DES SAXONS
Dei'ansoiil'knSoi.
Karl, avant de rommchccr son voyage d'Italie, l'an 800, avait pourvu de toute manière à la sûreté des pays de son empire silués en deçà des Alpes ; mais il s'était attaché surtout à maintenir la tranquillité en Saxe. En général, à ce qu'il semble, ces mesures curent le succès qu'il ed attendait*, du moins rien ne peut Taire supposer que pendant son absence il se soil élevé un grave danger où qu'il y ait eu des événemens particuliers; mais il no pouvait compter avec certitude sur les Saxons : trente ans de lutte, de sang et de désolation n'avaient pas fatigué ces peuples. Les plus grands désastres les avaient abattus sans briser leurs âmes; le souvenir de Tanlique liberté de la patrie vivait toujours en eux, et les sanctuaires de leurs aïeux n'étaient pas encore oubliés, bien que la majeure partie des hommes de la génération nouvelle pût s'incliner devant la croix de cclm qui, selon les prêtres chi-éliens, avait apporta le salut du monde. Les masses restaient fidèles h l'ancien culte, et la foi nouvelle n'avait gag"^ que le petit nombre. En tout cas, en cxigennl la dtme pour un clergé hostile^ qui s'ëlait im-
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posé au pajri atcc retinemi de la liberté , qui le servait et qui s'edbrçait de concert atec lui d'cnleter et de souiller l'honneur des ancêtres, on éveilla dans les cœurs le désir de ramener les Jours heureui du passé, et la vue de la bannière royale^ qui contraignait à Thëribàn , ranima le souvenir du duc volontairement choisi et des drapeaux de la patrie libre, tant qu'il y eut encore un homme qui avait vu ces temps heureux et salué avec joie ces drapeaut dans le malheur comme dans la victoire. Aussi n'est-il pasinvraisemblableque, tandis que Karl se trouvait en Italie, il se passa où se prépara parmi les Saxons plus d'un fait qui parutdangcreux A l'empereur; car à peine fut*il revenu dans son palais d'Aix-la-Chapelle qu'il envoya, dés l'an 802, en Saxe une nouvelle armée qui s'avança jusqu'au delà de l'Elbe et traversa de nouveau le pays en le dévastant. Mais celte campagne no fut certainement pas entreprise sans un motif particulier, car l'empereur s'occupait précisément alors d'introduire dans son empire de nouvelles institutions très-importantes pour Tordre et la discipline de TÉglise, pour la sûreté et l'administration de la justice dans l'empire, et qui par là môme réclamaient sans partage son atlcnlion et son activité -, mais les documens que nous possédons sont trop misérables pour qu'il soit possible de présenter même une conjecture sur \û nature et l'étendue des évëncmcns accomplis en Saxe.
Dans cette expédition toutefois, un nouveau phénomène semble avoir donné à Fempereur la conviction que la sagesse avec laquelle Alcuin Tavait exhorté à la patience el aux ménagcmens ne siiflisait plus; quMl fallait maintenant terminer à tout prix la lutte contre la Saxe. Le sentiment de la dignité impériale peut avoii* contribué à cette conviction^ peut-être aussi les conseils du pape , qui semble avoir appuyé les instances des ecclésiastiques; ce qui dut y contribuer surtout, c'est Tâgc avancé de Tempereur; il dut penser que les jours de la vie humaine sontcomptés, et qu'il n'étaitpas sage de transmettre pour héritage à ses fils la guerre avec les Sajtons. TJn grand mouvement se manifesta parmi les peuples qui habitaient au nord et qu'on a l'habitude d'appeler Nordmans; les Saxons firent alliance avec eux.
