‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 204 sur 298 · INSTITUTIONS ECCLÉSIASTIQUES ET CIVILES DE KARL-LE-GRAND EN SAXE · texte numérisé non relu

INSTITUTIONS ECCLÉSIASTIQUES ET CIVILES DE KARL-LE-GRAND EN SAXE

L'opinion que l'empereur Karl mil en pleine vigueur dès Tan 804 toutes les institutions que précédemment déjà il avait arrêtées pour la Saxe ou qu'il arrêta encore 6 cette époque; qu'il fit désormais exécuter de force ses ordonnances ', qu'il donna un entier effet aux'lois des Saxons telles qu'il avait jugé convenable de les reconnatire et de les modifier ; cette opinion peut être exprimée avec confiance, parce que les mesures qu'il prit cette année prouvent à la fois la fermeté de sa volonté et 1 impuissance des Saxons *, mais il n'est pas aisé de faire connaître ces ordonnances et ces institutions elles-mêmes, et bien que nous ayons sous les yeux les lois des Saxons , celles-ci présentent aussi de grandes difllcullés.

Il n'est pas douteux que Karl n'ait songé

dès le moment qu'il pénétra en Satc h fonder dans ce pays de nouveaux évôchés. L'exempte do ses prédécesseurs , sa propre dévotion, k position des peuples lui firent un devoir et une nécessité de celle fondation. Elles cccléâiasliques ne manquèrent pas, dans leur zèle pieux, de les lui rappeler. Il n'est pas moins hors de doute que Karl fonda successivement pendant la guerre les huit évôchés de Saxe que nous avons nommés plus haut *, mais il n'est pat vraisemblable qu'il ait résolu dès les premiers temps de la guerre d'élever le nombre des évôchés aussi haut qu'il le fut dans la suite. Une connaissance plus exacte du pays et des besoins de ses habitans l'amena seule à former et à exécuter cette résolution ; certainement aussi on ne s'accorda qu'avec le temps sur les lieux où l'on pourrait ériger le plus convena* blement les sièges épiscopaux; aussi ne peuton indiquer avec précision l'année de la fon* dation d'aucun évôché saxon , parce qu'entre la pensée et la résolution , entre la nomination d'un évoque et sa vérilablc institution , il put s'écouler partout un temps assez long(l). Les limites des diocèses ne furent arrêtées que plus lard, après que la guerre eut été terminée, et il put se passer beaucoup de temps avant que toute la Saxe cl une partie des Frisons fussent tellement divisées que chaque évoque put acquérir d'une manière incontestable les délimi* talions de son évêché , que chaque communauté saxonne et frisonne put dire avec ccriitude à quel pasteur spirituel elle appartenait. Dans l'église do Brème on conservait dès le dixième siècle un acte dans lequel on préten* dail avoir la charte de la fondation de rèvèché de Brème et qu'on a considéré comme tel. On prétend que cet acte fut donné à Spire l'an 788. Bien que Karl se soit trouvé vers cette époque dans le Teulschland méridional , et que par conséquent il put bien donner un diplôme i Spire, l'authenlicilé de ces lettres de fondation n'en est pas moins fort douteuse. Ce qui les rend suspectes, ce ne sont pas seulement quelques expressions, mais surtout la grande précision avec laquelle elles déterminent lc« limites de lévêché. En général, c'était une tendance particulière aux siècles que nous avons coutume d'appeler le moyen âge, de donner une base historique aux relations qu» existaient cl auxquelles on ne pouvait assi- I gner ni une origine ni un commencement fisc

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Ce qui existait depuis longtemps était , selon ropinioD commune , à Tabri de la puissance du temps y et les bases les plus solides semblaient être celles qui reposaient sur une charte de fondation donnée par les grands hommes des temps anciens. Cependant par ces prétentions on gagna ou on atteignit rarement un but nouveau ; on ne faisait que s'attribuer la possession réelle comme possession légitime qu'on défendait ensuite.

