‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 166 sur 298 · FIN DU ROYAUME DES LANGOBARDS. — KARL-LE-GRAMD, ROI DES LANGOBARDS · texte numérisé non relu

FIN DU ROYAUME DES LANGOBARDS. — KARL-LE-GRAMD, ROI DES LANGOBARDS

De l'an 7T3 à Tan 774.

Pendant sa campagne contre les Saxons ^ Karl avait certainement porté aussi son attention sur l'Italie , et ce furent peut-être les événemens accomplis dans ce pays qui le déterminèrent à ne pas pousser plus loin la guerre contre les Saxons. Durant ce temps en effet , les relations se compliquèrent tellement en Italie qu'une expédition au del& des Alpes, si elle ne devenait pas nécessaire^ scm* blait du moins pouvoir être justiûée.

Au commoncement du mois de février 772 mourut le pape Élienne III. A sa place, Adrien P% homme d'une naissance illustre et d'une grande instruction, plein de zèle pour la religion et de la persévérance qui convient à un prêtre, devint pape, toujours encore sous la suzeraineté de l'empereur de Constantinopie. Aussitôt Désidérius, roi desLangobards, envoya une grande ambassade au nouveau pontife et lui fit offrir une amitié solide. Le pape répondit « qu'il désirait vivre en paix avec tous les chrétiens , par conséquent aussi avec le roi, mais qu'il ne pouvait avoir aucune confiance en un prince que son prédécesseur, le pape Etienne, avait accusé de n'avoir rien tenu de tout ce qu'il avait juré à la sainte Église. » Celte réponse révéla à Désidérius les dispositions du nouveau pape, et comme il n'avait pas de temps à perdre, il résolut de recommencer aussitôt les hostilités contre le territoire romain pour arriver au but qu'il désirait avant que le Saint-Père eût pu recevoir aucun secours du roi des Franks. Vraisemblablement il compta aussi sur le parti qui continuait de travailler pour lui à Rome, parce que ce parti, dans un changement de pontife, devait avoir la plus grande influence. Dans le même temps peut-être où Karl se mit en marche contre les Saxons, les troupes des Langobards entrèrent sur le territoire romain, se dirigeant en partie vers Ravenne et en partie vers Rome. Elles prirent possession

IIISTOIRË DU PEUPLE ALLEMAND

d'un cerlain nombre de villes avec leurs 1er* riloires. Les accusations de saccage et d'incendie, de vol et de pillage, de mauvais traitemens et de meurtres élevées contre Désidérius et ses Langobards méritent pourtant peu d'attention, parce qu'une telle conduite n'au* rait pas été de nature à favoriser la cause de ce roi.

Alors parut le pape. Il envoya ambassade sur ambassade à Désidérius pour le détourner de cette entreprise par des prières , des supplications et des menaces et le décider à rendre toutes les villes et tous les lieux qui depuis longtemps étaient au pouvoir des Langobards ou qu'il venait seulement de prendre. Désidérius éleva ses prétentions plus haut que jamais : « Le pape devait sacrer rois des Franks les fils de Karlmann , puis on pourrait continuer les négociations. » Le pape devina facilement ses vues. Désidérius voulait donner à tous les Franks qui, par fidélité ou par intérêt personnel, par vertu ou par passion, avaient des dispositions hostiles contre le roi Karl , une occasion pour se déclarer ; il voulait amener ù prendre les armes et ù agir les factions des Franks, susciter contre le roi Karl, occupé déjà de sa guerre contre les Saxons, une guerre civile, et le forcer par là à reconnaître les Alpes pour les frontières des peuples. Adrien devait donc repousser celle exigence ; s'il y avait cédé, Tamilié du roi des Franks aurait été à Jamais perdue pour lui sans qu'il obtînt plus de sécurité du côié des Langobards « et lors môme que Désidérius aurait renoncé aux anciens projets sur Rome, ce que ne lui permettait pas d'ailleurs la nature des choses , le siège apostolique aurait élé de toute manière mis en danger (1) de perdre sa suprématie sur toute rÉgltse et par conséquent sur tout le monde chrétien. Le pape, déterminé par la nécessité et par son bon droit, rejeta donc ces prétentions. Là-dessus Désidérius demanda une entrevue avec le pontife. Beaucoup de Romains purent trouver cette demande équitable : le camérier Paul, qui favorisait en secret la cause des Langobards et qui fut envoyé par le pape comme ambassadeur à Désidérius , déclara à ce roi v qu'il lui amènerait le pape lors même qu'il devrait le traîner la corde aux pieds ^ » mais d'autres s'y opposèrent avec énergie, et le pape lui-même fut dur comme un diamant. Ainsi les passions reprirent leur empire | et

sur divers points il y eut des scènes de violence. Adrien toutefois se rendit mattre de ces mouvemens par sa fermeté, par son acliviié et par sa persévérance, et lorsque Désidérius, en qui une nouvelle colère fut excitée par la persécution et la ruine de ses amis , parut enfin sous les murs de la ville éternelle avec toutes ses forces, accompagné d'Adalgis, sonGli et son collègue, de la veuve et des fils de Karlmann et du duc frank Autchar, il trouva les églises des apôtres Pierre et Paul , situées en dehors des murs, solidement fermées et dégarnies de tous leurs joyaux, de tous leurs ornemens; il trouva les portes de la ville barrées de travaux de fortification que l^on avait agrandis, augmentés et réparés. Dans la ville s'était réunie une foule d'hommes armés , résolus et prêts à une défense longue et opiniâtre. Le pape lui fit annoncer n. qu'il n^y aurait rien de commun entre eux tant qu'il n'aurait pas rendu tout ce qu'il avait volé à Saint- Pierre. »

Pendant ce temps , Adrien avait fait connaître l'élat et la marche des affaires d'Kalie à son ami le roi des Franks, qui était entré en rapport avec lui dès son avènement au siège apostolique. Dans ce danger pressant et toujours croissant, une nouvelle ambassade se rendit par mer en Gaule pour prier le roi (( d'accourir en toute hàtc, à l'exemple de son père Pippin de sainte mémoire, au secours de l'Église de Dieu , de la province opprimée des Romains et de Texarchat de Ra venue. » L'ambassade , débarquée à Marseille , alla jusqu'à Thionville, où elle trouva le roi. Karl la reçut avec amitié et envoya aussitôt lui-même en ambassade au pape Tévêque Grégoire et l'abbé Gulfard, moins sans doute pour examiner de plus près l'état de4) choses que pour engager le pape à persévérer dans la résistance en lui promettant un prompt secours. Les ambassadeurs que Désidérius avait envoyés à Karl ne furent pas écoutés , ou du moins leurs propositions ne furent pas admises. Plus lard , il y eut encore quelques négociations avec Désidérius. Karl lui promit, dit-on, comme son père l'avait fait au roi Haistuif , une grande somm-) d'argent s'il voulait se rendre aux justes réclamations du siège apostolique \ mais si elles eurent lieu réellement, elles ne peuvent a voir eu d'autre but que de fournir à Karl un moyen de plus de décider les Franks & une cxpédi-

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