‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 190 sur 298 · LIT. X, CHAP. XIV · texte numérisé non relu

LIT. X, CHAP. XIV

le siège apostolique qui lui avaient été impo* ses autrefois par la marche des choses^ bien plus, il put regarder comme nécessaire d'être souverain de Rome, indépendant du pape, supérieur au pape. Comme roi des Franks, il avait sans doute reconnu sans difficulté et môme dans son avantage particulier, le lien mystique qui unissait son trône au siège apostolique. Il iivail pu laisser occuper une position plus élevée que la sienne à un prêtre étranger qui régnait dans un éloignemcnt mystérieux, et qui faisait valoir Tancien nom si redouté de Rome. Mais comme empereur romain, il ne pouvait laisser dans cette position un évêque de son empire, et ce qu'il pouvait vouloir le moins , c était de devoir comme un don libre 6 cet évéque la souveraineté de Rome.

Karl, durant son séjour h Rome, laissa agir le temps et les circonstances et fit peut-être, pour prendre la dignité impériale, des dispositions que la marche des choses a Tait entièrement oublier; mais ces intentions ne restèrent pas longtemps inconnues au peuple romain ; il ne Tut pas difficile de faire accepter à celuici une pensée qui plaisait à tout Romain parce qu'elle réveillait de grands souvenirs et faisait concevoir de grandes espérances. Il nous est resté un document qui nous apprend que tandis que Karl se trouvait à Rome, le bruit se répandit A que la dignité impériale avait cessé d'exister chez les Grecs, et qu'une femme gouvernait l'empire. Aussitôt Topinion devint générale et fut partagée par le pape lui-même, par tous les ecclésiastiques, par tout le peuple, qu'on pouvait désormais nommer le roi Karl empereur, parce qu'il possédait Rome, mère de l'empire, où les Césars et les empereurs avaient toujours eu leur résidence; et comme le Dieu tout-puissant avait aussi mis entre ses mains les autres résidences impériales d'Italie, de la Gaule et même de la Germanie, il était Juste et convenable que par l'assistance de Dieu et d'après les désirs des peuples chrétiens, il obtint aussi le titre impérial ; que par conséquent on avait prié le roi de prendre la dignité impériale; et Karl ne s'y refusa pas. )> Il se peut que dans ce document les véritables événemens aient perdu leur forme propre; il peut toutefois contenir au fond une vérité, c'est que les grands comme les petits, les ecclésiastiques comme les laïques, aient eu tous la con*' viclion que Karl-Ie-Grand, dans les relations

présentes, voulait et devait prendre la dignité impériale, et qu'il la prendrait.

Mais les mêmes motifs pour lesquels Karl dut considérer la dignité impériale comme une dignité purement temporelle , et d'après lesquels il désirait se l'attribuer d'une manière libre et indépendante, de sorte qu'il ne reslàt plus à l'Église que de donner peut-être au nouvel empereur sa bénédiction spirituelle; ces mêmes motifs devaient faire désirer au pape de donner une autre tournure aux choses, et d'accorder librement la dignité imi)ériale au roi, afin que, de même que d'après les idées de son temps, la dignité royale avait été donnée 6 la maison des Karoltngiens à titre héréditaire par la puissance de l'Église, l'empire parût également concédé personnellement à Karl comme un don du pape. Si cette tentative réussissait, la puissance de l'Église était sauvée, et la position du pape à l'égard du monde chrétien, comme chef suprême de l'Eglise, était assurée. Si elle ne réussissait pas, on mettait en danger tout ce que jusqu'alors les papes avaient gagné pour le siège apostolique par leurs luttes et leurs efforts, ou tout ce qu'ils avaient obtenu par la foi et par les besoins de l'époque. Du moins personne ne pouvait calculer d'avance les suites qui pourraient résulter pour le papo et pour rÉglise d'un empire nouvellementélevé ou rétabli à Rome, si cet empire se formait comme une puissance purement temporelle, indépendante du pape, et s'élevait par là même au-dessus du pape. Mais dans l'état des choses elle ne pouvait réussir que par une surprise. Quoi qu'il en soit, il est possible, il est mémo vraisemblable que le pape crut que s'il osait placer dans le lieu saint une couronne sur la tête du roi et le saluer empereur à la face do toute la communauté, Karl, au milieu des ac« clamations joyeuses de la multitude enthousiasmée, se garderait bien d'ôter la couronne de dessus sa tête pour la jeter aux pieds du pape. S'il la gardait et s'il acceptait le salut, on obtenait de la manière la plus facile ce qui autrement n'aurait nullement pu être atteint ou n'aurait pu l'être avec une égale promptitude et une égale facilité.

D'après ces réflexions, il est certain que la scène qui s'accomplit dans l'église le jour de Noël est complètement explicable. Le pape prit le seul parti qui semblait lui rester encore, et le succès prouva qu'il ne s'était pas trompé.

sso

HISTOmE BU PEUPLE ALLEIMAND.

Karl ne Ûi pai Thypocritc cl fut larpris de la manière la plus forte par révénemcnl ; il put dire avec vérité qu*il ne serait pas allé à l'église s'il avait pressenti le dessein du pape. Mais après que ce dessein eut été accompli ; après que Karl, dans sa surprise, Teut admis { après qu'il eut reçu et accepté l'adoration du pape, l'onction sainte, la bénédiction et les acclamations de la multitude assemblée, il lui fut impossible de reculer sans s'exposer h un grand danger, sans rompre tout à Tait avec l'Église, sans miner le sol sur lequel son trône était construit. Il ne resta plus que l'espérance de réparer dans la suite la faute qu'il avait main*

tenant commise; de couronner lui-même son fils comme empereur, et de prouver, par ce couronnement, à ses contemporains et è la postérité, qu'il considérait et qu'il exerçait Tempire comme une dignité temporelle.

Il est sans doute possible de porter un autre Jugement sur cet événement; mais en tout cas, il est positif que le roi des Franks fut désormais empereur romain, que la dignité impè* riale lui fut librement donnée par le pape(4)) et par l'un et l'autre de ces faits, il s'introduisit dans la vie de grands changemens qui ont continué leur influence à travers tous les siècles suivans jusqu'à nos Jours.

NOTES DU LIVRE X

Page 1