‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 156 sur 298 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

HORT DB PIPPIN. — KARL ET KÀRLMANN, SES FILS, ROIS DES FRAPiKS. *- DISCUS-* SION AU SUJET DU SIEGE PAPAL ET SES SUITES.

De l'an 768 à Pan 771.

Pippio n*eut pas longtemps à se réjouir de la TÎctoire remportée sur Waifar , son odieux adversaire ; à peiue fut-il eutré en vainqueur avec une grande iliagnificence dans la ville de Saintes, où Tattetidait sa femme Bertrade ou Berta , qu'il fut saisi d'une maladie dangereuse. Il prit donc promptement les mesures nécessaires pour la sûreté de l'Aquitaine ; il se rendit ensuite par Poitiers à Tours, dans le couvent de Saint-Martin , dont les guérisons miraculeuses avaient une célébrité universelle. Il fit de grandes aumônes aux couvens ^ aux pauvres ; mais la maladie no céda pas. Il vint donc à Paris pour chercher des secours auprès du saint martyr Denis , et il espéra encore en cette œuvre pieuse ; mais la maladie fut opiniâtre. Le roi crut nécessaire de se préparer à la mort et de faire ses dispositions pour que sa maison se maintint et pour que Tcmpire ne fût pas exposéà de nouvelles secousses. Il convoqua les ducs, les comtes, les évèques et les prêtres, tous ceux qui étaient grands et puissans, en une diète solenndie à Saint-Deqis , pour les engager à accepter ses dispositions. Il semble toutefois que les seigneurs ecclésiastiques et laïques du véritable empire des Franks, c'està-dire des pays qui avaient été Jadis conquis par les Franks dans la Gaule, furent seuls appelés à cette assemblée et qu'on n'y invita pas les grands et les seigneurs des peuples teutschs de la rive droite du Rhin ni les Aquitains.

Pippin avait eu do sa femme six enfans , trois fils et trois filles ; mais l'un de ses fils , Pippin, était mort enfant, etdeux de ses filles^ Rodthalde et Adélaïde, avaient également déjà quitté la vie. Les deux fils qui vivaient encore s'appelaient Karl et Karlmann *, la fille qui lui restait s'appelait Gisla. Karl était un jeune homme d'environ vingt-six ans*, on ne connaît pas l'âge de Karlmann. Gisla n'avait que onze ans.

Pippin avait le projet de partager , pendant qu'il vivait encore, l'empire entre ses deux fils pour éviter toute discussion après sa

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mort. De grandes expériences avaient déjà été faites des dangers d'un partage, mais on ne sut pas les éviter. Non-seulement Texemple des Mérovingiens, les mœurs et l'habitude, mais aussi la nature des choses rendaient ce partage nécessaire. L'idée de l'indivisibilité par laquelle, dans un empire héréditaire tel que Pippin aurait voulu voir Tcmpire des Franks, ouvre un abîme immense entre les enfans d'un même père \ elle a en elle-même quelque chose de si dur, de si répugnant, de si cruel, qu'il doit, être très-pénible pour le sentiment de l'humanité de l'introduire dans la vie. Trois circonstances, qui semblent s'être muluellonent provoquées de nouveau, peuvent dans la suite des temps avoir peu à peu réconcilié les hommes avec cette idée : d'abord la libre élection du roi, qui rendait tout partage impossible ^ puis l'indivisibilité des fiefs , par laquelle, lorsque ceux-ci furent reconnus comme héréditaires, le fils atné obtint une préférenco exclusive y enfin la transformation du trône , qui d'une forte puissance parmi des hommes libres ne devint plus qu'une puissance territoriale sur des hommes soumis.

Soit que Pippin fût déterminé par son amour paternel et préoccupé par d'anciens pr^ugés, soit qu'il fût poussé par les exigences du moment, il résolut le partage avec l'assentiment de ses grands assemblés \ mais comme il connaissait les suites malheureuses que tous les partages avaient eues jusqu'alors , et comme, à ce qu'il semble, il ne chercha pas les causes de ce malheur dans la chose elle-même, mais dans son exécution , il entra dans une voie nouvelle. En effet, dans les partages précédens , on semble avoir plus tenu compte de la nationalité des peuples et de leur caractère propre \ du moins les limites des pays avaient été réglées d'après les frontières des peuples , et les peuples avaient demandé ces frontières. Maintenant il ne s'agit plus de faire un royaume oriental et un royaume occidental , mais un royaume seplentrioDal et un royaume méridional: car le royaume de Karl, fils atné de Pippin , s'étendit depuis les limites des Slaves et des Saxons jusqu'à la Garonne, et celui de Karlmann, se développant à côté du premier de l'est à l'ouest, s'étendit depuis les frontières bavaroises jusqu'aux Pyrénées. Le premier comprit la Tburinge , les anciena cantons des Franks , l'Austrasie f la Neuslrie

