‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 172 sur 298 · LIV. X, CHAP. VIII · texte numérisé non relu

LIV. X, CHAP. VIII

RbÎD 9 et comme il$ n'avaient plus rien trouvé à détruire sur Fautre rive , ils étaient retournés à leur frontière avant que les troupes frankes eussent pu les joindre. Ils avaient pris leur route par le Lahngau dans le pays des Hessois. Les troupes frankes suivirent leurs traces; elles trouvèrent encore des ennemis sur TÉder. Il y eut un combat dans les champs de Batten* feld , où les Saxons disputèrent aux Franks le passage de la rivière. Les Saxons furent, dit^n, battus et retournèrent dans leurs chaumières avec une grande honte et après avoir essuyé des pertes considérables ; mais les Franks ne gagnèrent rien par leur victoire , ils ne pour* suivirent pas jusque dans leur pays les ennemis qu'ils venaient de battre. Ces troupes ne redoutaient pas les corps de compagnons , mais elles craignaient les levées en masse.

De semblables événemens étaient propres assurément à causer du découragement. Quelle que fût la puissance que Karl avait acquise par ses expéditions militaires sur les esprits des hommes , grâce à son génie et à sa bravoure , ces guerres continuelles entraînaient des désavantages sensibles qui furent certainement appréciés et calculés ; et pourtant on ne pouvait songer à interrompre la guerre et les expédilious. Le roi peutrêtre crut d'autant plus nécessaire de prouver à son peuple qu'au milieu du tumulte des armes il n'avait nullement oublié les relations paisibles de la vie sociale \ aussi convoqua-t-il au mois de mars de l'an 779 les évêques , les abbés et les comtes de son empire à une diète qui fut en même temps un synode , probablement à Herstall , et dans celte diète on fli des lois destinées à donner quelque garantie à tous les habitans do son empire , à assurer l'ancien ordre et à en amener un meilleur. Tout ce que les assemblées nationales avaient décidé du temps de son père fut conflrmé;on prit plusieurs mesures pour le clergé et pour l'administration del'Église. Les évêques suiïragans furent soumis aux métropolitains ; leur puissance établie sur les prêtres et les ecclèsiasliques, et étendue sur les laïques conforformément aux principes de l'Église \ enfin les moines furent astreints à suivre la règle de saint Benoît, et l'on imposa aux religieux une discipline sévère. Mais ce qu'il y eut sans doute de plus important, ce fut qu'on assura aux églises, indépendamment d'autres revenus fixes qu'elles tiraient de leurs propres biens ,

des levées dedtmes sur touslesbiens deslalques* Ces dîmes avaient été depuis longtemps récla-r mées comme un droit par les ecclésiastiques et recommandées auxlaïques^plus tard elles furent payées par quelques-uns à titre précaire -, maia désormais elles furent imposées légalement, parce qu'on s'était peu à peu assez généralement accoutumé à cet impôt. D'autre part , on restreignit le droit des églises de donner asilo aux criminels ; les meurtriers et tous ceux qui, aux termes de la loi, avaient mérité la mort, devaient être livrés au pouvoir séculier et no recevoir aucune nourriture. On donna aux comtes une juridiction légale. Ils devaient, aussi bien que les vassaux , être forcés par des envoyés royauxd'observer la justice. Les fehdes^ ou guerres privées, furent prohibées ^ on devait les terminer par une indemnité en argent. Le parjure prouvé , en cas de besoin , par le juge^ ment de Dieu et par répreuve delà croix, de-* vait être puni par la perle d'une main. Les voleurs de grand chemin devaient être privés d'un œil , du nez ou de la vie. On défendit rétablissement de nouveaux péages ^ on défendit aussi les associations sous serment appelées gilden , bien que l'on conlinuftt à permettre les associations sans serment pour des aclcs do bienfaisance et pour des assurances contre rincendie et les naufrages ; enfin on ordonna que les esclaves ne seraient plus vendus qu'en présence de l'évêquo ou du comte , ou en présence de Tarchevêque ou du centcnier, ou en présence du vicaire ecclésiastique ou du vicomte , ou enfin devant des témoins irréprochables. Aucune vente d'esclave ne devait se faire hors du marché ; celui qui contrevenait à celte loi devait payer son ban ou son îcehrgeld autant de fois qu'il avait vendu d'esclaves, et celui qui ne pouvait le payer devait devenir lui-même l'esclave du comte jusqu'à ce que le paiement fût effectué (10). Ces lois sont très-remarquables assurément. D'un côté elles prouvent qu'en général se maintenait encore l'ancien état de choses que nous avons constaté d'après les lois du peuple frank : mais d'un autre côté , elles témoignent d'un accroissement de la puissance royale , d'une puissance plus forte et en même temps mieux ordonnée de l'Église , du développement de la civilisation , d'un progrès dans les communications des hommes et de dispositions plus douces à l'égard de la plus malheureuse classe d'hommes,

