‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 200 sur 298 · LIV. XI, CHAP · texte numérisé non relu

LIV. XI, CHAP

Juste doumisdiori Au trôné royal, né scMrit (ju'à grandir teè pdtieé. Voilà (jdelids furent les suites de là prùdeHce préYoyàAlc de Léon III, qui avait sii réparer la couronhè îthpériare du glaif c et là plactsr siir Tautel.

Karl lui-hlèiho, lorsqu'il vit cette couronne sur sa tôle, ne sut pas bien, à ce qu'il semble, quel parti il devait réellement en tirer-, soit c(u'ii se sentît déconcerté par l'adresse avec laquelle le pape s'était ttiôlé â sék projets, soit qu'il ne se fût pas d'avanCti Tait une idée Lièii nette des choses. Su contenance resta en âp* parence la môme; ce futcelld d'un grand roi dans un état féodal ; itiais il est évident qu'il éleva de plus grandes prétentions. S'il parut désormais se livrer & raiïcrmisscincnt de Tordre légal et A la moralisation des peuples qui reconnaissaient ses lois, plutôt qu'aux travaux de la guerre, on Ignore sans doute s'il fui décidé à cette tendance plus noble par le nombre de ses atinécs, plutôt que par sa nouvelle dignité impériale. Mais il semble que ses dispositions furent soutenues par le sentiment d*une plus haute dignité et d'une plus grande puissance. Il chercha â atteindre le but de ses efforts confomniémonl à l'esprit du système féodal ] mais il chercha aussi h fonder et à maintenir l'idée de la grandeur et de la suprématie inhérente à la dignité impériale, soit que luimême en fût pénétré, soit qu'il voulût accoutumer le mohde à là pensée qu'il lui était dû une plus grande puissance; qu'il était réellement un prinbe indépendant, en tout égala Tempereùrde Gonstantinople, et que son empire ne relevait d'aucun autre.

A l'exemple des Romains, il s'entoura de plus d'éclat et de magnificence; confondant rcssentiel et ce qui ne Tétait pas, il compta d'après Tindiction romaine; prenant pour des vérités les anciennes déceptions, ou cherchant à donner le change en les employant, il compta môme par les années de son consulat; à Rome et dans le territoire romain, on data les années de son règne impérial , comme auparavant on avait daté d'après les années du règne de l'empereur de Gonstantinople. A son retour à Aixla-Chapelle, il ordonna que dans tout l'empire tout individu laïque ou ecclésiastique, à partir de TAge de douze ans , eût h prêter h l'empereur, lors même qu'il Tauraii déjà prêté au roi, le serment de fidélité et à se reconnaître comme son homme. De plus, on devait expliquer à

tous que ce n'était pas un simple serment de fidélité, mais qiill engageait À de nombreuses et grandes obligations. Cependant il ne dit pas ce qu'il entendait àû fond par ces obligations.

Le couronnement de Karl-ie-Grand amena d'abord des négociations avec la cour de Gonstantinople ; encore ne suivirenl-elies pas imnoédiatement. L'empereur resta à Rome Jus^ qii'après les fêlés de P&qucs de l'an 801 ; il ne s'y occupa, dit-on, que des affaires intérieures de la ville éternelle et de Tilalie, aussi bien des choses ecclésiastiques que des relations civiles etdesinlérêis des individus.Gertainement il voulait avant tout meltrele pape Léon ÎII à l'abri de la vengeance de ses ennemis, puisque maintenant il avait un plus grand intérêt que jamais aiimainliendu pontife. Lesoin de terminer cette affaire put le mener toujours plus loin parce qu'elle avait de profondes racines. Il ne se trouve cependant aucune trace d'un ordre nouveau qu'il ait fondé ou qu'il se soit efforcé d'établir. Bien que peut-être il ail cherché à graver de nouveau dans la pensée des hommes le litre d'empereur par des grâces et des monumens de toute espèce , il n'en est pas moins vrai que sous aucun rapport if ne s'introduisit aucun changement réel. Au printemps ^ il fit marcher de nouveau, sous la conduite du roi Pippin son fils, son armée contre les Bénéventins récalcitrant; mais il se rendit lui-même à Spolète. Un hiver humide avait produit des maladies pestilentielles, et dans les derniers jours du mois d'avril, pendant que Tempereur se trouvait à Spolète, Tltalie fut ébranlée par un violent tremblement de terre qui désola des villes et sépara des montagnes; la secousse se fil sentir même dans le Teutschland, aux environs du Rhin (1). Karl se rendit par Ravenne h Pavie. G'esl peut-être dans cette ville qu'il assembla la diète des Langobards, pour introduire dans les lois de ce peuple quelques changemcns ou quelques complémens qui paraissaient nécessaires ou utiles. Leur notification fut son premier acte officiel comme empereur) il lui donna donc une forme qui rappelle celle des édils des empereurs romains. Puis il repassa les Alpes et revint dans son palais d'Aix-la-Chapelle; Tilalie ne le revil plus.

