LIV. X, CH
Angle da canton (9). Mais saluer la mer, n'était pas acquérir le pays ; les Saxons, il est vrai, «^avancèrent , dit-on , de tous les coins et de toutes les extrémités; comme ils Tavaient toujours fait, ils Jurèrent encore cette fois fidélité et donnèrent des otages. Le roi , à son retour sur le Rhin et à Aix-la-Chapelle, fut, celle fois comme toujours, salué vainqueur-, mais ce qui prouve le mieux combien peu on avait gagné, c'est que Karl jugea nécessaire d'entreprendre une nouvelle campagne d'hiver pour ne laisser aucun repos aux Saxons et fatiguer un génie qu'il était hors d'état de briser. Dans le mois de novembre de celle année, il se rendit encore en Saxe avec ses troupes , et Iraça sur la frontière du pays , sur le Wéser , & l'embouchure de la Diemel , un camp forliOé qui fut appelé Heerslellen (10).
Celte mesure elle-même ne répandit pas la terreur, si ce n'est peut-être dans quelques cantons des plus voisins; Karl semble aussi avoir élevé Heerslellen moins dans le but de conlinucr la lutte que de donner du poids aux négociations qu'il voulait entamer avec les Saxons. Traisemblablement il envoya des députés dans tous les cantons du pajs ; du moins des messagers de paix furent envoyés même chez les Saxons de Tautre côté de TElbe, chez les hommes du nord, aussi bien qu'auprès de Sigifrid, roi des Danois. Pendant l'hiver qui retint le roi à Ileerstellen, les Saxons restèrent tranquilles; ils négocièrent; mais au jour de Pâques de Tan 798 les hommes du nord se soulevèrent , prirent les armes, arrêtèrent les dépulis et les tuèrent tous. Ils ne laissèrent la vie qu'à un petit nombre, non par pilié, mais pour pouvoir en cas de besoin opposer quelque chose à la Tcngeance du roi. Ils arrêtèrent aussi et tuèrent l'ambassadeur Goteskalk, qui, à celle époque, revenait d'auprès de Sigifrid, roi des Danois; peut-être avaient-ils fait au sujet de cet ambassadeur des découvertes qui , paraissant prouver de la ruse et de la perfidie^ soulevèrent au dernier point leur colère et les entraînèrent & agir avec précipitation. En général l'cxaspération ne connut point de bornes, et les plus grandes cruautés semblaient justifiées par les horribles ravages que le roi étranger faisait subir depuis vingt-six ans au malheureux pays des Saxons.
Mais leurs cruautés n'eurent point pour résultat de diminuer ces ravages; Karl lui-même
AP. XIII
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ne put sans doute pas châtier les hommes du nord ; mais , à la nouvelle des événemens, il quitta aussitôt son château de Heerslellen, passa le Wéser, près de Minden (II), et fil de nouveau dévaster par le fer et le feu les pays entre le WéseretTËlbe. Il ne put ou n'osa pas passer ce fleuve ; aussi les Saxons bravèrent-ils sur la rive droite la rage des Franks; mais ils n'eurent pas longtemps à se félièiler de leur triomphe. En ciïct, Karl sut faire prendre les armes aux Obolriles , qui , par fidélité ou à prix d'argent, s'étaient déclarés pour lui. A la tête de ceux-ci était Thasco , leur duc ; une troupe de Franks, qui passa l'Elbe et pénétra dans leur pays, se réunit à leurs forces, sous les ordres du général Eburis (12). Les Saxons septentrionaux enlrèrcnt en campagne contre les Slaves et leurs alliés les Franks ; une ba« taille fut livrée dans un endroit appelé Suinlana (13). Eburis commandait l'aile droite, cï les Obolriles formaient l'aile gauche. Les Saxons perdirent la bataille; quatre mille hommes périrent; les autres s'enfuirent dans leur pays ; mais probablement les Obolriles essuyèrent aussi une grande perle, car ils ne poursuivirent pas Tennemi dans sa fuite, et les Saxons reslërent dans la même position où ils s'étaient trouvés avant Texpédilion que Karl avait entreprise en hiver.
Karl fut donc forcé de renoncer aux négo* cialions et de continuer la guerre. Il tint, en 709, le champ de mai à Lippeham. Une nou* velle expédition contre les Saxons fut résolue, et le roi conduisit son armée à Paderborn ; mais pendant qu'il se trouvait là dans sob camp, s'ouvrit à ses regards une nouvelle carrière qui lui montra tout près de lui un but que probablement il avait désiré atleindre depuis longtemps. Il ne manqua pas d'entrer dans celle carrière, bien peut-être que jamais auparavant il ne se fût attendu ù atteindre son but de cette manière. Par là la guerre contre les Saxons fut encore une fois interrompue , et en même temps commença une nouvelle chaîne d'événemens à laquelle se rattachèrent toujours de nouveaux anneaux dans les épo?* ques suivantes.