‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 201 sur 298 · LIV. XI · texte numérisé non relu

LIV. XI

]e bruit de cette offre de Tempcreur se 60Îl répandu à Conslanlinople. Yraiscmblablemenl on le fît courir & dessein, et on y crut d'autant plus facilement que pcul-Clrc trente ans auparavant il avait été question d'un projet semblable. Dans le temps où les ambassadeurs de Karl se trouvaient à Constantinople, cette ville fut le théâtre d'une de ces scènes atroces auxquelles elle était accoutumée. Irène reçut le châtiment qu'elle avait mérité par ses crimes. Cette femme perfide fut remplacée par des êtres plus perfides encore. Elle tomba sous les intrigues des eunuques et des serviteurs de son palais, et un des premiers officiers de Tcmpire, Nicéphore, monta sur le trône du crime et de l'ignominie, d'où elle fut jetée dans la solitude d'un clottre. Cet événement mit en circulation des bruits divers vrais et faux, résultant du souvenir des hommes, d'une confusion accidcnlelle, d'interprétations perfides. Car il fallait n\pltre tout en œuvre, afin que tous les esprits fussent détachés de cette femme, maintenant si malheureuse, et conciliés au nouvel empereur. En présence de la haine méprisante avec laquelle la race faible et corrompue de ces prétendus Romains tournait ses regards vers les Franks, vers ces barbares si forts et si redoutés , rien n'était plus propre à exciter l'indignation, Tirooie et l'insulte, que l'assertion mensongère d'après laquelle Irène avait voulu épouser le duc des Franks, comme on appelait Karl, et placer ce grossier barbare sur le trône impérial.

Les ambassadeurs de Karl , envoyés seulement à Irène et qui, par suite de sa chute, ne furent ni considérés ni ménagés, quittèrent aussitôt Gonstantinople, ce foyer de corruption , et revinrent auprès de leur empereur et maître. Nicéphore toutefois, le nouvel empereur d'Orient, sentant qu'il n'était arrivé au trône que par l'intrigue et la honte , et qu'il s'aliénait les cœurs par son avarice, sa perfidie et sa cruauté, jugea peut-être utile de renouer des négociations avec le puissant roi des Franks pour ne pas le provoquer à de grandes entreprises sur l'Italie inférieure, sur la Sicile et sur la Grèce. Il envoya donc, l'an 803, une nouvelle ambassade à Karl , et celui-ci la reçut, dit-on, à Saltz sur la Saale (2). Elle avait pour but de rétablir ou de consolider la paix entre les Grecs et les Franks, et Karl était d'autant moins éloigné de la paix que précisément vers

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cette époque la guerre contre les Bénévonlins^ dans l'Italie inférieure, avait pris une tournure qui ne pouvait rendre indifférente une participation plus énergique des Grecs* U fil donc connaître ses prétentions et les fit remettre par écrit aux ambassadeurs. On ne sait jusqu'où s'étendaient les pouvoirs des envoyés; vraisemblablement toujefois ils se bornèrent à recevoir les conditions de Karl pour les transmettre à leur souverain On ne sait pas davantage comment elles furent reçues par Nicéphore. Mais si peut-être il n'y eut pas une véritable solution , on prévint du moins une grande guerre ouverte , et si l'on tomba d'accord pour une paix, de nouvelles hostilités ne pouvaient pourtant manquer d'éclater. Déjà le caractère méfiant et soupçonneux de l'empereur Nicéphore rendait impossible une al-» liance honorable et solide ; et comment les Grecs auraient-ils pu , dans leur vanité, se résoudre à reconnaître franchement la dignité impériale de Karl et, par conséquent, à renoncer officiellement à Rome, au nom de laquelle subsistait toujours leur empire , et à toutes les provinces occidentales qui jadis avaient appartenu à la domination romaine? Leur pro<» verbe : <( L'amitié des Franks est désirable et leur voisinage est un malheur , » résultait des faits, et ils étaient voisins des Franks. Sur les deux rivages do la mer Adriatique, le territoire des deux empires se touchait en Illyrie et en Dalmatie, non moins qu'en Italie; des points de contact et des froissemens de toute espèce ne pouvaient manquer d'avoir lieu. Au milieu des grandes conquêtes des Franks et de la dissolution et du désordre de toutes les relations, il y eut aussi des hommes qui , par des séductions et des provocations, attisèrent le feu et poussèrent ù l'action \ ils cherchaient d'un côté protection et appui , lorsque de l'autre, poursuivant les projets de leur égoTsme, ils avaient mérité des cliâlimcns ou des supplices. Dans* le fait, on en vint bientôt à de nouvelles querelles, et par là même à de nouvelles ambassades et à de nouveaux traites (3) ; mais en réalité, il ne s'introduisit aucun changement dans les relations entre l'empire des Franks et l'empire Grec. Tout resta incertain , et Karl-le-* Grand fut assez sage pour apprécier convenablement sa position, malgré tout son bonheur, pour ne pas pousser les hostilités plus loin qu'elles ne pouvaient être poussées sans désa-»

