‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 203 sur 298 · LIV. XT, CHAP. II. S · texte numérisé non relu

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montraient sur les côtes delà Frise, ils le faisaient sans doute plutôt pour soulever les Frisons contre les Franks que pour piller les Frisons eux-mêmes.

Mais depuis que Karl-le>Grand avait com« mencé en Saxe son œuvre aussi nécessaire que sanglante, les relations s'étaient réellement changées. Lorsque ce puissant conquérant aurait soumis les Saxons, où voulait-il s'arrêter ? où voulait-il finir ? Dans le fait il y avait à peine une frontière saxonne au Nord, en deçà de la mer. Les nationalités ne se sont séparées et formées que successivement. Les Tculschs et les Danois, peuples dont la parenté était si intime, ne s'étaient probablement distingués qu'à peine les uns des autres. Les habilans des pays que nous appelons Ilolstein, Schles^ig, Jutland, voyaient leur propre sort dans celui des Westfalicns et des Oslfaliens. Tous avaient tout à craindre d'autant plus que la masse des hom* mes libres devenait toujours moindre, Tappui toujours plus faible. Un grand nombre de Saxons soumis sauvèrent leur vie et leur liberté en se retirant chez les peuples du Nord. Ce que nous avons raconté de Widukind peut s'appliquer à beaucoup de ses compatriotes, dont les noms sont restés inconnus à Thistoire. Certes les fugitifs s'efforcèrent de soulever toutes les passions chez leurs parens, chez leurs frères, ils les prémunirent contre le vasselage des Franks aussi bien que contre leur croix \ et les Nordmans, qui jusqu'alors avaient cherché volontairement de lointaines aventures, qui maintenant au contraire étaient menacés dans la sécurité de leur ancienne patrie, entrèrent au loin en mouvement. Bien des choses peuvent être faites dont ne parle aucune tradition, d'autres faits sont à peine indiqués^ cependant il n'est pas douteux que tandis que les Nordmans recommencèrent avec une nouvelle impétuosité leurs anciennes courses maritimes et troublèrent le repos des côtes de l'empire des Franks, de grandes forces territoriales furent aussi rassemblées sur la rive septentrionale de l'Elbe inférieur, et à leur tête se plaça un prince appelé Gotrick et auquel les Franks donnent le nom de Godofrid , roi des Danois. Karl ne méprisa pas ce nouvel ennemi. Si celui-ci ne pouvait Texposer à aucun danger réel, il pouvait devenir du moins très-incommode et très-inquiétant. Il pouvait exercer une influence désastreuse, alimenter les troubles en

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Saxe et rendra; (out incertain. Contre Ic8 rois, des mers et les avcnluricrs qui les accompagnaient, ii éleva sur les côtes et aux embouchures des fleuves des relranchcmens et des fortifications, afin de prévenir toute descente ou du moins de la rendre diflicile. Avant son dernier voyage en Italie , il avait visité luimême une partie de ces élablisscmens, pour s'assurer de la bonne exécution de ces travaux et de la vigilance des garnisons. Dans la suite il fit construire contre celle race de pillards une flotte dont le port de Boulogne devait être le point de réunion ; il fit rétablir dans ce port le pbarc qui, dés le temps des Romains, y avait servi de signal et de point de direction aux navigateurs. Par ces mesures, il réussit sans doute à éloigner des côtes, pendant sa vie, ce peuple de pillards *, mais il ne put pas mettre à Tabri de leurs attaques les îles qui se trouvent sur les côlés de la Saxe et de la Frise; il dut môme soulTrir que les IVordmans s'établissent dans plusieurs d'entre elles. D'autre part, Karl avait essayé déjà par sa prudence et son liabilcté de rendre inofl'ensives les forces de terre réunies sous le roi Godofrid. De même qu'il avait réussi à faire entrer dans son alliance les voisins orientaux des Saxons, les Slaves Abodritçs, <\e môme il espérait attirer dans ses intérêts un prince germanique si voisin des Saxons du Nord, et il semble que dans le principe ses artifices ne furent pas sans succès. La rapidité et la fortune de Karl contre les Saxons, sans doute la renonciation de Widukind à la cause de ce peuple, peuvent avoir contribué ù tenir les Saxons dans Tinaclion ; de plus ii était certainement tout aussi diiTicilc de réunir les petits peuples du Nord contre lesFranks qu'il Tavait élé jadis de Tormer de grandes ligues entre les cantons teutschs contre la puissance des Romains*, mais la terreur qu'inspiraient les Franks ne se dissipa point, les tentatives faites du sein de leur empire pour la propagation du christianisme irritaient les âmes. 11 s'éleva un nouvel enthousiasme pour la religion des ancêtres, et la haine contre les cruels conque-» rans trouva des alimens dans le désespoir avec lequel les Saxons annoncèrent continuellement aux Nordmans la ruine de leur liberté héréditaire et l'anéanlissemenl du culte national. Ainsi de nouveaux projets peuvent avoir élé formés pendant que Karl se trouvait en Italie, et il se peut qu'en 802, lorsque ce prince en-

voya de nouvelles troupes jusque sur TEIbc in« férieur, il ait eu la cerlitqde de ces projets et de Tespérance que les Saxons avaient fondée sur l'appui des Nordmans.

