‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 183 sur 298 · LIV, X, CHAP. XII · texte numérisé non relu

LIV, X, CHAP. XII

ment. Des provisions suffisantes de vivres et de tous les objets nécessaires avaient été entassées. Karl réunît toutes ses forces en trois armées. Les Langobards , commandés , sous les ordres de son fils Pippin, par les ducs distrie cl de FriouJ, devaient pénétrer dltalie sur les terres des Avares. Les Saxons et les Frisons reçurent Tordre de traverser la Bohême et de descendre la rive droite du Danube , sous le commandement du comte Théodérich et du camérier Méginfrid ^ enfln il conserva sous sa propre direction les guerriers des autres peuples, des Franks, des Souabes et des Bavarois. Il avait auprès de lui son flis Ludwig, le jeune roi d'Aquitaine qui, encore enfant, était venu six ans auparavant avec les Aquitains en Saxe, auprès de son père. On envoya par eau , sur le Danube, les vivres et les autres choses nécessaires aux deux dernières armées. Le roi établit son premier camp sur FEns. Pendant trois jours on y implora la bénédiction de Dieu pour TcBuvre qu'on entreprenait, car on allait audevant d'un danger qu'on ne pouvait calculer ; puis on se mit en route. Les Huns furent chassés de leurs retranchemens et de leurs abatis , de ce côté du Danube, sur la rivière de Kamp, et de l'autre côté auprès de la ville de Comageni, sur le Gumeoberg(5), ou bien ils quittèrent volontairement ces retranchemens à l'aspect des forces ftrankes , et le pays fut ravagé par le fer et par le feu. Karl vint jusqu'à la Raab ^ il descendit la rive gauche de cette rivière jusqu'à l'endroit où elle se jette dans le Danube; sans doute il voulait se rapprocher de l'armée qui s'avançait sur l'autre rive du fleuve. Là il se tint quelque temps dans son camp , pensant qu'il était impossible ou imprudent de s'avancer davantage., bien qu'il eût obtenu des nouvelles satisfaisantes au sujet des entreprises de l'armée d'Italie. On dit qu'il ne perdit pas un homme par les maladies ni par le glaive , mais qu'une maladie contagieuse exerça sur les chevaux de tels ravages que plusieurs milliers de ces animaux périrent, et qu'on en conserva à peine le dixième. Il fit donc reprendre aux Saxons et aux Frisons le chemin de leur patrie par la Bohème. Lui-même, avec l'autre armée, se dirigea sur la Bavière et établit son quartier général à Ratisbonne.

La guerre ne fut pas continuée Tannée suivante. Deux choses, à ce qu'il semble, en empêchèrent le roi ; d'abord la grande perte qu'il

avait faite en chevaux ^ sinon en hommes. Il n'était certainement pas facile de la réparer ^ et, de plus , il pouvait être nécessaire de donner quelque repos aux vassaux. En second lieu, il y eut dans l'empire, et même dans la maison du roi, des désordres qui exigèrent probablement une plus grande attention que ne semble l'indiquer le petit nombre de renseignemens qui nous ont été transmis sur ces faits.

Karl , dit-on , avait eu d'une concubine nommée Himiilrude un fils appelé Pippin. Le sort de ce jeune homme, doué d'une belle figure mais bossu, est entièrement inconnu jusqu'au moment où nous sommes arrivés. Il semble pourtant que Karl le tenait habituellement auprès de lui , bien qu'il ne lui donnât pas une position égale à celle de ses autres fils y car on assure que Pippin s'clail dispensé de se rendre auprès du roi en Bavière , sous le prétexte d'une maladie. On ne sait pas s'il avait à élever contre son père quelques plaintes particulières *, peut-être croyait-il , en sa qualité de fils atné du roi , avoir les premiers droits sur l'empire, et prévoyait-il qu'il serait sacrifié en faveur de son frère Karl. Quoi qu'il en soit, on l'accuse de s'être entendu avec quelques grands seigneurs mécontens du roi et de s'être laissé entraîner par eux à une conjuralion contre son père et ses frères. Gomme motif de cette conjuration on indique en termes très- vagues , il est vrai, l'insupportable cruauté de la reine Fastrada. On voulait placer sur le trône ce prince Pippin; du moins l'infortuné fut-il trompé , provoqué , séduit par cette illusion ; et pour arriver à son but , le roi et ses autres fils devaient être égorgés. Un ecclésiastique toutefois, un Langobard , nommé Fardulf , auquel le hasard avait fait connaître ces sombres projets , en instruisit le roi , et dès lors il fut facile de les déjouer. Fardulf reçut pour sa fidélité la récompense qu'il avait désirée, c'esl-àdlre la riche abbaye de Saint-Denis. L'infortuné Pippin, victime de l'ambition et d'espérances trompées, fut condamné, peut-être après des chàlimens corporels (6) , à expier ses fautes dans un cloître où il fut enfermé pour le reste de ses jours , et ceux que l'on considérait comme les auteurs de la conspiration furent punis de mort comme coupables de lèse-majesté. Sur le simple soupçon de ce crime on en décapita quelques- uns, et Ton pendit les autres. Il se peut sans doute que ce jugement cruel ail