En chemin, Tempereur reçut plus d'une nouvelle agréable. La fortune restait fidèle à ses armes ; Barcelonne, en Espagne, et Ghieti, en Italie, se soumirent & sa puissance, et les

dércnscurs de ces deux villes lui furent amenés caplif^i. En môme lemps tomba sur la riche cl brillante couronne de sa gloire un nouveau rayon qui lui donna une nouvelle force aux yeux de beaucoup d'hommes. Quatre ans auparavant, Karl avait envoyé une ambassade à Harun-al-Raschid, ce g)*and calife des croyans de la famille des Abbassides, que les écrivains franks appellent Aaron, roi des Perses. On ne sait pas ce qui donna lieu à cette ambassade. Vraisemblablement ce fut moins la position hostile où ces deux grands princes se trouvaient à regard des Musulmans d'Espagne qui décida Karl à rechercher celte alliance que son désir d'adoucir le sort des chrétiens d'Orient soumis tk la domination d'Harun, et de facililer Taccés de la sainte ville de Jérusalem aux pèlerins qui allaient visiter le tombeau du Sauveur. Les deux ambassadeurs, Lanifrid et Sigimund, étaient morts pendant la route; mais leur compagnon, le juif Isaac, revint heureusement. Avant lui arriva une ambassade du calife qui débarqua à Pise et fut reçue par Karl entre Ycrceil et Ivrée. Elle annonça à Tcmpcreur le retour dlsaac avec de précieux présens choisis par leur maître parmi les richesses dcTAsie. De tous ces objets, aucun n^excita une plus grande admiration qu'un éléphant qu'Isaac amena heureusement à terre et auquel il fit passer les Alpes ; on n'avait pas encore vu en Germanie d'animal de celte espèce; et ce qui sembla ajouter encore à son prix, c'est l'assertion de l'adroit juif, qui prétendit que cet éléphant, appelé Abulabaz, était le seul que possédât le grand monarque.

Les négociations avaient commencé avec la cour de Constanlinople; d'après les écrivains franks, l'impératrice Irène n'envoya d'ambassadeur à Karl qu'en 802, lorsque ce prince était déjà de retour è Aix-la-Chapelle; elle voulait consolider la paix entre les deux empires; ils ajoutent que Karl envoya à son tour deux officiers franks à Conslantinople. Mais il est difficile de croire que Timpéralrice irène ail si longtemps supporté en silence que Rome fût enlevée à son empire. Bien que le sentiment de sa faiblesse et de sa position ne lui permît pas l'espérance de regagner par des nôgociations ou par les armes ce qu'elle avait perdu, sa dignité et môme les convenances lui faisaient un devoir de ne point paraître indifTérente à un si grand événement. Il est donc

vraisemblable qu'il y avait eu déjà des pourparlers de la part de la cour impériale pendant que Karl se trouvait encore à Rome; il se pourrait aussi que dès lors, et toujours pour sauver les apparences, on l'eût menacé de toutes les forces de l'empire romain. On raconte en effet qu'un jour Karl, entendant les ambassadeurs grecs lui parler de leurs richesses et de sa pauvreté, s'écria avec énergie: «Ah! si ce petit ruisseau n'était pas entre nous, nous nous rendrions maîtres des richesses de POrient ou du moins nous les partagerions avec vous à part égale! » Et cette exclamation, qui paraît avoir sa vérité dans le caractère et dans la fortune de Karl , lui est probabicmool échappée à l'époque dont nous parlons, plutôt qu'à celle où on la placée. La continuation de la guerre contre le duc de Bénévent se rattacha aussi ù ces rapports peu bien vcillans.Mais lorsqu'une année se fut écoulée ; lorsque Karl eut reconnu la nécessité de s'éloigner de nouveau de l'Italie, pour vivre et agir dans les lieux où était le siège de sa puissance; lorsqu'enfin il se fut convaincu que, bien que ses armes conservassent leur ancienne gloire contre l'Italie inférieure, le succès d'une guerre si lointaine n'était nullement assuré. Tempereur crut sans doute utile de rétablir des relations amicales avec la cour de Conslantinople dans l'intérêt du commerce et des transactions de ses peuples. Aussi deux ambassadeurs, Jessé, évéque d'Amiens, et le comte Ilelin^aud furent envoyés ù Conslantinople. II est également fait mention de celle ambassade dans les annales des Grecs, mais ils lui attribuent uo but dont les écrivains franks ne parlent pas, et qui du reste est peu vraisemblable. Karl» âgé alors de soixante ans, aurait demande la main d'Irène, qui depuis longtemps avait

perdu les charmes de la jeunesse, et qui se présentait au monde couverte de cruautés si sanglantes que l'éclat du trône ne pouvait les dissimuler et qu'une dévotion minutieuse ne pouvait les faire oublier. Il est impossible que Karl ail conçu sérieusement la pensée d'épouser une telle femme ; il est impossible que diins son vieil Âge il ait pu s'amuser à un p^r^'^ jeu; il est également impossible qu'un boniinc d'une si grande sagesse ait cru à la po$siliii|^ de réunir les deux empires en un seul ; niais comme plusieurs écrivains grecs s'acconlin^ dans leurs assertions, il n'est pas douteux qu^

Page 1