Karl semble avoir cru qu'il fallait prévenir de nouveaux soulévemens, prendre des précautions et pour le moment cl pour ravenir^ il employa donc tous les moyens dont il put disposer et tous les instrumens dont il était le maître. L'an 803 se passa en préparatifs pour une bataille décisive. L'empereur se rendit luimême dans le Teutschland méridional, chez les Allemanni d^^ deux rives du Rhin, et chez les Bavarois. Sans doute il voulait se convaiocre de l'étal de ces pays et des relations et des dispositions de leurs habilans -, il voulait pour des cas possibles aiïermir la tranquillité dans ces contrées et probablement aussi ranger sous sa bannière un certain nombre de guerriers pour les conduire l'année suivante contre les Saxons. En même tenips il chercha à détruire chez les Saxons l'esprit qui leur atait donaé les moyens de ce réunir et de s'animer. Tandis que les ecclésiastiques mettaient en œuvre tou^ tes les ressources qu'ils trouvaient dans leur zèle pieux, d^ins leur longue expérience, dans leur action commune, il sépara de leurs peuples les hommes les plus éminons qui, par leurs propriétés territoriales, par leur réputation, par leurs exploits, exerçaient l'influence la plus puissante -, il les combla de faveurs et de grâces, les appela prés de lui, les revêtit de dignités ou leur assigna des flefs dans d'autres parties de l'empire et leur assura d'autres avantages. Lorsque de celle manière, il eut éveillé parmi les Saxons des passions de toute espèce, lorsqu'il eut jeté parmi eux les semences de nouvelles discordes, lorsqu'il eut isolé les masses et qu'il les eut mises h découvert, il voulut, l'an 804, frapper sans pitié le coup décisif.

Au printemps de celte année, il se rendit d'Aix-la-Chapelle, où il avait passé Thivcr, à Niméguc. Dans Télé il tint une grande dièio près des sources de la Lippe; il y exposa ses vues à ses vassaux et à ses fidèles et les persuada d'autant plus facilement qu'il pouvait leur n^ontrer en perspective de nouveaux Gcft en Saxe. Immédiatement après, il se mit en route avec son armée, passa le Wéscr et s'avança jusqu'à l'Aller. Il dressa son camp dans un endroit qu'on appelle Holdonstat (d). Ui Ttirasucho, prince des Abodriles, vint i lui, sur

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fiOQ invitation peutrètre, et lui offrit de riches présens. Kar| le reconnut comme roi de son peuple^ séduit par ce liirc, il accepta sans doute la participation qu'on lui avait réservée à l'exécution ultérieure des projets formés contre les Saxons. Puis Karl envoya ses troupes parmi les Saxons, t^itndit^ que les Abodrites s'avancèrent avec leurs forces sur la riyo droite do 1 Klbe. Les Saxons, dispersés d^ns leurs métairies, sans appui et sans un chef qui les animât, attendant en vain l'arrivée de Godofrid, roi des Danois, furent surpris par ces deux ar* mces, et fait§ ci|plif$i sans défense. Dans le pays de Wihmodep, entre le Wéser et l'Elbp, aussi lien que daqs celui des Saxons de l'autre côté de ce fleuve, un grand nombre d'individus se virent enleycr les biens de leurs pères et leur liberté héréditaire : ils furent entraînés sur Tau- Ire rive du Rhin. Laces infortunés furent dispersés et dirigés sur des points divers, afin que séparés de leur peuple, éloignés des sanctuaires de la patrie, entourés de la force du vasselage et de la puissance de l'Eglise chrétienne cl de ses servricurs, leur génie fût paralysé, leur cœur brisé: afin qu'ils fussent mis dans l*impos-r §ibililé de nuire et qu'ils apprissent à obéir aux ordres de l'empereur. Eighard fait monter à dix mille familles les nombre des victimes de ce sort cruel. Mais qui a compté la mullilude de CCS victimes de la supériorité du nombre et d'une heureuse violence ?

