CHAPITRE V
CONSIDÉRATIONS SUR l'ÉTAT DE JL'ENPIRE DES FRANKS, ET PARTICULIÈREMENT SUR LES SUITES DU SYSTÈME FÉODAL (1).
La force des circonstances, qui avait fondé l'empire desFranks, en produisit aussi l'organisation. Le terme auquel on était arrivé n'avait été prévu par personne , et précisément \yo\xt cette raison personne ne put calculer d'avance les moyens nécessaires pour atteindre le but. S'il avait été possible de réfléchir sous l'aclion énergique des circonstances, on aurait regardé avec élonnement autour de soi , dans quelque position que l'on se fût trouvé, et Ton aurait à peine osé porter ses regards plus loin. Mais devant les Franks était un monde en ruines, et derrière eux s'élevait un monde nouveau (2). Ils étaient emportés par un tourbillon qui ne leur laissait pas de repos : l'action les appelait, et ils la suivirent ^ la force les poussait, et ils lui obéirent *, la fortune les attirait, et de sauvages passions s'éveillèrent en eux. Le génie toutefois ne les abandonna pas, et l'intelligeoco conserva toujours ses droits. L'empire devenait toujours plus grand, toujours moins serré: avec la masse s'accrut l'embarras. Un ordre capable de pénétrer partout était impossible: des parties hétérogènes ne pouvaient former un tout ^ il no resta d'autre moyen que de réunir ces élémens contraires par le maintien de leur propre essence, et de donner aux résistances un frein par la crainte des armes franciques. Cet état de choses produisit le corps permanent de compagnons, et fit de l'association libre et fraternelle un service sévère et soumis à la contrainte; mais le corps permanent de compagnons avait besoin d'un sol ferme, et il crut le trouver dans les grandes possessions qui formaient le fisc ; il avait besoin d'un lien indissoluble, et les bénéfices semblèrent le lui garantir : par eux, le trône héréditaire du roi sembla recevoir une base inébranlable, et, dans les idées des Franks, il était difficile d'en trouver une autre (3).