leurs fils, mais ils ne pouvaient jamais disposer de leurs biens sans l'assentiment du prince et de l'assemblée nationale*

Toutes ces choses font comprendre pourquoi Pippin , peu content des relations pacifiques qui existaient entre lui et les Aquitains , et d'une soumission momentanée, voulut mettre l'Aquitaine sur le même pied que le reste de l'empire des Franks , changer les mœurs des Aquitains après avoir détruit leur maison ducale et ensuite introduire dans leur pays le système féodal dans toute sa rigueur ; mais

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elles font comprendre aussi comment les Franks ' soutinrent avec une si violente animosité la lutte contre les Aquitains et pourquoi , pendant neuf ans, ils suivirent le roi à la guerre toutes les fois quil les convoqua. Il semble que les cruelles dévastations que l'Aquitaine eut A souffrir dans ces guerres sont par là aussi faciles à expliquer que les séductions , les perfidies et les intrigues qui accompagnèrent ces luttes malheureuses.

Dès que la guerre contre les Sarrasins fut terminée, Pippin transmit au duc Waifar, qui

d'ailleurs luiétaitpersonnellementodieux parce qu'il avait refusé de lui livrer son frère Grifo , les réclamations suivantes : « Il devait rendre les biens ecclésiastiques de son empire situés^en Aquitaine et s'abstenir désormais de toute tentative pour les ressaisir ; il devait lui payer à lui, le roi, un wehrgeld pour tous IcsGoths qui avaient perdu la vie par lui , le duc ; il devait enfin accorder l'extradition de tous les transfuges de l'empire des Franks qui avaient trouvé protection en Aquitaine. » Waifar rejeta ces réclamations avec d'autant plus de résolution qu'elles prouvaient de la manière la plus évidente que Pippin ne cherchait qu'une occasion de querelle. Là-dessus, Tan 760, commença une guerre désastreuse, et le clergé , que la première réclamation du roi avait aussi gagné à cette œuvre , la favorisa de toute manière. On évita à dessein des batailles décisives : les Franks ne firent que des courses de pillage et de destruction ; ils revin«ren t chargés de butin et con templèrent avec joie les flammes qui embrasèrent les villes cl les villages pillés. Les Aquitains exercèrent des représailles, et les cruautés pesèrent sur les deux parties comme si elles avaient voulu entretenir une colère réciproque et une rage toujours croissante.Mais Pippin l'emporta, et l'Aquitaine souffritdes maux bien plus grands qu'elle n'aurait pu en faire supporter à la Bourgogne et à la Neuslrie.

Trois campagnes avaient eu lieu de celle manière, et une partie de l'Aquitaine fut dévastée , beaucoup de villes furent réduites en cendres ou pillées et ignominieusement traitées ; le sacré et le profane furent confondus. Alors le roi Pippin tint son grand champ de mai à Nevers ; le duc Tassilo y assista avec ses Bavarois. Une quatrième campagne fut résolue conlrc Waifar. Tassilo , qui avait pris pari aux

expéditions précédeotes, saivit encore celle fois Tarmée. C'était un Jeune homme de vingt et Un ans ; les idées qui s'étaient présentées obscurément encore à son esprit six ans auparavant, lorsqu'il prêta le serment de vassal h son oncle, à Compiégne, lui semblèrent glorieuses alors. Depuis longtemps peut-être le ressentiment s'était éveillé en lui : la conduite de Pippin à l'égard de Waifar, prince dont la position était semblable à la sienne et qui du moins devait être amené par l'abus des armes au point où lui-même avait été amené par l'abus de la jeunesse , avait rempli son cœur de douleur et élevé son mécontentement jusqu'à la colère. Or Tassilo, dans le champ de mai de Nevers, avait reconnu de nouveau son humiliation et celle de la Bavière ; il avait reconnu qu'il n'était qu'un feudataire frank , soumis aux résolutions des Franks , et par celles-ci aux ordres du roi , sans liberté , sans volonté, sans pouvoir décisif. Cette position enflamma son âme*, il résolut de rompre ces liens et de tout risquer pour l'indépendance de son peuple et pour sa dignité héréditaire. Lors donc que toute l'armée se fut mise en route, il fil[volte-face avec ses Bavarois, enflammésd'une colère égale À la sienne, et leur fit passer le Rhin pour les ramener dans leur pairie , et il s'engagea par un serment solennel à ne jamais revoir son oncle.