HISTOIRE DU PEUPLE ALLE>IAND

été prononcé dans uno assemblée de Franks , tenue peut-être à Ratisbonne. Toutefois les juges semblent avoir agi avec autant de passion que les coupables eux-mêmes. Des hommes môme qui parvinrent à se purger de toute accusation par un jugement de Dieu furent dépouillés de leurs biens , et Karl chercha dans la suite, après la mort de sa femme Fastrada, à réparer par faveur, par repentir ou par honte , quelques-uns des nmlheurs qu'il avait alors causés.

Mais cette affaire, plus faite pour irriter qu'elle n'était dangereuse , ne fut pas la seule qui occupa le roi et Tempêcha de faire la guerre aux Avares. Il fut pressé ou menacé de dilTcTcns côtés et de différentes manières.

D'abord il y eut vers ce temps une grande agitation religieuse, qui semble avoir inquiété vivement les esprits et qui fit craindre un schisme dangereux. En effet, dans cette partie de l'Espagne qui était soumise à Karl, un homme instruit et animé d'un zélé chrétien , Félix, évêque d'Urgel, avait, avec beaucoup d'autres hommes, conçu des doutes sur la relation du Christ avec son père. Quant à ce qui concerne le Christ-Dieu , Félix le reconnaissait sans peine comme fils du père ; quant à Christ fait homme et né de Marie, il ne pouvait le considérer comme véritable fils de Dieu , mais seulement comme son fils adoptif. Cette opinion qui , du reste , avait depuis longtemps été dans son essence adoptée par des hommes sensés , dont il avait même été question déjà publiquement et qui avait été rejetée comme hérétique , obtint aussi l'assentiment de l'archevêque Élipand de Tolède , et ces deux princes de rÉglise l'enseignèrent publiquement. Cctledoclrineplutauxunsetrepoussalesaulres.

Il s'éleva des ennemis qui les combattirent publiquement , et plus était grand l'assentiment qu'ils semblaient avoir trouvé chez beaucoup d^hommes, plus les cris furent énergiques contre celte hérésie. Les plaintes contre ces hommes arrivèrent bientôt à l'oreille du roi*, mais Karl lui-même , soit qu'il tint à l'ancienne croyance ou qu'il approuvât la nouvelle doctrine , ne pouvait dédaigner cette querelle. 11 ne pouvait laisser périr l'unité de l'Église sur laquelle son trône était fondé-, et peut-être cette discussion lui sembla d'autant plus dangereuse que l'un de ces hérétiques , l'archevêque Élipand , vivait sous la protection du

calife d'Espagne , tandis que raotre se tronvait dans la marche espagnole de son empire.

