LIV. X, CHAP. IV
peuple contre les Franks, il pouvait avoir donné sa fille Adéla au duc Waifar, mais il avait sans doute conservé son ressentiment contre un oncle qui avait privé son père de la lumière et qui Favait privé lui-même de son père. Jamais il ne pouvait y avoir rien de commun entre li|i et Hunald. Cependant le mouvement de TAquitaine n'était pas sans danger, parce que les Frisons et les Saxons pouvaient renouveler leur attaque, parce que les Bava-? rois et les Langobards avaient une attitude bostilo , parce qu'on ne pouvait se fier aux Thuringiens et aux Souabes, parce qu'il fallait surveiller de près les Slaves et les Sarrasins, Au milieu de ces embarras, l'empire des Franks était divisé ; chacun des royaumes qui le composaient était Tormé d'élémens hétérogènes et ennemis , et à leur tête se trouvaient deux Jeunes princes qui n'avaient encore pour eux que le génie, les exploits et la fortune de leur père. Il fallait nécessairement et avant tout étouflèr toutes les agitations.
Le royaume sep ten trional résolut une prompte expédition \ les vassaux et les seigneurs du royaume méridional au contraire refusèrent d'y participer, soit qu'ils crussent que l'Aquitaine, appartenant en majeure partie au royaume de Karl, ne les regardait pas, soit qu'ils fussent mécontens de Tordre des choses. Karl entra en campagne avec ses leutes et invita son frère à une conférence qui n'eut pas de résultat. Les deux frères se quittèrent désunis , parce que Karl , à ce qu'il semble , rejeta sur son frère ce qui n'était que la faute de ses vassaux.
Karl vint en Aquitaine l'an 769. L'ancienne fortune de sa famille se déclara aussitôt pour lui. L'Aquitaine fut facilement intimidée de nouveau ; Hunald n'échappa qu'avec peine à la captivité et se vit forcé de chercher un re- Aige en Gascogne , auprès du duc Lupus , fils de ce frère que jadis il avait traité d'une manière si cruelle sous l'influence d'une passion sauvage; mais il ne trouva pas de repos. Tandis que Karl fondait sur les bords de la Dordogne un château fort, Fronsac , pour maintenir la terreur dans l'Aquitaine, qui n'avait aucune forteresse, et pour assurer l'obéissance par la crainte, il envoya une ambassade au duc Lupus et lui fit les offres suivantes : « Si le duc Lupus remettait entre les mains du roi Hunald fugitif, s'il paraissait çn personne devant le roi
pour le reconnaître comme son seigneur ei prêter en qualité de vassal et d'antrustion te serment de fidélité, il devait conserver & tout Jamais, sans inquiétude et intégralement le duché de Gascogne; s'il ne remplissait pas cette condition , le roi passerait la Garonne avec son armée et ne quitterait la Gascogne qu'après avoir tiré une éclatante vengeance. » A la réception de ce message, Lupus calcula son intérêt ^ et crut que le parti le plus sûr était de céder & la volonté du roi : il parut devant celui-ci avec son oncle. Lupus conserva ensuite son duché. On ne connaît pas le sort de Hunald. Karl repassa donc victorieux la Loire.
Tandis qu'il prouvait ainsi pour la première fois sa valeur, son frère ne restait pas inactif. Les écrivains, il est vrai , ont cru devoir moins parler de lui , et par là ils ont rendu très-dif-* flciles l'examen des rehiUons et la connaissance de leurs vicissitudes. Mais il parait que Karlmann se mit dans des rapports d'amitié avec Tassilo, roi ou duc de Bavière, et avec Désidé* rius, roi des Langobards, et que les événemens qui se passèrent à Rome eurent une influence puissante sur cette alliance. Il est certain du moins que les faits qui vont être mentionnés sont difficiles à expliquer si l'on n'admet pas ces circonstances qui ne sont , il est vrai, que des conjectures, mais des conjectures bien fon** dees.
Il n'est pas douteux que Tassilo, due de Bavière, se soit considéré et ait agi comme prince indépendant, tandis que les Franks ne cessaient pas et ne pouvaient cesser do considérer la Bavière comme une province de leur empire qu'il fallait ramener à l'obéissance. Une inimitié naturelle existait donc entre les Franks et les Bavarois. Si Karlmann avait raison de craindre que son frère Karl, à son retour d'Aquitaine, ne tournât ses armes contre lui pour satisfaire son orgueil et l'ambition qu'il avait pu reconnaître en lui, la position hostile où il se trouvait & l'égard des Bavarois devait lui inspirer des inquiétudes d'autant plus grandes qu'il pouvait moins se dissimuler que les Souabes partageaient cet amour de l'indépendance qui animait les Bavarois, et qu'ils seraient toujours prêts à se soulever pour l'ancienne cause de leurs aïeux et de leur patrie. Tassilo partagea ces prévisions ; il épousa Luilberga, fille de Désidérius, roi des Langobards, qui n'avaient pas oublié les mau--
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mSTOmE DU PEUPLE ALLEMAND.
jM (raitemens qu'ils avaient eu ft souffrir des Franks , el les Langobards pouvaient, h cause de leur voisinage, devenir très-dangereux pour Karlmaun dans le cas où il y aurait une guerre entre celui-ci et Karl. Karlmann avait donc d'excellens motifs pour établir d'amicales relations avec Tassîlo et Désidérius. Lesévénemens de Rome rendirent ce désir encore plus impé* rieux.
