‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 182 sur 298 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

GUERRECONTRELESAVARES.— MOUVEHENS CIVILS ET RELIGIEUX DANS L'EMPIRE. — NOUVELLE DEFECTION DES SAXONS. — NOUVELLE IRRUPTION DES SARRASINS.

De l'an 788 â Pan 799.

L'acquisition d'un pays aussi beau que la Bavière était déjà un grand avantage en ellemême, mais elle devenait particulièrement importante par la position de celte contrée. Ce fut par cette acquisition seulement que les provinces du nord et du sud de Tempire des Franks devinrent compactes et s'arrondireut ; et, chose plus importante, il s'établit entre tous les pays teutschs et Tltalie des communications qui ne pouvaient manquer d'avoir dans la suite de grands résultats. Ratisbonne et Augsbourg devaient devenir désormais des villes d'entrepôt pour le commerce, et l'industrie que l'Italie avait sauvée de ses anciens temps, ou que, dans les temps plus récens, elle avait acquise, grâce aux faveurs dont la nature Ta comblée, dut se répandre peu à peu dans l'intérieur du Teutschland et au delà jusqu'aux peuples teutschs du nord.

L'acquisition de la Bavière semble avoir causé à Karl un joie sinon bien pure, du moins très-vive. A peine Tassilo eut-il été terrassé qu'il se rendit en personne en Bavière pour veiller à la sûreté du pays, pour se mettre en rapport avec le peuple , l'attirer à lui , cr lui

faire oublier le duc renversé à force de gran-* deur et de puissance , d'aifeclion et de douceur (1). Il tint une assemblée générale à Ratisbonne, l'ancienne ville royale \ il y régla les affaires des Bavarois avec leur assentiment, et, & ce qu'il paraît , avec une modération et des égards qui durent lui gagner les cœurs. On introduisit des changemens insignifians *, les rc« lations des ecclésiastiques furent établies sur des bases plus solides-, on s'occupa d'une dis-* cipline et d'un ordre plus sévères -, les cantons furent soumis à des comtes qui devaient rendro la justice à l'ancienne manière , selon les lois bavaroises ; et si ces places , comme d'autres , pouvaient être données aux Franks, on accorda aussi à des Bavarois des fonctions publiques dans d'autres parties de l'empire. Tous les cantons bavarois conservèrent l'ancien nom national, celui de Bavarois. On mit à la tète de tout le pays un comte supérieur, ou lieutenant du roi, en sorte que, parle fait, il sembla y avoir même un duc. Cette charge importante fut donnée à un homme qui possédait la conôance du roi, aussi bien qu'il méritait celle du peuple, à Gérold, frère de la feue reine Hildegarde, et de plus les missi, ou délégués du roi , qui arrivaient toujours à rimproviste, devaient exercer sévèrement sur l'administration une surveillance suprême. Eniin des mesures furent prises pour protéger et défendre les frontières contre les incursions des peuples barbares voi« sins.

Mais le soin avec lequel le roi s'occupa des frontières et de la défense du pays l'entratna dans des relations nouvelles et lui fit sentir la nécessité de nouvelles entreprises militaires. Les Bavarois, réunis sous leurs princes héréditaires, avaient jusqu'alors arrêté les peuples barbares sur leurs limites orientales , et par là ils avaient réellement servi de rempart à tous les peuples germaniques. Les dernières irruptions des Avares et des Huns n'avaient même eu aucun succès (2) ^ il n'y avait donc aucun danger grave devant ces hordes sauvages -, mais leurs courses et leurs brigandages pouvaient être renouvelés, et le changement introduit dans la position des Bavarois à l'égard de l'empire des Franks faisait craindre qu'il n'en fût ainsi. Pourtant les Bavarois, comme membres du grand empire, ne devaient pas être moins en sûreté qu'ils ne l'avaient été au temps de leur indépendance. II put sembler nécessaire

HISTOIRE DU PEUPLE ALF^EMAND

ail roi de prendre de l^oulre côté de TEns , ou Gn dehors des véritables limites des Bavarois , des mesures de défense contre les Avares, afin que les charges de la défense fussent ôtées à ce peuple, e( rejetées sur un pays étranger, sur un pays conquis. Une expédition contre les Avares fut donc Jugée indispensable. Mais, moins la puissance de ces conquérans asiatiques était connue, parce qu'on ne pouvait ni calculer les limites de leur domination ni apprécier leur propre force ou leur action sur les Slaves soumis , plus cette entreprise exigeait des préparatifs imposans. La guerre , une fois commencée, ne pouvait être abandonnée. Une paix même était impossible avec celle race sauvage. II semblait qu'on dût combattre à la vie et à la mort, anéantir ou être anéanti.

