‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 158 sur 298 · LIV. X · texte numérisé non relu

LIV. X

vivans et des morte , qui Tayait aussi consacré roi ainsi que ses fils bien-aimés par la main du prince des apôtres , de tenir la promesse qu'il avait faite à saint Pierre de soutenir son empire pour obtenir la béatitude éternelle, et cette promesse était d'élever et de défendre la sainte Église de Dieu et la véritable orthodoiie. » Pippin fit alliance avec le pape Constantin, bien qu'il n*eût ni le temps ni Toccasion de lui prêter son bras.

Mais une grande partie du clergé fut profondément irritée de Toccupation du saint*siège par une force temporelle et de la profanation qu'un laïque lui avait fait subir. Le pape sut déjouer, par une grande prudence, les efforts de ses ennemis. Penifaint plus d'une année, il resta inébranlable sur son siège. Le peuple reçut avec respect sa bénédiction*, des prêtres de tout rang reçurent de lui leurA dignités , et on ne^oit pas qu'une opposition se soit élevée dans aucune partie du monde chrétien. Mais enfin deux illustres Romains, Christophore et son fils Sergius, réussirent à tromper le pape en feignant de se faire moines. Ils obtinrent la permission de quitter Rome *, ils se rendirent, au mépris de leur serment, auprès du duc Théoderich de Spoléle, au lieu de s'enfermer dans un cloître* Ce duc les envoya A Désidérius , roi des Lan- ^bards, el ils surent faire natlre dans l'âme de ce roi Tespoir que maintenant il pourrait facilement s'emparer de Rome. Mais comme le succès de son projet semblait dépendre de la promptitude et du mystère, l'espoir de Désidérius fut cruellement trompé. Il fit marcher rapidement une troupe de guerriers langobards du duché de Spolète sur Rome. Ces troupes sans doute étaient assez fortes pour donner aux ennemis du pape l'occasion et le courage d'un soulèvement afin de renverser le pontife; mais elles n'étaient pas assez fortes pour se rendre maîtresses de la ville. Elles arrivèrent devant Rome -, les partisans de Christophore et de Sergius ouvrirent une porte de la ville. Dans un combat où le parti du pape chercha à défendre ses droits, Toto, duc de Ncpi , un de ses frères et d'autres hommes influens trouvèrent la mort. La multitude inconstante se joignit au parti qui avait le des» sus, et le pape Constantin fut fait prisonnier.

Aussitôt la discorde s'éleva parmi les vainqueurs^ car ils s'étaient bien mis en campagne

CHAP. IV

contre un même ennemi, mais non pour une même cause. Les Romains voulaient un ennemi des Langobards el le maintien des anciennes relations avec les Franks. Les Langobards s'efforcèrent de profiter du moment et de pla* cer sur le siège apostolique un homme qui leur fût dévoué. Un prêtre langobard , Waldpert, que Désidérius avait envoyé à Rome avec les troupes, se mit à la tête du parti de sa nation \ il fit déclarer pape un prêtre nommé Philippe, qui vraisemblablement était aussi Langobards Philippe fut conduit au milieu des acclamations de la multitude assemblée dans l'Églica du Sauveur; il donna au peuple la bénédiction papale, puis il se rendit au palais de Latran et donna de nouveau sa bénédiction , et un grand nombre de principaux dignitaires de l'Eglise et les chefs de la milice se mirent, selon Tusage, à table avec le Saint-Père. Mais le désir de la vengeance couvait dans l'âme de Ghristo* phore et de Sergius, qui, se voyant ainsi supplantés , mirent en œuvre tout ce que les passions humaines ont de puissant et de redoutables Ils surent exciter la rage de la foule immorale des hommes armés et non armés en soute^» nant que Waldpert voulait mettre Rome au pouvoir des Langobards ; ils réussirent facilement à forcer le nouveau pape à quitter le palais papal pour se sauver dans son couvent el à décider avec le plus grand accord l'élec^ lion d'un autre pape , d'Etienne III , prêtre de Sicile. Personne n'osa les contredire, tant ils inspiraient de crainte et de terreur. Alors se passèrent les scènes les plus ignobles. Tandisque les amis et les partisans des papes Constantin el Philippe subissaient des traitemeni dont aucune expression ne peut peindre l'a^ trocité, tandis qu'on les égorgeait , qu'on leur arrachait les yeux ou qu'on leur coupait la langue et qu'on les faisait mourir de privations et de faim, le pape Constantin fut traîné avec injure et ignominie â travers les rues de Rome. On le fit monter sur une selle de femme; on chargea ses pieds de poids très-lourds, et on le conduisit dans un couvent. Bientôt il en fut retiré aux yeux de la multitude ; après avoir lu les anciennes lois de l'Église, on lui arracha les ornemens pontificaux, on le foula aux pieds ; puis il fut de nouveau renfermé dans son clot« tre. Mais il n'eut pas encore de repos : une bande féroce de soldats et de valets pénétra dans le couvent et creva les yeux & Tinfor*^

luné. Tel fui le châtiment cruel par lequel Constantin expia le crime d'avoir osé, lui simple laïque , s'emparer du siège apostolique et faire ii Rome ce qui s'était fait dans d'autres ré* sidences ëpiscopales. £t pourtant ce crime ne parut pas suflisamment expié aux yeux du clergé enflammé de colère.

