LIV. VII, CHAP. I
pcclive, retendue de leurs aitributions, leurs
droiU et leurs devoirs : il n'y est pas question d'autres magistrats, fonctionnaires et dépositaires de la puissance , étrangers au maintien du droit parmi les individus et cependant nécessaires au maintien et à Fadministration d'un État ; il n'y est pas question du roi luimôme (16). De même il ressort assurément de cescodes une distinction légale des hommes et de leurs possessions ^ mais on n'y voit pas en quoi consistait cette distinction : le nombre des ordres entre les hommes et les biens n'est pas indiqué , encore moins la relation des uns aux autres, et ce que Ton peut le moins y trouver, ce sont des principes généraux d'où Ton pourrait déduire des opinions incontestables sur les déiails ou sur l'ensemble.
Il ne faut pas oublier non plus ce qu'on appelle les Formules que le moine Marculf , vers le milieu du septième siècle, dressa pour l'utilité des jeunes gens, comme des modèles de conduite dans beaucoupde relations de la vie(17), et dans lesquelles il a donné un exemple à suivre même aux hommes des temps postérieurs. Ces formules sont sans doute importantes, et si on les compare aux indications fournies par l'histoire des Franks, elles peuvent conduire à quelque éclaircissement sur l'état des choses. Mais bien qu'il en ressorte d'une manière évidente qu'une grande diversité de la vie eut lieu dans l'empire des Franks, bien qu'elles fassent connaître aussi des fonctions et des dignités exercées et conférées dans cet empire , toutes les données s'y présentent isolées et décousues , la corrélation manque , et la véritable âme qui soutenait et animait l'ensemble ne peut être découverte.
iMns cet étal de choses, il a été impossible démettre l'état intérieur de l'empire des Franks en rapport avec la vie des rois et les actions des peuples , et cela a été d'autant moins possible que l'on manquait de toute fixation de temps pour la formation et l'établissement des relations intérieures (18). Mais la création d'un système de ces relations, d'après leur naissance, leur développement et leur enchatneinent, a nécessairement de grandes difllcultés et un grand danger. Des opinions très-diverses ^Qt possibles. La critique non-seulement prendra une direction toute différente, mais elle conduira aussi & des données diamétralement cpposées, selon qu'çUe partira d'un point do
vue ou d'un autre. L'esprit, la sagacité, les connaissances peuvent se faire jour partout ; en conséquence il ne manquera jamais d'opinions contradictoires. Mais si la vérité ne peut être découverte et constatée par les traditions de l'antiquité, il ne reste à l'homme qui pense d'autre ressource que de rechercher par les conjectures le plus grand degré de vraisemb]ance(19). Quatre on cinq choses cependant sont don«* nées qui se présentent comme indices de la vérité-, elles peuvent empêcher le critique de perdre entièrement la voie sur la mer obscure de l'investigation (20) *, elles peuvent et doivent être employées pour expliquer, rattacher et amener à une concordance les indications isolées sur les hommes et sur les choses , èparscs dans les historiens et dans les lois. Nous avons pour les temps antérieurs les renseignemens de Tacite sur les mœurs , la vie et le caractère des Teutschs. Ces renseignemens peuvent toujours encore être considérés comme bases, parce qu'ils montrent le caractère propre des Teutschs, ce qu'il y a d'impérissable et de constant dans les peuples tant qu'ils conservent la liberté et l'indépendance; ilspcuventêtre considérés comme bases avec d'autant plus de confiance que les temps postérieurs donnent des témoignages irrécusables de leur constante vérité.D'après eux, nous sommes autorisés à admettre certaines inductions sur l'état de choses qui a dû s'établir par suite du changement de relations. Nous avons de plus la certitude que dans l'empire frank, des conquérans et des sujets vivaient les uns à côté des autres ; que les premiers consistaient en un moindre nombre d'hommes énergiques, mais non civilisés, et que dans la grande masse des derniers il se trouvait beaucoup d'hommes d'une grande culture et familiarisés avec les plaisirs délicats comme avec tous les artifices de la domination et de l'administration romaines. La nature humaine se manifeste sous la même face dans les mêmes circonstances On peut admettre que cette position des conquérans fut mise à profit selon la nature des efforts , des besoins , des désirs humains ; que ce profit eut lieu selon le caractère propre du peuple auquel appartenaient les conquérans, et que les hommes civilisés appartenant aux peuples soumis ne restèrent pas sans infiuence sur les conseils et les résolutions do ceux qui avaient le pouvoir en main. Les Franks ne manquaient nj
d'esprit et d'intelligence, ni de pénétration et de connaissances, comme ils ne manquaient ni de passions ni de désirs. L'instruction ne les élevait pas à de grandes vues et ne les entraînait pas à des subtilités. Avec une force neuve, ils 8e tenaient neufs dans la vie, et ils agissaient avec promptitude conformément aux circonstances. Les usages de leurs pères étaient leur loi, le besoin leur principe, la nécessité leur limite , la liberté leur but. Nous avons de plus la preuve la plus claire que les conquèrans, peu de temps après que leur empire se fut consolidé dans la Gaule , furent gagnés à une nouvelle religion , et qu'ils s'efforcèrent de maintenir et de développer tout ce qui semblait tendre ou être nécessaire à Texercice et k l'agrandissement de cette religion. Et comnrie les serviteurs de la religion appartenaient aux peuples soumis, on peut admettre avec quelque certitude que les prêtres employèrent le pouvoir qu'ils exerçaient sur les esprits des nouveaux convertis, quelquefois dans les intérêts des peuples soumis , toujours dans ceux de TÉglise, et que par là ils ont réellement changé la marche que les conquèrans auraient suivie dans leur conduite sans leur influence. Nous savons en quatrième lieu, par les témoignages de l'histoire, que les Franks reportèrent bientôt en ennemis ieufi armes dans le Teutschiand contre despeuplesteulschs^elqu'ilsparvinrentàréunir à leur empire les cantons de leurs pères comme ceux d'autres peuples teutoniques. La connaissance des senlimens qui régnent toujours dans le cœur humain nous permet de supposer que les Franks, dès qu'ils se trouvèrent au milieu d'hommes de même race, de mêmes mœurs et de même langue qu'eux, sentirent se réveiller en eux Tancien esprit national-, nous pouvons supposer que malgré les changemens et les altérations que les attraits de la domination avaient apportés déjà dans la Gaule à leur caractère, ils épargnèrent des institutions sociales qui avaient inspiré aux Romains du respect et de l'admiration. Ils ne peuvent avoir introduit que les changemens nécessaires pour opérer la réunion des anciens cantons germaniques à leur empire. Et si dans ces changemens l'organisation de l'empire eut de l'influence sur l'état des peuples du Teutschiand, cet état aura sans doute réagi , selon la nature des choses humaines, sur Tempire des Franks dans la Gaule. Enfin nous avons, comme moyen d'ap- I
préciation, le temps suivant avec ses établissemens et ses^ institutions, et ce temps suivant, que le temps ancien portait en lui , autorise à des conclusions sur l'état du temps ancien.
Ainsi les recherches ne manquent pas de terrain et de sol , et si l'on ne peut arriver par là à la vérité de l'histoire , on peut arriver du moins à une vraisemblance sur laquelle on peut fonder l'histoire des temps suivans (21). Âfais d'autre part , ces observations montrent aussi combien d'élémens ont agi sur la formation de l'empire des Franks ^ elles font supposer d'avance la diversité et le désordre des relations et reconnaître de nouveau qu'il faut un long temps de lutte et d'efforts parmi les hommes pour arriver à des relations conformes à la nature et à une organisation simple pour la paix comme pour la guerre.