Mais un autre fait provoquait Tattention et rendait peut-être cette hérésie d'autant plus dangereuse qu'elle était plus importante en ellemème« L'an 787 un concile de l'église d'Orient, tenu àNicée , avait non-seulement déclaré qoo l'adoration des saintes images était permise , mais il l'avait recommandée dans un langage impératif etprononçait ladamnation contre tous ceux qui désormais rejetteraient le culte des images ou porteraient sur lui un autre Jugement que le concile. Trois cent cinquante évêques avaient signé cette résolution, le légal du pape l'avait approuvée, et le Saint-Pére avait reconnu par son silence celle décision; mais l'adoration des saintes images, qui avait ea lieu en Asie et en Grèce dés les premiers temps, était restée complètement étrangère aux peu* pies teutschs du Teulschland propre, de la Gaule, de l'tle de Bretagne et même de !'£<pagne et de l'Italie supérieure. La superstition pouvait partout être également profonde ^ mais elle était plus grande chez les peuples teulscbs quechez les peuples de l' Asieet de la Gréce.D'ofl côté comme de l'autre , on désirait et l'on reconnaissait partout des miracles, et, dans les jours de souffrance on s'attendait à un secours surnaturel ; mais si les Grecs s'adressaient â ï'\' mage du Sauveur, à l'image delà sainte Vierge, àcelled'un apôlreoud'un martyr, les Teutaclis cherchaient un refuge auprès des reliques , des ossemens , des vêtemens d'un saint ou d'un martyr ou dans quelque pratique qui se ratlachat à l'histoire de Jésus-Christ ou à sa doctrine. La dévotion de tous était également grande, et ses effets avaient , d'un côté comme de l'autre, une égale puissance. Sans doule il y avait en Orient des reliques qu'on conservait avec respect^ mais elles n'appelaient le cceur humain à la méditation ni dans ses douleurs m dans ses joies. Les saintes images seules , sculptées ou peintes, remplissaient Fftme de désirs et do satisfaction. Sans doule il y avait aussi en Occident des saintes images qu'on gardait dans les églises et dans les couvens, et qu'on con^ sidérait avec respect \ mais elles ne scrvaieni qu'à rembellissemcnt des fêtes et à l'ornement des lieux consacrés à Dieu : on ne leur adressait pas de prières , on n'en faisait pas devant elles -, mais Timaginalion n'était saisie et i*âin<^ n'était ébranlée que par l'horreur mystérieuse

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des reliques. Celte dîlKrenee s'expliquerait facilement peut-être par le caractère difTërent des religions païen oes qui régnaient chez les peuples d'Orient et d'Occident lorsqu'ils embrassèrent le christianisme; par la différence de la civilisation et de Télat des arts \ enfin par la différence du pays, du ciel, de la manière de vivre et du caractère des peuples : mais le fait était d'ans la vie, et il eut ses suites. A Rome, dans ritalie méridionale , dans toutes les villes, dans tous les territoires qui avaient été conservés par les Grecs, on se tenait jusqu'à un certain point entre les deux opinions. On aimait la sérénité du culte des images, sans dédaigner la sombre impression produite par les reliques. Les papes entretinrent avec sagesse celle position moyenne et modérèrent par ces ménagemens des superstitions nuisibles. Ce fut à la lutte pour les images qu'ils durent en partie leur considération en Italie -, ce fut par la vénération accordée aux reliques qu'ils grossirent leurs trésors et influèrent sur le monde germanique. Le pape Adrien P' ne pouvait donc être diposé à renoncer aux images. Karlle-Grand ne pouvait pas plus comme Teutsch , partageant la croyance de son peuple, et comme roi témoin de la répugnance générale excitée parmi le clergé de son empire par la résolution du synode de Nicée , favoriser le culte des images; et ainsi s'éleva une grande agitalion dans les esprits , et se forma une position qui semblait devoir entraîner des suites funesles.

Ce mouvement religieux cependant, qui se manifesta simullanément de deux côtés, n'avait rien de commun avec la guerre contre les Avares. Deux ou Irois autres faits s'y ralta- Ghèrent sans aucun doute.

D'abord , les Saxons se soulevèrent de nouveau pour leur liberté comme pour la foi de leurs pères et cherchèrent à briser le joug qui semblait déjà leur être imposé pour toujours, lis avaient pour la première fois fait une campagne lointaine avec les Franks contre les Avares, et dans celte campagne ils avaient appris à connaître la nature et l'organisation de l'hé* riban. LVmement pour une guerre si éloignée, l'entretien à leurs propres frais pour trois mois, des perles considérables de toule Bature, un si long éloignement de leurs maiions et de leurs foyers , et l'abandon de leurs intérêts agricoles , toutes ces choses leur