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HISTOIRE liU PEUPLE ALLEMAND.

tantagc, parce qu'il o'aTâil pas de pUi^sdnbb tnùritiitie.

D'autre paH, ralliancc que Karl àvail fallè aTt^c le grand calife Harun-al-Raschid prenait titi caractère loujours plus bienveilldTit; bien qu'elle n'eût pour résultat aucun changcm(?ht dàhs la position dds peuples ou aucune grande œUTre, elle exerça pourtant une influence bienfaisante sur les relatiohs de la vie, sur le commerce et te négoceet sans douteaiissi sur les itiŒtirs des hommes. Les ambassades réciproques se succédaient, et la Ibichvcillance mutuelle des deux princes s'accrut avec leur admiration mutuelle. Le premier objet des relations dé Karl avec le calife avait été le sort des chrétiens soumis à la domination d'Harun, aussi bien que Tinlérôt que Karl prenait à ta teri*e sainte, où se trouvait le tombeau de celui que lé monde chrétien adore comme son sauvcurj et les monumens qui rappellent tant de grands souvenirs. Conmie il lui était impossible "de protéger les chrétiens d'Orient, il voulut du moins alléger autant qu'il était en lui le Joug sous lequel ils gémissaient. Comme il ne poutail augmenter le nombre des objets sacrés, il toiilut du moins soustraire à la destruction ceux qui existaient ; et du fond de lOrient, on ne manqua pas d'implorer la compassion de ce puissant prince. Dés Tan 800, le prêtre Zacharie était revenu de Jérusalem , où Karl Tavait envoyé avec des dons pieux, et avec lui le patriarche de la ville sainte avait envoyé deux moines chargés d'oiïrir au roi les clefs du sépulcre de Noire-Seigneur, comme marque de sa bénédiclion et comme gage de son salut. Karl , saisi de joie et touché d'une profonde émotion , reçut avec bienveillance et avec dignité les messagers et les congédia avec de riches présens. Mais après que le calife lui eut à son tour envoyé une ambassade, il alla plus loin. îl fit remettre au calife par de nouveaux ambassadeurs les objets qu'il regardait comme les plus précieux et les plus convenables dans son empire, des chenaux d'Espagne et des mulets , des étofTes de Frise de diverses couleur? , et des chiens de chasse vigoureux et bien dressés. Le calife ne resta pas en arriére. Ces mêmes ambassadeurs avaient apporté A Jérusalem dc^s dons et des présens qu'ils déposèrent sur le tombeau du Seigneur, et ils prièrent le calife de proléger les lieux saints et de veillera leur sûreté. Ilarun se

rendit voldnllérs à ces pieuses prières, avec une libéraliléque peut-être on n'aurait osé espérrr, il fit placer la ville de Jérusalem sous le nom de Karl et la soumit à sa suzei'aineté; mais il ft'eii déclara lui-même le défenseur comme représentant de Karl; il fit trahsmcllre oificiellemenl celte déclaration à rcmperéur, l'an 807, par une ambassade expresse par laquelle il lui envoyait de nouveaux présens précieux, riches ouvrages de l'industrie humaine, teci eut lieu dahs te même temps où Karl soutenait contre les l^iusulmans d'Espagne et d'Afrique une lutte variée, non-seulement sur les frontières des marches d'Espagne, mais aussi pour la défense des ties de Sardaigne et de Corse. Mais les chrétiens d'Orient se réjouirent delà protection du grand calife, et la ville sainte de Jérusalem continua de recevoir des secours de la libéralité et de la piété de Tempereur, et tout le monde chrétien fut ravi de la gloire et delà puissance du grand empereurqui savait étendre h une telle distance son appui et sa protection.

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