Karl employa deux ans à Tarmement et en préparatifs de guerre. En même temps il donna une attention particulière à Tordre intérieur deTempire, pour conserver, améliorer el perfectionner. Il entreprit aussi une campagne contre les peuples slaves qui demeuraient en*tre TElbe et TOder, el en particulier contre un peuple que les Franks ont appelé Wilses, mais qui, dans sa propre langue, s'appelait Welafabes (3). L'entreprise était justifiée par des relations antérieures. Les Slaves avaient fait de fréquentes incursions dans les pays occupés par les Franks , qu'ils avalent pilles et dévastés. Depuis que Karl avait montré sa bannière sur l'Elbe, ils avaient été moins audacieux; mais l'ancienne inimitié s'était maintenue et ne pouvait s'éteindre tant que les Slaves resteraient établis sur les rives de l'Elbe et de la Saale. Ils étaient désunis entre eux. Les Obotrites, qui demeuraient au nord-ouest des Wilses, & peu près dans le pays qu'on appela plus tard Mecklenbourg , étaient inquiétés par eux de plus d'une manière ; et comme ces Obotrites, en leur qualité de voisins des Saxons, semblent avoir rendu aux Franks des services réels dans leurs guerres contre ce peuple, ils étaient considérés et traités par les Franks comme leurs alliés (4)', ilspouvaient par conséquent réclamer leur secours. Le véritable motif de cette entreprise fut sans doute que Karl, avant de s'engager dans le Teulschland méridional dans une guerre contre les Avares , désirait assurer le repos du Teutschiand septentrional et mettre les Saxons à l'épreuve.

L'an 789, Karl passa le Rl)in à Cologne avec '

une armée, puis il franchit le Wéser et s'avança jusqu'à l'Elbe. En route il fut rejoint par l'hèriban des Saxons, quoique ceux-ci ne fussent pas bien disposés. I^es Frisons, avec uneDotle où se trouvaient aussi des guerriers franks, remontèrent l'Elbe jusqu'au Havel , pour appuyer les opérations du roi ; enfin les Sorbes et les Obotrites prirent les armes comme alliés des Franks. Karl fit jeter deux ponts sur TEIbc, conduisit ses troupes au delà du fleuve, couvrit l'un de ces ponts par des retranchement établis sur les deux rives, mit dans ces retranchemens une forte garnison et s'avança cnsaite dans le pays des Wilses. Les Franks y trouvèrent des villes dont il n'est pas encore fait mention dans le Teutschiand. Dans l'une d'elles résidait un prince ou roi , Dragawit, qui remportait sur les autres princes du peuple par son illustre naissance et par son âge vénérable. Lorsqu'il vit la puissance des Franks cl qu'il fut convaincu que son peuple, bien que nombreux et brave, était hors d'état de résistera l'impétuosité de cet ennemi si expérimente à la guerre, il alla au-devant de Karl, conclat une paix avec lui, s'engagea & un tribut el donna des otages de sa fidélité. Les autres princes et les autres peuples suivirent son exemple. Rari put donc espérer que, de ce côté du moins, il n'aurait rien à craindre, d'autant plus qu'après ce nouveau succès il lui fut facile de prendre à son retour en Saxe des mesures convenables aux circonstances et capables d'assurer la Iran* quillité de ce peuple.

L'année suivante, quelques négociations eurent encore lieu avec les Avares. Il se peut qu'on eût déjà pris sur les limites de la Bafière des mesures qui firent sentir à ces anciens ennemis des Teutschs ce qu'on avait en vue. Ils envoyèrent en conséquence une ambassade. Karl la reçut à Worms el répondit par une autre ambassade au prince de ces prétendus Huns. Les Avares désiraient pcut-èlre vivement élorgner le danger et conserver les anciennes frontières de leur domination -, Karl , au contraire, qui certainement était déjà résolu à la guerre, no voulait que gagner le temps nécessaire pour achever l'armement de ses troupes. Du moins les négociations n'aboutirent à rien ; elles ne servirent qu'à augmenter l'aigreur.

Au printemps de l'an 791 , le roi se rendit lui-même en Bavière. Les guerriers de lo"l^ les provinces de l'empire étaient en moure-

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