L'occupation du siège apostolique avait en effet toujours occasionné un grand mouvement ; car comme Télection du pape n'était pas seulement décidée par le clergé, mais aussi par les officiers de l'Etat , par tous les seigneurs laTques du territoire romain, et que tout le peuple même y participait, les passions , les intrigues, les factions devaient prendre d'autant plus de développement que le saint-siége était élevé plus haut par la force du temps et que la puissance qu'il exerçait pouvait devenir plus grande. Mais depuis une génération beaucoup de changemenss'étaientintroduits,et les relations du siège apostolique étaient devenues beaucoup plus compliquées qu'elles ne Pavaient été Jadis. Le pape n'était pas seulement, par rinfluence qu'il avait obtenue sur tous les ecclésiastiques du monde germanique, un personnage politique, dont personne ne pouvait calculer la force; mais depuis l'importante donation de Pippin , il était devenu de fait prince temporel. On pouvait laisser incertaine sa position à l'égard de l'empereur de Constantinople; mais par la faiblesse intérieure do l'empire grec et par la cruelle folie avec laquelle les hommes de cet empire étaient poursuivis au sujet de l'adoration des saintes images, l'empereur était en tous cas hors d'état de faire valoir sa suprématie. A Rome, comme & Ravenne, il n'y avait en fait aucune puissance temporelle plus forte que lapulssancedu pape. De plus l'alliance du siège apostolique avec la nouvelle famille royale des Franks avait mis le royaume des Langobards dans une position violente sous tous les rapports et qui nécessitait un grand changement. Le pape devait se soumettre aux Langobards , et le siège apostolique devait être rabaissé à son humilité originaire comme siège épiscopal , ou l'empire des Langobards devait périr, et dans ce dernier cas cet empire, devait en périssant, tomber sous la puissance du siège papal ou succomber sous les armes dei Franks, yne autre issue no
semblait plus ouverte. Ces circonstances né peuvent avoir échappé au regard des hommes, et par là il est certain que les intrigues et les agitations au sujet de l'élection d'un nouveau pape devaient être plus vives à cette époque qu'elles ne l'avaient Jamais été. Car si d'un côté la possession du saint-siége pouvait être pour beaucoup un avantage plus désirable que Jadis, un bien qui excitait leur avidité et soulevait leurs passions, d'autre part aussi les opinions des hommes devaient être bien différentes , puisque chacun des trois cas que nous avons indiqués avait ses avantages et ses dangers. La réunion de l'Italie pouvait parattre le meilleur parti à la plupart des Italiens; mais cette réunion devait-elle avoir lieu plutôt sous le pape que sous le roi des Langobards ? Cette question pouvait être différemment envisagée par les séculiers à Rome comme à Pavie, tandis que le clergé romain voyait sans aucun doute les plus grands avantages & conserver avec les Franks une alliance qui avait été Jusqu'alors si utile.
Dans ces circonstances, le pape Paul I" mourut, l'an 767. Aussitôt un grand parti répandu dans Rome même , dans le territoire romain et en Toscane, s'empara du siège apostolique. Un laïque, le frère de Toto , duc de Nepi , Constantin , auquel pouvaient se rattacher de grandes espérances, fut introduit à main armée dans le palais papal et placé sur le saint-siége. L'évêque George de Palestrine lui donna , à ce que l'on cru plus tard , la tonsure et l'ordination ecclésiastique, et le sacra ensuite pape avec l'assistance des évêques d'Albano et de Porto. Le nouveau pape ne perdit pas de temps ; il fit parvenir A Pippin la nouvelle de son*élévation , et il le fit avec une adresse el dans un langage qui n'étaient pas in* dignes d'un pape : « Ce n'était pas, dit-il, par son mérite ni par ses vertus qu'il était arrivé A la sublime et difficile mission de pasteur, mais simplement par la miséricorde divine; c'était comme au sortir d'un songe pénible qu'il s'était vu charger des fonctions auxquelles il n'avait Jamais songé, qu'il n'avait Jamais désirées; c'è-* lait comme par une tempête qu'il s'était vu éle« ver par une foule innombrable d'hommes una^ nimes ft ce fatte redoutable du pontificat. II demandait au roi son amitié : après Dieu, il n'avait d'espérance qu'en son bras; il le conjurait au non^ du Dieu tout^puissant. Juge de«