avaient fait sentir ce qu'ils avaient perdu aveo l'indépendance; mais la résistance que les Franks avaient rencontrée chez les Avares , soit devant l'épéo de l'ennemi , soit dans la nature et la disposition du terrain, leur fit conjecturer qu'une guerre longue et difficile serait nécessaire contre ce peuple. Alors , l'an 793, le même comte Théodérich qui deux ans auparavant avait commandé les Saxons et les Frisons contre les Avares, parut avec des troupes frankes pour engager de nouveau ou pour contraindre en cas de besoin les deux peuples à se rendre à l'armée. Il traversa la Frise et voulut vraisemblablement remonter le Wéser, rassemblant successivement autour de lui le contingent des cantons (7); mais déjà sur le bas Wéser, dans le canton de Rustringen , il fut surpris par des Saxons irrités et massacré avec ses Franks. Là-dessus toute la Saxe se souleva, et les Frisons ne restèrent pas en arrière. Les églises furent brûlées ou démolies; les évêques et les prêtres furent chassés ou tués ; tout l'ancien paganisme fut rétabli ; des alliances furent faites avec les peuples païens des environs, sans même en excepter les Avares. La fureur contre les ecclésiastiques fut probablement d'autant plus grande que ceuxci, selon l'expression d'Alcuin, l'homme le plus noble de celte époque, étaient souvent, non des docteurs, mais des pillards.

En second lieu, le duc Grimold ou Grimoald, de Bénévent, crut que le moment de la guerre contre les Avares était favorable pour gagner enfin celle indépendance à l'égard de l'empire des Franks, pour laquelle son père Aragis avait lutté avec tant de zèle et si peu de succès. Oubliant ou foulant aux pieds les promesses qu'il avait faites au roi en recevant de lui le duché, il se conduisit en tout en prince indépendant* Il faisait battre monnaie à son image et à son exergue; il ne rappelait pas dans les chartes le nom du roi et ne démolissait pas non plus les travaux de fortification qu'il avait promis do renverser, ou bien il construisait une nouvelle forteresse à côté de la forteresse détruite. Le pape Adrien instruisit le roi de tous les actes du duc, et Karl, craignant peut-être que Grimold ne fût appuyé par les Grecs, d'autant plus que celui-ci avait épousé une princesse grecque , nièce de l'empereur Constantin , crut nécessaire de mettre aussitôt un terme à une telle arrogance. Soit qu'il n'eût pas de con*

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* fiance dans les Lângobards de Tltalie supë* rioure, soit qu'il Uni compte des perles qu'ils avaienl éprouvées dans la dernière guerre, il donna, Tan 792, à son flls Ludwig Tordre d'entrer en Italie avec Thériban des Aquitains, pour aller au secours de son autre fils, le roi Pippin, contre le duc Grimold. Le Jeune Lud* wig franchit donc les Alpes et entra en Italie dans Télé de Tannée indiquée.

En troisième lieu enfin, ce nouvel éloigne* ment des forces militaires d'Aquitaine au delà des monls, vraisemblablement pour un temps plus long encore, excita les Sarrasins d'Espagne à tenter de venger la honte dont les Franks les avaient couverts, et de reprendre les pays que les Franks leur avaient arrachés. Le calife Abd-er-Rhaman, après avoir étouffé les discordes et terminé avec bonheur, intelligence et sans ménagement 9 la lutte des partis en Espagne, était mort quelques années auparavant dans son magnifique palais de Cordoue et avait laissé à son fils et successeur Hescham un empire florissant. Hescham, il est vrai, avait été forcé de disputer Tempire à son frère les armes à la main i mais il en était resté matlre, bien qu'au prix de beaucoup de sang et de beaucoup de cruautés. Dès qu il se vit affermi sur le trône, il recommença la guerre contre les Franks. Son général Abd-el-Melek fit irruption dans les marches espagnoles que Karl avait fondées de Tautre côté des Pyrénées, jusqu'à TEbre, et les princes sarrasins qui s'étaient soumis au roi et qui avaient conservé leurs places sous sa suzeraineté favorisèrent Tentrcprise de leurs co-religionnaires. Ainsi Abd-el-Melek traversa presque sans obstacle les marches espagnoles , passa les Pyrénées et fit irruption dans la Gaule, où il exerça de grands ravages.

Les relations de Tempire s^étaient donc , on peut le dire, compliquées d'une manière efn*ayanle dans les années 792 et 793. Indépendamment du mauvais esprit que Karl avait à combattre dans sa propre famille et dans son peuple, il vit, dans le temps même où une cruelle famine désolait uncgrande partie de son empire, qualre ennemis se soulever contre lui et contre sa domination : les Avares à Test, avec lesquels la guerre continuait-, les Bénéventins au sud, les Sarrasins à Touesl et les Saxons au nord. De plus, les peuples slaves étaient des voisins bioR peq sûrs, les Nor4inans «levé*