Bien qu'on puisse laisser ces choses dans le doute d'autant plus facilement que la formation ultérieure de la vie dépend moins de Tune et de l'autre de ces suppositions , il est hors de doute qu'après les malheurs de l'an 804 , les évèchés saxons peuvent être considérés comme solidement et sûrement établis -, qu'avec eux fut complétée toute l'organisation ecclésiastique telle qu'elle existait dans l'empire des Franks ; que la religion chrétienne fut désormais dominante et que tous les Saxons, bien que beaucoup d'entre eux conservassent encore longtemps les idées païennes et restassent peut-être secrètement adonnés aux pratiques et aux superstitions de l'idolfttrie, reçurent non-seulement eux-mêmes le baptême et le firent donner à leurs enfans, mais observèrent toutes les cérémonies de l'Eglise et remplirent toutes les obligations que le clergé leur imposa et auxquelles on les soumit & son égard. Il ne leur restait pas d'autre ressource : les ordres redoutables de Karl ne les contraignirent pas sans doute à la foi et aux dispositions chrétiennes , mais ils les forcèrent du moins à se rendre à l'église , aux fonts baptismaux et au pied de l'autel.

Karl, pendant la génération employée tout entière à la guerre contre les Saxons , avait publié, avec l'assentiment de ses fidèles, plusieurs ordonnances relatives aux relations ecclésiastiques, aussi bien qu^aux affaires temporelles/Sans doute aussi les Saxons qui, par séduction ou par découragement, par crainte ou par faveur , s'étaient déclarés pour le conquérant , avaient donné leur consentement à ses ordonnances. Il se peut que celles-ci , par rapport au temps et aux circonstances, n'aient pas été toutes sans douceur et sans humanité : car l'espérance de voir les Saxons se soumettre enfin volontairement au joug du système féodal et de l'Église n'avait pas encore abandonné ce prince si formidable dans la

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guerre; mais désormais, après l'issue violente de la lutte , l'empereur fit réunir une série de dispositions légales dont la dureté allait jusqu'à la cruauté.

Tout homme qui s'introduira dans une église et en détournera quelque chose par la violence ou par le vol, ou qui mettra le feu à une église, sera puni de mort. Tout homme qui méprisera le carême et mangera de la viande pendant ce temps sera puni de mort. Il ne pouvait être sauvé que si le prêtre rendait témoignage qu'il n'avait mangé de viande que par nécessité. Tout homme qui , selon l'usage des païens, brûlera un cadavre doit être puni de mort. On devait ensevelir les morts dans les cimetières. Sera puni également de mort tout homme qui cherchera à se soustraire au baptême et qui , de concert avec des païens , dressera des embûches contre des chrétiens. Cette peine terrible ne devait toutefois pas être exécutée si le crime avait été commis en secret et si le coupable cherchait volontairement un asile auprès d'un prêtre, lui révélait son crime , promettait d'en faire pénitence et obtenait sur toutes ces circonstances une attestation du prêtre. Par cette restriction, on voulait sans doute adoucir la dureté de la loi ; mais certainement aussi on voulait engager et provoquer la révélation d'actes désignés comme crimes, et il est bien possible qu'il se soit introduit parmi les loyaux Saxons une certaine délation qui peut-être augmenta le nombre de baptêmes et qui certainement contribua très-peu aux progrés de la morale.

Indépendamment de cette pénalité , ces ordonnances établirent encore ce qui suit par rapport aux relations ecclésiastiques. Les habitans d'un canton étaient tenus de donner à chaque église une métairie et deux manses de terre; par cent-vingt hommes, edelings, frilings et lites, on devait livrer à cette même église un valet et une servante. De tous les revenus du fisc et de tout ce qui revenait au roi, la dixième partie devait être donnée aux églises et aux prêtres, et chaque Saxon, qu'il fût edeling, frtling ou lite, devait également payer à l'église et aux prêtres la dime du produit de ses propriétés et de son travail. Les dimanches et les jours de fête, aucune réunion publique ne devait avoir lieu, hors le cas de nécessité , mais chacun devait se rendre à l'église pour écou-

Histoire du peîiple allemand.