Danslç môme temps où ces cruautés remplirent la Saxe de crainte et de terreur, le roi des Danois, Godofrid, avait rassemblé ses forces de mer el de terre dans un endroit appelé Slieslhorp (6), sur la frontière delà Saxe, mais le coup décisif avait été déjù frappé, et Godofrid a^it manqué l'occasion de se couvrir de gloire. L'empereur toutefois dirigeait vers lui des regards inquiets, il pouvait lui sembler dangereux de se hasarder aussi loin vers le nord, el de laisser derrière lui les Saxons maltraités. Il voulut du moins essayer de gagner le roi par des voies paciflques. Il envoya donc de son camp de Iloldonslat un message à Godofrid, et le fit inviter à une entrevue. Le roi promit de s'y rendre, peut-être dans le premier trouble que lui causa le malheur des Saxons ^ mais lorsqu'il fut revenu à lui, il craignit de s'approcher du rodoulabic empereur, soit qu'il redoutât quelque violence, soit qu'il reculât devant les artifices de Karl, soit enfin

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que son esprit indépendant d^daigqftl de pa« rattrc devant un prince étranger comme s'il avait besoin de sa pitié et de le saliicr dans le pays de ses alliés foulés aux pieds et au milieu de tant de ruines. Karl ne jugea pas convena* ble de punir de ce refus un roi si fier; bien plus, il se peut qu'il ail eu le pressentiment que p1u« lard viendrait du Nord la vengeance que met ritait la désolation de la Saxe. Sous l'empire do ce pressentiment peut-être, et après avoir dis-> tribué à ses fidèles les biens des infortunés qu'il avait arrachée à leur patrie , Karl quilta le^ terres saxonnes de la rive droite de l'Elbe qp!il availsinon dépeuplées du moins privées deleurs habilans les plus actifs^ et les donna aux Slaves Abodrites, ses alliés, sur la fidélité desquels il semble avoir compté parce que jusqu'alors ils ne l'avaient pas violée. On ne peut décider, parce que les données certaines manquent, jusqu'où s'étendaient les pays qu'il céda à ce^ Abodrites. Ce qui ne souffre aucun doute c'est que le but de l'empereur en introduisant ce ppuplc étranger était de séparpr les Saxons des Danois et de placer sur les flancs de ceux-, ci un ennemi qu'ils devaient hériter à renvcr-r ser pour arriver jusqu'à lui.

Mais en Saxe, la guerre était désormais ter? minée. Les Saj^ons se soumirent au sort qq^ila n'avaient pu détourner par une lutte opiniâirq de trente-deux ans. a Les conditions, dit Einhard,quele roi prescrivit furent acceptées par euxi Ils rejetèrent le cal(e des démons ; ils abandonnèrent les usages nationaux ; ils acceptèrent les sacremens de la foi et do la religion chrélienne, et incorporés aux Franks, ils ne formèrent plus avec eux qu'un seul peuple^ » En d'autres termes ils furent traitésen TeulschS| en compatriotes des Franks. Ils furent placés à l'égard de Tempire dans les mêmes relations où se trouvaient les Bavarois, les Souabes el les Thuringicns. Ils renoncèrent à leur anr cienne liberté qui avait reposé sur une purç propriété territoriale \ bien que demeurant sur leur héritage paternel el sans devenir vassaux^ ils furent considérés comme vassaux du roi et^ en celte qualité, soumis à l'hériban de l'empire { iU reçurent le baplême, admirent parmi qux^ les serviteurs de l'Eglise chrétienne, suivirent leurs ordres, tolérèrent les huil évOchés que Karl-lo-Grand avait depuis longtemps essayé de fonder chez eux, et payèrent la dîme des produits de l'agriculture, Cependant ils no fl^

rent aucune de ces choses avec plaisir» Mais ce ^ peuple brisé clail hors d'élal de rejeter les prescriptions de son oppresseur cl de refuser Tobéissance de son maflrc. Car ù partir de ce temps on appliqua sans doute conlre le» récal> ctlrans les ordonnances que déjà Karl avait émises auparavant, dans son arrogance et dans sa colère, pour les effrayer et les empocher de résister, mais qu'il n'avait pu exécuter que rarement ou en partie. Il les émit alors seulement, tandis que dans les cantons nouvellement formés, des comtes impériaux, placés sous la bannière impériale, mirent en vigueur les lois nationales qui avaient été réunies, modiflées et transcrites par Tordre de Karl. Los Frisons suivirent le sort des Saxons, et bientôt, si Ton n'eiïaça pas partout les souvenirs de Tancien temps de liberté, on étouffa du moins Tosprit qui avait animé la vie des ancêtres. Une nouvelle génération grandit sous la magnificence de Tempire et dans la grâce de la croix ^ les doctrines divines de la religion chrétienne et la connaissance des arts, qui furent répandues par la présence de celte religion en Saxe pour le bonheur et les progrès du pays, consolèrent avec le temps les hommes de la perle des biens terrestres. L'ancien sentiment national cependant se conserva chez les Saxons, et jamais ils ne s'altachèrent entièrement à Tempire auquel ils avaient été violemment enchaînés.

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