Etienne III continua d'occuper le siège apostolique au milieu de cruelles agitations. Aussitôt éclata de nouveau l'ancienne inimitié entre le pape et le roi des Langobards ; elle éclata avec d'autant plus de force que Dèsidérius avait été plus cruellement trompé dans ses plus belles espérances. Dans le moment, ce roi n'eut d'autre moyen que de rester maître du territoire romain que les événemens avaient mis en son pouvoir. Il devenait d'autant plus nécessaire que le pape maintînt l'alliance avec les Franks. Dans le fait Etienne envoya aussitôt Sergius à Pippin pour renouveler l'ancienne amitié et pour rengager à envoyer à Bome quelques évèques instruits et influens , aUn qu'ils pussent participer à une assemblée pour fixer les règles de l'élection du pape et pour d'autres alTaires ecclésiastiques. Mais lorsque celte ambassade arriva , Pippin était déjà descendu au tombeau. Sergius s'adressa donc aux deux fils de ce prince, d Karl el à Karlmann, qui lui avaient succédé dans l'empire. Mais les discordes dont nous avons parlé éclatèrent bientôt entre ces deux Jeunes rois. Les envoyés du pape, mis dans l'embarras par ces dissensions, s'attachèrent à Karl , soit qu'ils reconnussent le puissant génie qui vivait dans ce jeune prince, soit que Karl sût les gagner autrement. Karl , se rendant au désir du pape, envoya ù Rome douze évèques, parmi lesquels était Lull, archevêque de Mayencc, et des liens intimes s'établirent entre lui et le pontife. Mais Karlmann, exclu ou du moins négligé , dut regarder comme d'autant plus nécessaire d'entrer en alliance avec Désidérius , parce que désormais il ne pouvait touver de contre -poids à ces forces réunies que dans ce roi el peut-être dans l'amitié du duc Tassiio de Bavière.

Sur ces entrefaites , Karl revint do sa campagne d'Aquitaine, dans l'automne de l'année 769, l'âme remplie de colère contre son frère; et comme les deux frères rejetaient l'un sur l'autre la cause de leur discorde et que chacuQ d'eux pouvait, par suite de la méfiance

qui s'était élevée et de leurs intrigues réciproques, avoir assez de motifs pour agir ainsi , une guerre semblait devoir éclater entre eux. Dans le fait Karl tint, au printemps suivant, son champ de mai à Worms, tandis que Karlmann avait convoqué le sien à Seltz en Alsace : en sorte que les armées ne se trouvaient qu'à une petite dislance l'une de l'autre et que la guerre une fois résolue pouvait s'ouvrir immédiatement. Mais comme les Franks des deux royaumes n'étaient pas séparés par nation , il se peut qu'ils aient été peu disposés à une lutte de cette nature. Ce qui pourtant semble avoir surtout empêché les hostilités , c>st que la mère commune des deux rois, la reine Bcrtha, s'interposa entre eux et les amena à la concorde par ses discours maternels et par le langage de la raison. Mais leur bonheur commun ne reposait que sur leur bonne intelligence. La reine décida leur réconciliation dans une entrevue avec Karlmann , ik Seltz. On y attacha une telle importance que les deux frères crurent devoir la faire annoncer au pape Etienne par une ambassade spéciale. Le pape, qui y voyait avec raison an grand avantage pour lui, parce qu'il se crut d'autant plus assuré contre les Langobards, témoigna aux deux rois une Joie certainement sincère. Etienne s'était, il est vrai, dans le cours de cette année, acquis une grande considération par son ad«ministration ; il avait réellement tenu dans l'église de Saint Jean de Latran l'assemblée des évèques qu'il avait projetée. Devant cette réunion, le malheureux pape Constantin avait été amené, bien qu'il fût privé de la vue, et, prosterné à terre, il avait reconnu ses grands péchés et demandé miséricorde. Tous ses actes, comme pape, furent annulés, et cependant comme U essaya de dire quelques mots pour sa justification , il eut à souffrir les traitemcns les plus brutaux^ les coups de poings et les coups de pieds de tous ces prêtres irrités. Ce synode établit aussi comme loi, que désormais aucun homme ne pourrait obtenir la dignité papale s'il n'avait parcouru comme ecclésiastique tous les degrés de l'ordre saeordotal et s'il n'était arrivé Jusqu'à la dignité de cardinalprêtre; enfin on reconnut pour convenable, digne d'éloges et excellent le culte des saintes images, qu'un synode de trois cent trente huit évêciues, tenu à Constantinople , avait condamné l'année précédente comme impie. Mate

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