ter les paroles divines et pour se livrer anx i prières el à des exercices de piélé.Tou» les enfans devaient ôlre baptisés dans Tannée do leur naissance. Celui qui, sans Tavisct sans la pertnission d'un prêtre, n'apportait pas son enfant au baptême dans le cours de la première année devait payer au fisc cent sols s'il était edeling, Boiiante sols s'il était friling, et trente sols s'il était lite. Dix sols devaient être considérés comme l'équivalent d'un bœur. Enfin tout criminel devait trouver un asile dans l'église : personne ne devait l'en arracher par la force *, mais il devait rester en paix, et sa vie et ses membres devaient être intacts. Il devait réparer son crime selon ses moyens, puis on devait le conduire devant le roi, qui lui fixerait à son choix un séjour.

Dans l'examen de ces ordonnances , qui du reste concernent non^seulement les affaires ecclésiastiques, mais aussi des choses temporel^ les, quelques détails surprennent, d'autres ne sont pas indignes d'attention.

Ce qui est surprenant, c'est que deux fois, au commencement, avant Tindicalion des crimes qui doivent être punis de mort, et ensuite avant les autres prescriptions qu'accompagne une peine moindre ou non déterminée, il est -dit : M Que tous ont approuvé ^ que tous ont consenti. » Cette expression prouve que l'on discutait les ordonnances dans les assemblées nationales. Mais on ne sait pas de quels hommes ces assemblées se composaient, qui étaient ces lotis qui avaient donné leur assentiment k des lois si dures. L'an 797 , Karl avait tenu t Aix-la-Chapelle une assemblée d'évêques, ^'abbés et de comtes ; on y avait convoqué aussi des Saxons, et si d'ailleurs l'adhésion de ceux-ci aux résolutions qui furent prises est sincère ) des Westfaliens, des Angriensct des Ostfaliens. Cependant il est diflicilc de croire que les Saxons aient été consultés dans les délibérations élevées au sujet de ces chûtimens sévères et qu'ils y aient donné leur assentiment; bien plus, il est vraisemblable quoKarl ne fit ces lois qu'avec le consentement do ses fidèles franks , ecclésiastiques et laïques , et qu'il les notifia aux Saxons comme des ordres -, autrement cette expression tous et le peupU est indéterminée; car probablement on ne put consulter pour la rédaction des lois nouvelles que tous ceux qui avaient paru réellement aux assemblées publiques, par conséquent seule-

ment les évêques et les abbés, les comtes et te autres grands vassaux ; et ceux-ct formaient seuls le peuple, ou du moins le représentaient. Si en conséquence, des Saxons prirent part atit résolutions arrêtées contre leur patrie, ce a èlaient du moins que des Saxons qui , sèdaib par Karl ou attirés par la force de la fortune et de la victoire, avaient pris depuis longlemi» le parti des Franks et du christianisme, et qui pour cette raison , revêtus peut-être de fonctions publiques , devaient eux-mêmes craindre le plus la colère de leur peuple.

Ce qui n'est pas moins surprenant, bien que ce phénomène ne se présente pas pour la première fois, c'est que, dans ces ordonnances, ainsi que dans le code des Saxons , il est fait une distinction entre les Saxons libres. Lei edclings sont distingués dos frilings. Si celte distinction n'existait pas chez les écrivain^ elle ne pourrait nous surprendre ; olie aurait pu être établie dans le même sens où l'on a divisé les hommes libres d'après leurs possessions et d'après leur position parmi les peuples. Mais les edelings , chez les Saxons comme ehet les Thuringiens et les Frisons , paraissent ici et ailleurs comme une classe dMiommes auxquels sont attribués des droits particuliers.

Deux cas sont possibles. Ces relations peuvent avoir pris naissance très^ancîennemcnt chez les Saxons et être résultées de la vie particulière de ce peuple ) ou bien elles purent î^ire tine création de Karl-le-Grand et ne s'être introduites qu^après la soumission du peuple saxon.