et la plue grande partie de rAquîlaine \ le second rAUemannie ou !a Souabe , l*Alsace , la Bourgogne , la Provence , la Golhie et la plus petite partie de l'Aquitaine au sud de la Garonne. Comme Pippin voulait que le royaume, ainsi partagé, continuât à former un seul empire des Franks , comme par conséquent il eut en vue , non une division des terres , mais seulement, à l'exemple des Mérovingiens, une division de la royauté ou du gouvernement ; comme enfin Tempire, protégé par la mer et les montagnes au nord et au midi, n'avait à redouter aucun ennemi de ces côtés, mais n'en voyait qu'à Test ou à l'ouest, on ne peut nier que celte disposition devait être préférée. Une division en royaume d'Orient et royaume d'Occident aurait amené une division véritable des terres, car des luttes entre l'Est et l'Ouest auraient forcé les peuples des deux royaumes, ainsi partagés, à regarder toujours derriéreeux; et les caractères nationaux, qui se repoussaient toujours, auraient par là pris bientôt entre eux une position hostile. Une division au contraire en royaume du Nord et en royaume du Sud semblait devoir conserver l'unité, parce que les peuples des deux royaumes avaient toujours des ennemis communs ; ils devaient tou* Joursy par cette raison, se réunir pour des luttes communes. Les clioses parurent ainsi -, mais deux faits pouvaient exercer une influence désastreuse , & savoir la nationalité diverse dans les deux royaumes , dans le royaume teutsch et dans le royaume roman , et les passions humaines. Quanta la nationalité, Pippin put se faire illusion : comme la vie et les usages teutschs s'étaient, dans les derniers temps , répandus de nouveau dans toute la Gaule, Pippin put croire qu'il serait possible d'anéantir peu à peu les moeurs romaines par les mœurs et la langue (eutsches, d'imposer à toute la Gaule le caractère teutsch, et ses Austrasiens pouvaient partager celle opinion ^ quant aux passions humaines^ qui pouvait espérer qu'elles seraient vaincues?

Sans doute toutes ces choses n'ont pas une importance particulière pour la marche des événemcns, parce que Je partage ne dura que peu d'années; mais elles témoignent de la sage appréciation que Pippin fit des relations, elles témoignent aussi des opinions et des efforts de cette époque.

Pippin mourut dès le 24 septembre 768 ; il

fut enseveli, sur sa demande , dans Péglisc de Saint-Denis , martyr. Aussitôt ses fils se séparèrent , accompagnés de leurs leutes et de leurs fidèles ; ils reçurent en divers lieux les bénédictions des prêtres et les hommages des seigneurs laïques de leurs royaumes.

I^s deux jeunes rois s'étaient tenus jusqu'à ce moment à Tombre de leur père. On ignore quelles étaient leurs relations réciproques. Mais que Jusqu'alors ils aient vécu dans une union toute fraternelle ou que la discorde ait existé entre eux, il est évident que les passions s'élevèrent aussitôt et que la discorde éclata. Yoici quelle en fut la première occasion.

Pippin avait forcé les Aquitains à se soumettre ; mais il mourut avant que son œuvre eût pu être affermie par l'introduction d*un ordre nouveau. L'ancien duc Hunald vivait encore dans son couvent de l'fle de Khé, où il s'était enfermé vingt-quatre ans auparavant , soit pour gagner le salut éternel , soit pour apaiser une conscience qui lui reprochait des crimes. Dans sa solitude, il ne resta jamais, à ce qu'il semble, étranger aux malheurs de son peuple.Tant que son filsWaii^ravaitsoutenu sa lutte de désesi)oir contre la puissance cl les artifices de Pippin, il n'avait pas agi, bien qu'il s'intéressftt aux événemens ; mais lorsqu'il apprit l'assassinat de son fils et le sort déplorable qui avait frappé sa maison, il ne put contenir ses anciens senlimens héroïques: il quitta son couvent et se montra de nouveau au milieu de son peuple. Les Aquitains reconnurent sa voix; dominés par le sentiment de leur honte et des malheurs de leur ancien chef, beaucoup dliommes se rangèrent du côté du prince devenu moine et s'armèrent avec lui pour la vengeance et la liberté. L'union manqua. Quelques-uns , trop abaissés par les désastres antérieurs, n'osèrent pas lever de nouveau le bras et la tèle ; plusieurs , qui ne calculaient que leur inicrôt personnel, restèrent indécis; d'autres peuvent avoir été gagnés par les Franks et avoir trahi leur peuple. Enfin le pays au sud de la Garonne se sépara entièrement du reste de l'Aquitaine, elles habilans mirent à leur tête un duc particulier. Ce duc fut Lupus, neveu de Hunald, fils de ce Ilallo qui dans les jours antérieurs, également périlleux, avait été aveuglé cl par suite privé de la vie par Hunald son frère. Ce duo Lupus pouvait partager la colère de ce

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