naient toujours plus aodaefeiii) et lei Tharin* giens, les Bavarois et les Souabes n'avaient pa» encore oublié leur ancienne liberté. Karl fut assurément forcé par ces circonstances de donner une autre direction à ses projets. Mais soa génie était assez grand pour ne pas s'effrayer même de ee danger multiple, el la fortoDclui resta fidèle alors comme au trefois. La guerre coq* tre les Avares fut continuée ; mais au lieu d'atla« quer, Karl se tint sur la défensive. Ilrestapeo^ dan t ces deux années en Bav ière, et prit les mesures nécessaires pour s'assurer la victoire el pour en tirer tout le parliqu'il pouvait en espérer.Eotre autres , il réunit et construisit des bateaux destinés à former des ponts, à transporter les tIvres et les munitions de toute espèce; en mémi temps, il conçut l'audacieuse pensée d'unir 1« Rhin au Danube, et par là la mer Teutoniqucà la mer Noire. A partir de la Redniti et dcFAlU muhl, rivières dont la première se Jetle daot le Mein et la seconde dans le Danube, on devait creuser un fossé[ assez large et assez profond pour que les bateaux pussent arriver du Da« nubeau Rhin (8). On ne connaît pas les molib qui firent concevoir au roi ce projet. La guerre contre les Avares peut l'y avoir disposé plus qu'il ne l'eût été peut-être autrement; mais il

est difficile de croire que ses regards ne ss soient pas portés plus loin. Son génie se dirigeait en général vers tout ce qui est grand; les débris des monumens romains qu'il rencootrait partout purent aussi provoquer son ému-lation ; en tout cas cette entreprise, si die avait réussi, aurait eu dans la suite du temps de grands résultats pour le commerce el les trso* saclions du peuple teutsch ; mais elle échoua, Karl, sous ce rapport, comme sous beaucoup d'autres, devançait trop son époque. Il se ren^ dit lui-même sur les lieux et employa à ca travail une grande multitude d'hommes (9); mais on ne connaissait encore ni l'art de la ca* natisation ni les principes de l'hydraulique. Os n'avait même pas recherché les différences du niveau dans les fleuves qu'on voulait Joindre; un fossé large de trois cents pieds fut, il^ vrai, percé sur une longueur de deux miw pas, mais en vain ; la terre y retombait san* cesse ; ce qu'on avait fait pendant le Jour èlait détruit pendant la nuit. Karl renonça donc s l'œuvre qu'il avait commencée, mais Tbonneur d'avoir conçu une telle idée lui rcslcrs éternellement.

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Pendant co temps , le danger qui 8*était montré en Italie s'était dissipé *, le duc Grimold, de Bénévent, à la vue des Torces frankes qui marchaient contre lui, s'était humilié, à ce qu'il semble, et ayait repris son ancienne position, non sans quelques sacrifices peut-être; puis le jeune roi Ludwig avait quitté lltalie avec Tes guerriers aquitains et s'était hâté de revenir en Aquitaine pour marcher contre les Sarrasins ; mais ceux-ci s^étaient déjà retirés de la Gaule avant son arrivée-, ils avaient repassé les Pyrénées. Ils s'étaient, dans leurs courses, avancés jusque sous les murs de Narbonne dont ils avaient brûlé plusieurs faubourgs : mais, sur la route de Carcassonne, le brave comte de Toulouse Guillaume, surnommé au court nex^ leur avait résisté avec une telle hardiesse, malgré la perfidie de quelques-uns de ses compagnons, qu'ils n'avaient pas attendu l'arrivée du roi Ludwig ; ils avaient, il est vrai , cruellement pillé le pays qu'ils avaient traversé et emmené une grande multitude de captifs ; mais toute inquiétude pour Tempire avait disparu , et une paii ou une trêve confirma pour quelque temps la tranquillité dans ces contrées lointaines.