Le premier cas n'est pas vraisemblable. Co serait une contradiction avec tous les faits antérieurs delà vie des peuples teutschs; et, chez les Saxons , on ne trouve rien qui puisse expliquer une telle déviation. Sans doute, cbei les Saxons comme chez d'autres peuples tcutschs , les mots edeling et friling peuvent avoir été en vigueur dès les anciens temps, et ici comme ailleurs ils peuvent avoir distingué les grandes famitles des seigneurs territoriaux chargés de la direction des afilaires publiqtics et 1rs petites familles libres qui cultivaient elles-mêmes leurs terres. Mais partout ils ^ résultaient que des usages et de la vie sociale, et rien ne nous autorise à supposer qu'antérieurement à Karl-le-Grand ils aient désigné une distinction légale entre les hpmmcs libre**

Bien pttt« , peu de temps encore avant l'entière soumiftsion de ces peuples, il est parlé des hommes éminens de la Saxe , non-seulement par les écrivains , mais aussi dans les diplômes , dans les lettres et dans les lois en d'autres expressions, par conséquent d'une outre manière qu'il serait difficile de concilier avec cette opinion. Il est difficile de croire aussi que les Franks aient reconnu en Saxe une noblesse avec des privilèges s'ils Ty avaient trouvée tout établie. Eux-mêmes n'avaient pas de noblesse. Depuis longtemps sans doute il y avait parmi eux des familles grandes et illustres, mais à celte époque ils ne connaissaient pas plus dlnègalilé de droits qu'ils n'en avaient reconnu aux époques antérieures. Or, les Saxons avaient été battus par eux depuis une génération \ accoutumés à la victoire , ils avaient eu beaucoup à souffrir des Saxons ; beaucoup de sang avait coulé môme de leur côté; de grands sacrifices avalent été faits ; il s'était élevé en eux une profonde exaspération qui empochait de rien respecter , de rien ménager , pas môme les sentimens les plus sacrés du cœur humain. A leurs yeux , tous les Saxons étaient également odieux , et certainement ils auraient repoussé les prétentions d'uneclasse d'hommes qui se serait présentée à eux en exigeant des privilèges.

Il se peut donc que le second cas ait eu lieu. On peut regarder comme certain que KarMe- Grand , profitant des distinctions que les mœurs :avaicnt introduites en Saxe , entre les edelings et les friiings, ail le premier établi une distinction légale et créé par lé une noblesse privilégiée parmi les Saxons. Du moins cette conduite de la part d'un homme aussi prudent peut s'expliquer parfaitement. Les mêmes motifs, en effet, qui avaient décidé les rois mérovingiens à reconnaître en Thuringe une noblesse privilégiée, agirent sans doute sur Karlle-6rand et sur ses Franks par rapport aux Saxons et aux Frisons ^ et ils agirenl avec d*autant plus de force que la résistance de ces peuples avait été plus opiniâtre et que les rehilions avaient été plus difficiles. Leur propre intérêt devait les engager è favoriser por tous les moyens les Soxons qui abandonnaient la cause de leur peuple, qui se déclaraient pour les Franks, qui reconnaissaient le christianisme , qui acceptaient du roi leurs posses-

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sions héréditaires comme fieAi.qui ocoeptaient des fonctions et des dignités , qui combattaient sous les drapeaux du roi et de l'empereur, et qui partageaient en tout la cause du conquérant et des prêtres chrétiens. Leur propre intérêt devait engager les Franks à traiter ces Saxons comme leurs égaux et par lA même à les placer dons une position supérieure 6 celle de leurs compatriotes qui, fidèles è la patrie et & la croyance, persévérèrent dans leur opiniâtreté et dans leurs péchés; parlé surtout ils pouvaient faire naître la discorde et la désunion parmi ce peuple , affaiblir ses forces et ne lui laisA^r d'autre ressource querobéissance. Une tclledfstinction entre les hommes libres était un moyen assuré d'atteindre ce but. Le plus grand nombre de ces edelings d'un nouveau genre dut so composer des plus grands possesseurs territoriaux soit parce que les Franks s'attachaient surtout à gagner ceux-ci , soit parce que ces possesseurs territoriaux étaient les plus civilisés et les plus habiles, et parce qu'ils avaient le plus à risquer. Mais il est vraisemblable qu'on admit dans cette nouvelle noblesse plus d'un homme que les Saxons eux-mêmes n'auraient nullement honoré du nom d'edeling ; car ces nobles ne s'élevèrent pas plus haut ; seulement les hommes libres inférieurs. Jadis leurs égaux , furent rejetés é leur égard dans une position inférieure. Eux-mêmes flirent tout au plus placés sur la même ligne que le commun des Franks, et l'avanlagequ'ils semblèrent obtenir parmi leurs peuples sur les hommes libres de l'ordre inférieur fut équivoque. Ils renoncèrent à leurs propriétés libres et héréditaires et ne les possédèrent désormais que comme fiefs. En échange de leur antique liberté, ils acquirent une sorte de seigneurie servile qui sans doute fût pernicieuse à un grand nombre d'hommes libres de l'ordre inférieur, mais qui ne fut pour eux-mêmes d'aucun profit.