Les pays au nord du Tcutscbland étaient habités par des peuples ftpres comme la na-
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ture de leur sol el forts comme les rochers de leurs montagnes. Ils étaient de race germani* que el vivaient h la manière des Germains, Divisés en une multitude de petites sociétés analogues aux cantons des Teutschs, ils avaient à leur tête dés jar/s ou comtes électifs. Ligués souvent les uns avec les autres, où les uns contre les autres pour Taltaque ou pour la défense , ils élevaient un roi comme chef de la confédération. Les propriétaires fonciers étaient les citoyens de l'Ëlat, des hommes libres, tous égaux, et seulement par leur propre résolution défenseurs de la chose publique, appelés tceAren^ herser ou heermannen^ c'est-à-dire gardes ou hommes de guerre. Maîtres absolus sur leurs terres, les pères transmettaient leurs propriétés à leurs fils aînés ; car cette nature envieuse, dont les arts de Thomme n'avaient pas encore su forcer la lésislance à le servir, rendait impossible un partage des terres, parce que de grandes exploitations rurales pouvaient seules assurer le bien-être qui était nécessaire à la subsistance et aux progrès de la vie. Pour cette même raison, les fils puînés, expulsés de la maison paternelle ou placés à son égard dans un rapport équivoque, durent se sentir entraînés à chercher à leur propre manière la subsistance, l'honneur et la liberté. La manière dont les choses se passèrent dans le principe est incertstine ; on ne sait pas non plus combien de siècles s'écoulèrent avant que ce besoin devînt sensible; mais les Nordmans reconnurent de bonne heure leur carrière. La mer, qui entoure ces pays d'une multitude d'îles et qui projette partout des pointes dans les terres, perdit bientôt pour eux sa terreur, parce que , si elle se déchaîne souvent en tempêtes formidables contre les écueils de la côte, elle s'approche plus souvent encore tranquille et paisible du rivage. Les richesses de la mer attirèrent les habitans des fies et du continent, et le besoin les força à la pêche. La nécessité leur donna un esprit inventif pour la construction des navires et pour l'art de la navigation. Dans le produit de leurs elTorts, ils trouvaient une riche récompense de leurs peines, et par de nouveaux efforts , ils apprirent à éviter les dangers ou se familiarisèrent avec eux. Continuellement exposés aux vents et aux vagues, aux orages çt aux flots, jetés à découvert au milieu des vicisssitudcs de bonheur et de malheur, de vie el de mort, jamais tranquilles, ja-
mais ^lidemenl établis, jamais en sûreté, ils gagnOrcnl une certaine élévation de pensée et un orgueil méprisant ^ et comme ils étaient en lutte continuelle avec la société humaine, aussi bien qu'avec la nature, les entreprises dépêche se changèrent de bonne heure en courses pour le pillage et le butin. Les jeunes gens les plus habiles et les plus résolus préférèrent à tout ces courses, parce qu'ils y trouvaient plus d'occasions d'assurer leur coup d'œil, d'exercer leur génie, d'éprouver leurs bras, de déployer leur bravoure. Ils regardaient encore comme plus honorable de porter les armes que de jeter le filet, et les produits d'exploits guerriers étaient à leurs yeux plus dignes d'un homme que les produits d'un travail vulgaire. Ils se maintinrent par là sur le pied de Tégalilé avec leurs frères dans leur patï*ie. Ils réunirent donc leurs barques et se choisirent un chef, le roi des mers (1) . ils le suivirent partout où il les conduisit, en formant un corps de compagnons maritimes. Ils longeaient les côtes , débarquaient sur les rochers et sur des écucils, dans des ravins et dans des anses, s'emparaient de petites tles à l'embouchure des fleuves, remontaient ceu^-ci , débarquaient de côté et d'autre, enlevaient tout ce qu'ils pouvaient trouver, hommes et choses, et le tout comme un butin bien acquis, cherchant ou évitant les combats selon leurs forces. Tantôt ils se risquaient en pleine mer, surprenaient les vaisseaux des marchands, et après les avoir vaincus, les conduisaient sur les côtes de leur patrie : tout ce qu'ils acquéraient par la ruse ou par les armes, ils le regardaient comme une propriété commune , qu'ils se partageaient au sort.
Ce genre de vie avait un charme d'autant plus grand qu'il fournissait aux hommes qui s'y livraient plus d'occasions de s'essayer et d'exercer toutes les forces de Tespril et du corps; qu'il présentait plus d'alternatives entre les plus grands dangers et la plus grande sécurité, entre l'extrême misère et le repos le plus joyeux, entre les privations les plus pénibles et les plaisirs hîs plus doux. Il forma une race téméraire qui, ne reculant devant rien, ne redoutant rien, poussa l'audace (dans les lierserker) jusqu'au delà des limites de Tintelligencc humaine. Il produisit un héroïsme aventureux qui fut alimenté par les chants et les traditions, et acquit par eux de la gloire , de l'honneuri de la célébrité et qui par là ne con-
naissait, ne aoupçonnait même pas la honte attachée à la vie de brigands.
