‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 178 sur 298 · LIV. X, CHAP. X · texte numérisé non relu

LIV. X, CHAP. X

élaient Tatiguès de tant de combaU sans résultais et dont ils désiraient voir le terme. Il leur promit sans doute aussi une juste indemnité de ces efforts extraordinaires. Quoi qu'il en soit, il fit passer le Rhin à son armée à la fin de Tautomne de Tan 784. Il s'avança jusqu'au Wéser. Mais un hiver humide empêcha longtemps toute entreprise guerrière. Karl célébra les fôtes de Noël dans un hameau appelé Luden, sur TEmmer, dans le voisinage de la forteresse saxonne de Schiederbourg ,pui$ il s'établit à Heerbourg , qu'on avait bien fortifié \ il y ût venir auprès de lui sa femme et ses enfans. On ne put reprendre l'œuvre de la destruction qu'au commencement de l'année suivante. De Heerbourg , des troupes légères se répandirent de tous côtés sur les terres des Saxons, pour répandre parmi ces infortunés la crainte et la terreur , en livrant tout à Tincendie et au pillage. La désolation fut d'autant plus grande que ces atrocités se commirent en hiver , et Karl lui-même ne se refusa pas le plaisir de diriger quelques-unes de ces entreprises. Mais après avoir tenu au printemps la grande assemblée de son peuple à Paderborn, où il prit les mesures que nécessitaient les affaires intérieures de son empire, il conduisit son armée au delà du Wéser, dans le Bardengau, et arriva de nouveau jusqu'à l'Elbe. Le résultat le plus important et le plus efiicace que Karl obtint de toutes ces entreprises fut de gagner le prince Widukind et son compagnon d'armes, le prince Albion. Vraisemblablement, pendant l'hiver déjà , des négociations avaient été entamées avec ces deux guerriers. Karl envoya, vers ces héros de la liberté, des Saxons qui s'étaient attachés à sa fortune et qui devaient les engager à se soumettre ^u destin. Ils peignirent sans doute la désolation infinie de la patrie, et Widukind sentit peut-être qu'en prolongeant la résistance il entraînerait Fanéantissement de son peuple , puisque surtout les espérances qu'il fondait sur la Thuringe et en même temps sur la Bavière se trouvaient déjouées, puisque Karl n'interrompait jamais son ceuvre guerrière , puisqu'il ne laissait aucun repos et aucun moyen de s'entendre, mais suivait, sans s'arrêter, en hiver comme en été, le but de la desiruction. 11 put donc désespérer de la cause de son peuple et regarder comme nécessaire un accommodement loyal et sans arrière-pensée. Mais sa confiance ne fut pas il-

limitée : il ne se contenta pas de la promesse de Karl qu'il n'aurait à redouter aucune espèce de persécution ; il demanda des garanties pour sa sûreté*, probablement il posa encore pour lui-même et pour son peuple d'autres conditions dont l'histoire ne fait pas mention. Karl, qui espérait gagner les Saxons par Widukind, n'hésita pas à donner au libre duc des Saxons les otages qu'il demandait ^ un officier de sa cour , Amalwin , alla les remettre entre ses mains. Vraisemblablement le roi accéda aussi aux autres conditions que Widukind avait posées , car il se relira des cantons de la Saxe , et repassa le Rhin. Widukind et Albion le suivirent bientôt et parurent devant lui à Attigny, en Champagne , où il passait la plus grande partie de l'hiver. Là , sans doute , ils jurèrent au roi une fidélité inviolable ^ en même temps les deux princes reçurent le saint baptême, et, à partir de ce moment, ils disparaissent de l'histoire. Fidèles à leur parole, ils ne combattirent plus désormais contre leur roi et leur seigneur, et pourtant ils ne voulurent pas tirer l'épée pour un prince contre lequel ils avaient combattu si longtemps , et au nom duquel se rattachaient de si sanglans souvenirs.

La Saxe rentra dans une profonde tranquillité *, les Frisons partagèrent le sort des Saxons. Karl considéra ces deux peuples comme soumis , et ils l'étaient bien aussi sans le savoir eux-mêmes. Il leur cacha probablement encore la véritable nature de l'empire des Franks, surtout l'organisation féodale ; il ne changea encore rien à leurs relations intérieures. Il se peut qu'on ne leur demanda et qu'ils n'accordèrent que deux choses : ils devaient combattre non plus contre lui, mais pour lui, et tolérer parmi eux les prêtres chrétiens. Dans la première de ces conditions, les Saxons virent assurément un malheur-, mais le sort des armes et la force des moyens que Karl avait employés avaient décidé , et ils pouvaient reconnaître que, d'après l'état des choses , il ne leur restait qu'à se rendre à ses exigences. Karl toutefois, en leur imposant le service militaire, avait d'autres vues. Quiconque lui promettait le service militaire était son vassal, et» à ses yeux, les Saxons cessèrent d'être des propriétaires fonciers libres. Ils devinrent, d'après l'ancienne expression qui cependant disparaissait de plus en plus, des leutes du roi établis sur les terres qu'ils avaient reçues du roi ea

fiefs. L^autre condition pouvait plaire à beaucoup d'entre eux , parce qu'en Saxe même et en Frise beaucoup d'hommes avaient déjà été convertis à la foi nouvelle, et on leur dissimula probablement les suites de cette doctrine divine, c'est-à-dire toute l'organisation ecclésiastique et le paiement delà dtme. Il est donc vraisemblable que Karl commença, dés les années qui suivirent ce moment, à diviser la Saxe entre les huit diocèses épiscopaux par lesquels il croyait la contenir ; qu'il commença à désigner comme résidences des évoques Munster, Osnabrtick , Paderborn , Minden , Verden , Brème , Hildesheim et Seligensladt, et à élever successivement dans ces lieux les sièges épiscopaux. Il est vraisemblable que dés lors la division du pays en comtés, qui furent inclus dans les diocèses épiscopaux ou qui les traversaient, fut calculée et résolue. Il est enfln vraisemblable que Karl ordonna de réunir les anciennes coutumes Judiciaires des Saxons et des Frisons, afin de pouvoir les introduire le plus tôt possible dans la vie comme lois des Saxons et des Frisons, en leur faisant subir les modifications nécessilées par les relations nouvelles.

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