‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 180 sur 298 · LIV. X · texte numérisé non relu

LIV. X

Maïs lorsqu'il cul éprouvé la force de» armes frankes, lorsqu'il eut vu que les Franks, comme des sauterelles, consommaient tout dans le pays qu'ils occupaient, il perdit courage, remit la défense de Bënévent à Tun de ses fidèles et se retira lui-môme avec les siens dans la forleresse de Salerne ; car il n'avait pas oublié le sorl de son beau-père, et voulait s'assurer ù tout événement une retraite par mer. De Salerne il entra de nouveau en négociation avec Karl, donna au roi ses deux fils, Rumold et Grimold, comme otages de sa fidélité, et promit de se soumettre à toutes ses volontés. Il refusa seulement de paraître en personne devant lui. Il ne pouvait supporter 1 humiliation de voir en face l'homme qui avait soumis son peuple el précipité du trône son beau-père. En mémo temps les évèques du pays vinrent trouver Karl et tachèrent de détourner du territoire les désastres qui devaient aussi les frapper. Le pape lui-même semble avoir employé sa médiation, parce qu'il redoutait la destruction qui menaçait une contrée couverte de tant de villes, d'évèchés et de couvens. Ce qui toutefois agit probablement sur Karl avec plus de force que les représentations et les conseils, ce fut la réflexion que ce ne serait pas une œuvre facile de s'emparer de toutes les places du duché de Bénévent et en particulier de la forte ville maritime de Salerne ; il pensa que cette tâche demanderait plus de temps qu'il ne pouvait en passer dans une contrée si lointaine. Quoi qu'il en soit, Karl consentit & ce que le duc Aragis ne parût pas en personne devant lui, et restât néanmoins en possession du duché de Bénévent. Mais le duc et les Bénéventins durentprèter le serment de fidélité entre les mains des plénipotentiaires royaux. Le duc fut obligé de lui laisser en otage son plus jeune fils Grimold. Les Bénéventins durent lui livrer douze hommes comme otages de la foi jurée. Il fallut aussi payer une grande somme d'argent pour les frais de la guerre. Puis Karl revint à Rome. Pendant son séjour dans cette ville, au milieu des fêtes et des solennités, des ambassadeurs du duc Tassilo, Arno, évêque de Sallzbourg, et Hunrîch, abbé de Mondsée , arrivèrent auprès de lui. Il n'est pas invraisemblable que ces hommes aient eu dans le principe une ûulre mission. Mais maintenant que le sort du duché do Bénévent était décidé, ils pouvaient prévoir que Karl tournerait ses armes contre

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leur prince. Il ne leur resta d'autre ressource que de s'adresser au pape, afin de détourner encore une fois par sa médiation l'orage qui menaçait leur patrie. Le pape se rendit aussitôt à leurs vœux. Certes, il ne pouvait fairo un meilleur usage de sa puissance que de profiter du respect qu'il inspirait pour maintenir la concorde parmi les princes et la paix parmi les peuples-, et Adrien savait bien que nul moyen n'était plus propre 6 augmenter son influence. Mais lorsque Karl demanda anx ambassadeurs quelle garantie leur duc songeait à lui donner, ils répondirent qu'ils n'avaient pas de pouvoirs illimités, et qu'ils ne pouvaient que transmettre à leur prince et maître les déclarations du roi et du pape. Ces paroles semblèrent au Saint-Père cacher quelque perfidie et quelque ruse. Elles l'affligèrent d'autant plus sans doute qu'aux yeux du roi elles semblaient accuser sa médiation de précipitation el de vanité ; il rompit donc avec les envoyés et fulmina aussitôt l'excommunication contre le duc Tassilo et ses partisans, dans le cas où ils ne tiendraient pas le serment qu'ils avaient juré aux rois Pippin et Karl. En môme temps il déclara aux ambassadeurs que si le duc n'obéissait désormais en toutes choses au roi, aux fils du roi et au peuple frank et que si, pour celte raison, une guerre s'élevait, s'il y avait des dévastations et une effusion de sang, ces malheurs ne devaient être imputés qu'à Tassilo et aux siens, et que Karl et les Franks seraient à l'abri de tout reproche.

Après cette malheureuse négociation, Karl quitta la ville éternelle et, après avoir reçu la bénédiction du pape, dans l'éclat d'une gloire nouvelle et d'une nouvelle fortune, il ramena son armée de l'autre côté des Alpes. Il se rendit à Worms et y trouva sa femme Faslrada et ses enfans, au milieu du corps de compagnons qii'il avait laissé pour leur défense. Dans celle même ville se rassemblèrent les seigneurs de son empire, de Tordre ecclésiastique et de l'ordre séculier. Dans une diète solennelle, Karl parla de tout ce qui avait été fait et convenu en Italie. Lorsqu'il en vint à Tassilo, qui ne s'était pas rendu à celle diète, le méconlenlemcnt fut général. On résolut la guerre contre lui. Aussitôt trois armées furent réunies sur les trois frontières du duché de Bavière el de l'empire des Franks. Karl lui-même conduisit l'armée principale des Franks & travers la Souabe, dans

