LES SAXONS. — COMMENCEMENT DE LA GUERRE CONTRE EUX
L'an 773.
Désidérius, roi des Langobards, était sans doute considéré par Karl comme son plus cruel ennemi, et selon la nature du cœur humain, Karl , dès le moment où il fût maître de l'empire, aspira certainement à le châtier ou à l'anéantir. Car Désidérius, en montant sur le trône des Langobards, avait hérité de la haine
que s'était attirée la nouvelle famille royale dci Franks en se mêlant aux affaires d'Italie, et la position respective des deux royaumes à l'égard du siège pontifical donnait à cette haine une vie toujours nouvelle. La tentative de réconcilier les deux maisons royales par des alliances de familles avait échoué ; et Désidérius, comme homme et comme père, avait reçu à cette occasion les plus cruelles insultes. EnGo ce prince avait donné à la veuve de Karimana et à ses enfans en bas âge, dont la fuite ne pouvait être expliquée d'une manière honorable pour Karl , un asile où elle pût se livrer à sa douleur et réclamer ses droits ^ sa cour élait devenue le rendez-vous des hommes qui, préférant leur fidélité à leurs intérêts, n'avaient pu se décider à abandonner la cause du malheur et de l'innocence. Ces réfugiés entretinrent les anciennes inimitiés et ne furent assurément pas moins actifs que Désidérius luimême. Karl pouvait donc prévoir une guerre contre Désidérius : il devait la regarder comme nécessaire , et elle devait devenir une guerre d'extermination^ mais il fallait, pour que Karl pût l'entreprendre et la faire avec succès, une occasion capable de déterminer les Franks à une expédition au delà des Alpes.
En attendant cette occasion, qui devait nécessairement se présenter, Karl résolut une guerre contre les Saxons. Sans aucun doute il avait de justes motifs de l'entreprendre : depuis plusieurs générations, les Franks et les Saxons étaient animés les uns contre les autres par une désastreuse inimitié dont l'origine se perdait peut-être dans la nuit des siècles, mais qui avec le temps était devenue implacable; les guerres s'étaient constamment succédé. D'après la nature des choses humaines et d'après la position des pays, les Franks, maîtres du Teutschland centra], devaient tendre à s'emparer des parties septentrionales aussi bien que dos parties méridionales de cette vaste région. Certainement ils ne manquèrent pas non plus d'agir par tous les moyens et avec toutes les ressources dont ils étaient maîtres, et la marche des événemens qui se développèrent dans l'intérieur de leur eoipire et sur leurs frontières du sud et de Touest les avait seule empêchés jusqu'alors d'imprimer une impulsion décisive à ces moyens par une forte puissance militaire. J^es Saxons se voyaient donc menacés déjà depuis deux siècles dans leur liberté , et le danger continuel