LIV. X, CHAP. VII
Thistolre qu^aux hommes qui lui ayaient éléyé cette colonne. Les Franks au contraire ignoraient même le nom d'Ârmin. Depuis la fondation de leur empire jusqu'au jour où les regards de Karl-Ie-Grand s'arrêtèrent sur Tlrminsul , rien ne fait croire qu'ils aient su quelques détails relatifs à cet ancien héros , à ses exploits et à l'époque où il avait brillé. On conçoit donc que Karl et les siens , trompés par les récits fabuleux du peuple , n'aient vu dans cet ancien monument qu'une œuvre de superstition ei d'idolâtrie et que , dominés par le but qu'ils se proposaient et par les doctrines et les suggestions des ecclésiastiques , ils aient cru nécessaire de le détruire (7). Il fallut trois jours pour cette profanation , commise avec innocence. Les Franks accomplirent cette œuvre avec tant de zèle que les ruisseaux se trouvant taris, dans un été brûlant, ils bravèrent même les souffrances de la soif pour achever leur tâche. Lorsque ensuite ils découvrirent sur le penchant d'une colline une source jaillissante qui les désaltéra, ils crurent avoir fait une action agréable à Dieu , car ils s'imaginèrent que cette source venait de jaillir à l'instant et virent dans ce fait une récompense miraculeuse (8).
Certes , cet événement doit inspirer un sentiment de douleur à tout homme qui réfléchit. Le troisième fondateur du peuple teutsch, Rarl-le-Grand , détruit au commencement de sa carrière, sans savoir ce qu'il fait, le monument élevé à la gloire du second fondateur de ce peuple, le monument d'Armin , prince des Chéruskes ! Mais la liberté des ancêtres et l'ancienne religion nationale pour laquelle Armin avait combattu n'étaient plus faites pour son peuple; il fallait une croyance, une organisation, une domination nouvelles pour que le génie des progrès, pour que la civilisation se développ&t, et Karl-le--Grand, en se chargeant d'anéaptir les derniers débris des anciens usages , donna aussi le droit au monde de détruire ses œuvres, si dans la suite du temps les besoins de l'esprit humain exigeaient un autre monde.
Après la destruction de l'Irminsul, Karl continua sa marche jusqu'au Wéser; on ne sait jusqu'où il alla ni ce qu'il flt. Yraisemblablement les Saxons voisins , atteints ou menacés par ses armes, se soumirent, car on dit que Karl reçut en Saxe douze otages , sans qu'on sache dans quel but. Il partit avec ces otages
et sans qu^il fût question de prendre les mesures convenables pour conserver ccqu'on avait conquis. Il passa l'hiver dans son château de Herstall.