le Lochfcld près d'Augsbourg (1). Une autre armée vint d'Italie sous les ordres du jeune roi Pjppin. La troisième s'avança vers Pfoering sur le Danube; cette dernière se composait de Franks orientaux, deThuringiens et de Saxons. D'autre part Tassilo avait appelé son peuple aux armes : mais les armes furent inutiles. Ici toutefois rhistoire est mutilée et n'éclaircil en rien la marche des choses. Tassilo, dit-on, voyant qu'il était cerné de toutes parts et que les Bavarois manquaient de confiance, se rendit humblement auprès du roi, implora le pardon de ce qui s'était passé Jusqu'alors , remit entre les mains de Karl le duché de Bavière comme un flef ordinaire (2), le reçut de nouveau comme un vassal ordinaire, prêta avec son peuple le serment de service militaire et livra pour garantie de sa foi douze otages choisis par le roi et, comme treizième, son propre fils Théodo. Puis Karl revint aussitôt sur la rive gauche du Rhin et passa Thiver à Ingelheim près de Mayence. Mais il est à peine vraisemblable que Tassilo, lorsque les armées furent en présence, se soit résolu à paraître devant le roi sans plus de précaution^ ou qu'il ait osé le faire. Sans doute des négociations avaient précédé cette démarche ; des conditions avaient été faites et accordées avant que Tassilo se montrât aux regards de son cousin et de son ancien beaufrère, conditions qu'on ne nous a pas transmises, peut-être parce qu'elles ne furent pas tenues. Toute la conduite de Kari-le-Grand à l'égard de son frère, de son beau-père, des ducs langobards , des Saxons et des Thuringiens^ fait assurément soupçonner qu'il n'agit pas non plus envers Tassilo avec franchise et loyauté. Il se peut que le prince teutsch ait accepté dans le camp des Franks les conditions que Ton nous fait connaître, mais certainement il ne s'y était pas attendu. On lui expliqua probablement alors ce qu'il avait mal compris : qu'il garderait le duché de Bavière , non pas, ainsi qu'il l'avait voulu et entendu, à l'ancienne manière, comme un pays héréditaire transmis par ses aïeux, placé seulement sous la suzeraineté de l'empire des Franks et engagé envers celui-ci à un service militaire conforme aux usages nationaux, mais comme un fief, tel que chaque duc frank en possédait ou en obtenait, donné par la libre volonté du roi, avec l'assentiment des vassaux, et par là même temporaire et révocable. Une fois que le duc Tas-*

silo se trouva dans le camp du roi, il oe lui resta pas à choisir : il dut accepter ce que Rarl lui accordait ; mais ce nouvel affront remplit son Âme d'une douleur inexprimable, qui fut sans doute d'autant plus poignante que le duc savait moins éviter les reproches de sa propre conscience et que l'avenir était plus sombre ; car désormais Karl le tenait dans sa maio, et il ne pouvait plus lui échapper. Mais quels mo* tifs purent déterminer le puissant roi à renoncer à la voie des armes qui lui était ouverte, dans le moment où il était en état d'attaque les Bavarois à la fois de front et sur les deui flancs? Aucun historien ne nous donne lei roojens de répondre à cette question. Peut-être les forces de son hériban n'étaient-ellcs pas assez supérieures h celles du peuple bavaroû pour qu'il lui fût possible de soutenir sans danger le combat. Peut-être ne se fiait-il pas, du moins en cas de revers , aux Thuringiens et aux Saxons qui se trouvaient dans son armée. Peut-être le pape chmha-t-il à détourner par le clergé des deux États tout ce qui pouvait nuire aux' églises, aux couvens et à leurs possessions. Peut-être enfin Karl enviait-il à Yodieux Tassilo une chute honorable et désiraitil le rendre un objet de honte aux yeux de son peuple et du monde, parce que beaucoup d'hommes encore tournaient leurs regards vert lui comme vers leur appui et leur soutien. De plus le roi se familiarisait de plus en plusavee la politique romaine. Il fallait arriver au but; pourquoi ne pas l'atteindre par la ruse déco' rée du nom de prudence plutôt que par la force des armes ? Pourquoi faire couler le sang de nobles Franks et porter la destruction dans cet pays, si ces malheurs pouvaient être évités par l'anéantissement d'une seule et odieuse maison? Quoi qu'il en soit, la conduite de Karl â l'égard de Tassilo fut digne de la politique romaine. Les Franks écrasèrent Tassilo par les mêmes moyens qui avaient servi aux Romaiot pour anéantir Marobod.

Et ce fut dès Tannée suivante 788. Le poisoQ fit des progrès rapides. Rarl avait entouré I« duc de surveillans et d'espions ; car il réussit à gagner quelques Bavarois , soit que ceui-^' fussent mécontens de Tassilo , soit que, pr^ voyant le sort do leur ancien maître, ils cros« sent que le parti le plus prudent était de f^^^ alliance avec la fortune et de s'attacher au nouveau maître auquel les Bavarois oe ^^

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