Cet événement ne fut pas sans influence sur les Franks : ils continuèrent, mais sans succès, leur expédition d'Aquitaine. Pippin lui-même était irrésolu. L'année suivante, il tint le champ de mai à Worms , évidemment dans la vue de décider les Franks à une expédition en Bavière pour châtier le noble jeune homme qui avait osé le braver pour conserver la dignité de ses ancêtres. Mais Pippin trouva cette assemblée mal disposée à ajouter à la guerre déjà ancienne contre l'Aquitaine une nouvelle guerre dans l'intérieur du Teutschiand. Les Franks commencèrent par rechercher les motifs de la dissension qui s'était élevée entre eux et les ducs des Bavarois et des Aquitains, et ils montrèrent une telle fermeté que Pippin jugea convenable de renoncer à son expédition de Bavière aussi bien qu'à celle d'Aquitaine ; ce fut au point qu'en 765, il n'osa pas encore proposer une nouvelle campagne. Pendant ce temps, Tassilo gouverna la Bavière comme roi et comme seigneur , et il tint , selon l'ancien

usage, des assemblées publiques des seigneurs ecclésiastiques et séculiers de son pays (3). Il mit tout en œuvre pour rétablir l'ordre et le droit et pour se préparer au jour du danger. Waifar au contraire combattit les Franks, qui, dans l'intervalle d'une campagne h l'autre, se tenaient ordinairement en Aquitaine dans des châteaux forts, et il força une partie de ces châ« teaux, les détruisit 'et s'avança ensuite arec fureur hors des limites de son pays , ravageant cruellement les cantons franks d'alentoar. Il ne servit de rien au roi que l'oncle de Waifar, Rémistan, vint vers lui comme transfuge , à ce qu'il parait , car Waifar continua sa lutle, et Rémistan , malgré les présens par lesquels Pippin récompensa sa prétendue perfidie , revint auprès de son peuple -, mais la désolation de la Gaule engagea les étals de l'empire, que Pippin tint l'an 766 à Orléans, près du théâtre de ses atrocités, à décider que la guerre serait vigoureusement continuée. En conséquence l'Aquitaine fut traversée pendant deux ans , et le meurtre et l'incendie la désolèrent plus peut-être qu'auparavant. Rémistan , oncle de Waifar, fut fait prisonnier par trahison, et Pippin le fit pendre comme traître. La mère de Waifar, sa sœur et sa nièce tombèrent au pouvoir des Franks, et Pippin les fit conduire dans l'intérieur de l'empire. La crainte et la terreur forcèrent les Aquitains à se soumettre -, Waifar lui-même échappa à son ennemi par sa prudence et par hasard. Sans forces et sans secours , il continua cette lutte désespérée et causa des pertes aux Franks, tantôt sur un point, tantôt sur un autre : et cependant le roi attachait une grande importance à se rendre maître de sa personne , car lui seul semblait empêcher la pacification de son pays maltraité, ravagé. Il fit donc faire en 768 une véritable chasse à ce prince infortuné : quatre bandes furent envoyées pour rechercher le duc, pour le poursuivre et pour l'amener vivant ou mort. Il paraît pourtant que la ruse réussit mieux à Pippin que les armes , car Waifar fut assassiné, dit-on, par ses propres toutes.

Sans doute Pippin crut avoir tout atteint par là ; mais la maison ducale n'était pas encore extirpée, et l'esprit national n'était pas anéanti.

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