La profonde obscurité qui couvre les évènemens accomplis dans les pays du Nord ne permet pas à l'histoire d'en suivre la marche; les traditions postérieures n'éclaircisscnt rien. Parlant de quelques héros et de leurs exploits, confondant l'ancien et le nouveau, les aotécédens et les conséquens, mêlant le religieux et le terrestre, réunissant tout d'une manière fabuleuse , elle rend bien témoignage des mœurs et des usages des peuples du Nord , mais elle ne donne aucun fll qui puisse guider le critique à travers ces temps. D'après la nature des choses toutefois, il est vraisemblable, comme cela paraît résulter de ces traditions que, partis de petits commencemens, ils se développèrent de plus en plus dans toutes les directions, jusqu'à ce qu'enfin les pays les plus éloignés ne furent plus éloignés pour eux. Tandis que la jeunesse de la Suède , d'une partie de la Norvège et du Danemark, frayait le chemin de Test (ostroeg) (2) et, en remontant la mer Baltique, visitait tantôt les côtes teuisches, celles de la Prusse et de la Livonie, jusqu'à la Newa, pour le commerce, et tantôt en faisait le tlicâlre de ses exploits et de la terreur qu'elle inspirait (3), d'autres bandes, parties de Taulre côté du pays , de la Norvège, du Danemark et du Julland, suivaient les côtes jusque dans la Gaule et au delà, puis jusque dans Ttle de Bretagne, et remontaient de là vers l'Ecosse, et la terre d'Iren , elle-même , ne fut pas cparguée par elles. Sans doute de jeunes Teulschs se joignirent à eux, tantôt pour se garantir contre eux, tantôt pour partager leur butin. 11 ^e peut que, dans le principe, les Saxons et les Frisons aient été plus d'une fois leur avantgarde et leurs guides, jusqu'à ce qu'cnliD, vaincus ou écrasés par les Franks , ils furent eux-mêmes exposés aux attaques cl au pillage de ceux dont plus d'une fois peul-èlre ils avaient été les maîtres et les directeurs. Par suite de l'ignorance où l'on était de la po^i* lion des peuples et de leurs noms, les Romains appelèrent Saxons les premiers aventuriers qui parurent sur les côtes septentrionales de leur empire et qui s'y rendirent si redoutables. Les aventuriers qui les suivirent au cunlraîre cl qui furent le fléau des pays maritimes du nord de l'empire des Franks reçurent de ceux-ci le nom générai de Nordmans, tandis qu'en An-
glclcrr& et en Irlande, on les désignait sous d'autres dénomînalions. Il est tout aussi impossible ide décider s'il n*y eut pas aussi des Nordmans parmi ces Saxons qu^il reste incertain si les Nordmans qui les suivirent n'eurent pas aussi parmi eux des Saxons et d'autres Tculschs. Ce ne Tut que plus tard qu'on apprit à distinguer les Teufschs septentrionaux des Danois, des Suédois et des Norvégiens, comme aussi à distinguer ces peuples les uns des autres.
Car lorsque les peuples leutschs , changeant leur ancien système de défense en système d'attaque contre leurs anciens ennemis , commencèrent, au troisième siècle, à faire irruption dans Fempire romain et se montrèrent déjà par mer, sur les côtes de la Gaule, comme des ennemis dangereux, les Romains se virent forcés de prendre contre ces Saxons des mesures particulières de défense et de les maintenir continuellement, tant qu'ils regardèrent encore comme possible de dompter les Teulschs (4) -, car ces troupes de pirates ne disparurent que lorsque Tcmpire romain eut été entièrement détruit. En même temps , au milieu du cinquième siècle, grâce à la dissolution de toutes les relations sociales dans Tfle de Bretagne, ils y avaient exercé leurs vols et leurs brigandages. Appelés d'abord , ils s'imposèrent ensuite et s'établirent solidement sur les côtes du sudest. A partir de celle époque , il s'éleva une lutte longue et sanglante dans l'tle de Bretagne : elle se prolongea durant des siècles ; mais les Saxons , au milieu d'horribles bouleverscmcns, gagnèrent toujours plus de terrain. Cette conquête attira tous les coureurs de mer -, ils trouvèrent dans l'Ile de Bretagne ce qu ils cherchaient, un théâtre pour leurs exploits, de Tespace pour leur vie, du biitin et des possessions jusqu'à la pointe septentrionale de TÉcosse , Jusqu'aux, ties Orcades, et remplirent tout do la terreur de leufs armes. Par là le conlinenl fut épargné par eux durant les six et septième siècles et pendant la plus grande parlie du huitième. Ils ne manquèrent pas toutefois do rappeler de temps à autre leur souvenir, bien que sous un autre nom , sous celui de Danois ou de Nordmans. Naturellement aussi leur but était diflerent : autrefois ils avaient appuyé les entreprises des Franks contre l'empire romain *, maintenant leurs armés étaient tournées contre les Franks , et s'ils se