Après de si heureux événemens, la guerre contre les Avares put être continuée avec plus d'énergie, à partir de l'an 794. Le roi , toutefois, ne jugea pas convenable de marcher encore une fois lui-même contre cet ennemi ; il laissa la conduite de cette guerre, d'abord & ses généraux, et ensuite h son fils Pippin, roi d'Ifalie. Dans le fait, sa présence pouvait être nécessaire dans le Teutschland si les Saxons devaient être ramenés à la tranquillité, l'ordre rétabli partout et les nouvelles institutions affermies. La guerre contre les Avares fut faite avec bonheur par le fils de Karl, par ses comtes et ses lieulenans \ mais comme il fallait défendre sur plusieurs points la puissance de l'empire , la guerre traîna en longueur , et il fallut huit campagnes avant que les Franks pussent se vanter de l'avoir terminée. Le détail des faits n^est pas connu; mais Einhard a remarqué que beaucoup de batailles furent livrées, que beaucoup de sang fut répandu, que tous les bommes distingués parmi les Huns périrent, que toute leur gloire fut anéantie, que la Pannonie, privée de tous ses habitans, témoignait d'une horrible destruction. Sans doute, ces in-

l'assertion de ce même écrivain, que la guerre se passa pour les Franks presque sans effusion de sang ; mais elle ne mérite en aucun cas de créance, qu'elle soit le résultat de l'ignorance, de la vanité ou du mépris. Les Franks , supérieurs assurément aux Avares en habileté militaire, semblent cependant avoir employé d'autres moyens encore. Des discordes s'élevèrent parmi les ennemis , peut^tre y eut-il aussi des traîtres. L'an 795, des ambassadeurs d'un de leurs princes appelé dans leur langue Tudun , vinrent auprès du roi Karl , qui alors était campé sur l'Elbe avec son armée. Ce Tudun promit que si les Franks faisaient une nouvelle attaque , il passerait du côté du roi, se soumettrait à lui et se convertirait au christianisme. Karl accepta cette promesse. L'année suivante, en conséquence, une armée composée de Franks, de Langobards, de Bavarois et d'AlIemanni, passa le Danube sous la conduite du roi Pippin et d'Erich, comte de Frioul, et pénétra bien avant dans le royaume des Avares. En même temps les Avares en étaient venus aux mains entre eux : leur chagan avait été massacré. Il semble aussi que ce Tudun, qui était venu l'année précédente dans le camp de Karl, passa immédiatement de son côté. Les Franks ne réussirent donc pas seulement à chasser les Avares du pays situé entre le Danube et la Théiss , mais le comte Erich parvint aussi à s'emparer de la résidence princière du chagan. Cette résidence était un grand et fort retranchement que les Langobards, à cause de sa destination, appelèrent le camp-, mais que les Franks, à cause de sa forme, appelèrent le ring (anneau). Dans cette enceinte était le butin que les Avares avaient amassé depuis deux siècles et qu'ils avaient en partie extorqué à l'empire romain d'Orient, et réuni en partie par le pillage exercé sur les peuples. Les Franks firent un immense butin, plus grand que celui qu'ils avaient fait dans aucune guerre précédente. Ils détruisirent le ring si complètement qu'on ne put plus y reconnaître aucune trace d'habitation humaine. Le comte Erich envoya au rot les trésors trouvés dans la résidence du chagan, le pillage des peuples depuis deux siècles, et Karl fit donation au saint-siége de Rome d'une grande partie de ces trésors et ea distribua le reste aux grands seigneurs de son em-

flioatioii$ SQBt formeUemeol coatredil^ piir 1 pire ; à ses conseillers ^ & ses serviteurs , A

ses

guerriers. Pippîn parot bientôt lui-même devant son père à Aix-la- Chapelle -, il lui apporta un nouveau butin. Ce Tudun qui avait pris le parti des Franks se rendit dans cette même ville auprès du roi , et y reçut avec toute sa suite le saint baptême. Il prêta , comme vassal de Tempire, serment de fidélité; mais de retour dans sa patrie, il ne tint pas ses pro* messes, qui étaient contraires à la nature : il se déclara de nouveau , bien que pour sa perte , en faveur de son peuple, parce qu'un autre chagan s'était mis à sa tête. Depuis ce temps les Avares firent encore quelques tentatives pour se venger et rétablir leur domination. Deux hommes qui avaient contribué le plus A Panéaniissement de la domination des Avares^ le comte Erich de Frioul et Gérold, gouverneur de Bavière, beau-frère du roi , moururent après ces événemens , sinon par les armes des Huns , du moins pendant la guerre. Les Avares luttèrent en vain contre la destinée et contre le puissant empire des Franks. Le peuple teutsch et toute TËurope furent désormais délivrés de leur ardeur de pillage et de leur barbarie. Karl toutefois jugea convenable , pour achever Toeuvre, d'élever un gouvernement de frontières , en Pannonie , dans les pays conquis, et ce gouvernement a été appelé Marche do Bavière ou Autriche.

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