celle des esclaves. Bien que la loi felative au trafic des esclaves ait pu avoir immëdiatemenl pour but la sûreté des hommes libres , il était pourtant dans la nature des choses qu'uncMoi semblable tournât aussi à l'avantage des serfs ; car la honte et le dégoût diminuèrent ce commerce, et la marche^ la frontière, resta la patrie des malheureux. Du reste on ne peut décider si cette loi fut ou non mise de suite en vigueur dans toute retendue de Tempire; en tout cas de tels principes devaient avoir leur action et ne pouvaient manquer d'exercer leur influence sur le Teutschiand.

Après ces actes, Karl se rendît & Durcn, où il avait indiqué le champ de mai -, de là il conduisit Farméc à Lippeham , à Fembouchure de la Lippe dans le Rhin, et lui fit passer ce fleuve. Les Saxons , qui avaient de nouveau franchi leur frontière, prirent position à Bocholt sur TAa. Karl les attaqua, les mit en fuite, et continua sa marche juqu'au Wéser. Les pays de Munster et d'Osnabrûck se soumirent au vainqueur. Il établit son camp sur le Wéser, dans un lieu dont on ne peut déterminer la ponition avec certitude, mais qui est appelé MedufuU (11). Lorsque les habitans de Taulre rive virent les mesures que Karl faisait prendre pour passer ce fleuve, ils Jugèrent prudent de se soumettre au roi, se rappelant le sort des Wesfaliens. Les Angriens, dit-on, et les Oslfaliens parurent devant lui , lui donnèrent des otages et lui prêtèrent serment de fidélité. Cependant Karl crut convenable d'entreprendre une nouvelle campagne Tannée suivante, 780; il avait commencé à fonder, probablement à Osnabrûck et à Munster, des évèchés et d'autres établissemenspour affermir en même temps le christianisme et sa propre domination, et il crut nécessaire de protéger ces établissemens. Il voulut sans doute aussi montrer de plus près auxOstfa]ienssesarmes,qucjU8qu'a]or8 ils n'avaient vues que de loin , afin que ce? peuples tinssent plus sûrement leur parole et leur foi. Il chercha enfin à pénétrer aussi loin qu'il le put dans la Saxe, parce qu'il pensait qu'une nouvelle expédition au delà des Alpes était urgente, ou que du moins la prudence la lui conseillait ; de plus, il désirait empêcher le retour des anciens embarras. Il se dirigea, parla forteresse de Heerbourg, jusqu'aux sources de la Lippe ; puis il tourna à droite au delà du Wéser ; plus loin , à travers le ^rdengau ,

au delà de l'Oker, jusqu^à ce qu'il atteignit l'Elbe dans la contrée où rOhro se jette dans ce fleuve. Partout les Saxons s'humilièrent devant ce puissant roi -, partout la croix s'éleva, et partout les hommes, surpris et épouvantés, reçurent le saint baplôme ; les homme» libres et les lites livrèrent des otages de leur fidélité. Non-seulement les habitans du Bardengau furent forcés de reconnaître le nom da Christ ^ mais beaucoup de Saxons qui demcaraient plus au nord , et qu'on appelait plus communément hommes du Nord(A^ord leute^ se convertirent aussi à Orheim (12). Mais Tblstoîre ne dit point par quels moyens on obtint en si peu de temps de si grands résultats. Vraisemblablement on se servit des deux côtés du christianisme comme d'un moyen pour atteindre un but tout terrestre. Les Saxons , remarquant le zèle avec lequel Karl , cédant à ses propres convictions et aux instances des ecclésiastiques, cherchait à accomplîrfœuvre pieuse du baptême, se soumirent sans peine à cet acte sacré qui pouvait leur paraître insignifiant, pour détourner le danger du moment et attendre des jours meilleurs. Karl, de son cété, comptant sur la force intime des doctrines divines, sur le saint zèle des prêtres, et par conséquent sur l'avenir, ne dissimula pas seulement aux Saxons le paiement de la dfme exigée pour les serviteurs de la nouvelle religion, mais encore il se montra disposé à leur faire des concessions de plus d'une capèce pourvu qu'ils acceptassent le baptême. Comme il réussit en même temps à établir des relations amicales avec le peuple slave que l'Elbe séparait des Saxons, il pensa que, grâce à la prudence et à l'activité des ecclésiastiques entre lesquels il partagea cette contrée, il avait pris toutes les mesures nécessaires pour pouvoir entreprendre sans danger une nouvelle campagne au delà des Alpes. Dans celte pensée, il quitta io pays des Saxons.

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