Ce qui enfin n'est pas surprenant , Il est vrai , mais digne d'attention, ce sont les dispositions des ordonnances de Karl-le-Grand au sujet do la religion païenne des Saxons, que le grand empereur s'efforça d'extirper entièrement. Il est ordonné « que les églises du Christ qui seront construites en Saxe seront plus honorées que les sanctuaires de l'idolAtrie. » Il est or* donné que ce celui qui, cédant aux inspirations du diable , croirait , comme les païens , qu'un

homme ou une femme ayant un pouvoir ma* gtque mange de la chair humaine el qui pour celle raison brûle celle sorcière ou donne sa chair à manger à d'aulres ou la mange luimême y doil èlre puni de mort. On menace celui qui offre en sacrifice un homme au diable ou au démon d'être mis àmort. » Il est dit enfin «que celui qui fera un vœu à des sources, h des arbres ou à des forêls , ou qui , selon Tusage des païens , offrira ou mangera quelque chose en Thonneur du démon , doil être puni d'une amende de soixante sols s'il est edeling ; de trente sols s'il est friling, et do quinze sols s'il est lile*, s'il ne peut payer aussitôt celle somme , il doit être livré au service de l'Église jusqu'à ce qu'il ait pu la solder. » Mais la loi ne contient rien de plus au sujet des pratiques et des usages païens chez les Saxons. On peut pourtant supposer que ces lois écrites et dirigées expressément contre les Saxons , el qui avaient évidemment pour but d'extirper en Saxe toute coutume païenne, ont réellement embrassé tout le système de l'idolâtrie saxonne autant que les Franks purent le connaître dans son ensemble el dans ses détails ; el on peut supposer également que ce système fut complètement connu des Franks , puisqu'ils avaient vécu pendant toute une génération parmi les Saxons , non pas avec cette indifférence avec laquelle les Romains considéraient la religion des peuples étrangers, mais avec le projet formel d'effacer tous les anciens usages religieux el d'introduire une religion nouvelle. Nous avons donc un témoignage aulhenliquede la religion des Saxons \ de ce témoignage il résulte sans doule que chez les Saxons il ne manquait pas de superstitions et de coutumes religieuses singulières, mais il en résulte aussi qu'en réalité on trouve les choses dans le même état chez eux que chez les autres peuples leutschs, sans en excepter les Frisons, dès qu'un rayon de lumière tombe sur leur histoire soit dans les temps plus récens , soit dans les temps anciens. La Saxe septentrionale ne se distingue en rien de la Saxe méridionale^ ni dans l'une, ni dans l'autre ne paraît un dieu déterminé ou désigné par un nom. On n'y trouve aucun temple, on n'y Yoit figurer aucun prêtre , aucun ordre sacerdotal (2). Dans tout le cours d'une guerre de trente-trois ans on ne trouve ni dans les écrivains de celle époque, ni dans ceux qui la suivent immédiatement , aucun indice qui soit en con- I

tradiclion avec ce témoignage authentique. Un mot jeté en passant par Paul , fils de Warnefrid , qui prétend que Wodan ëtaîl le dieu commun des Teutschs païens , ne peut pat plus le détruire ou l'affaiblir que ne le pourrait une légende remplie de miracles. Aussi an sage critique n'ira pas au delà de ce témoignage. Le monde nuageux qui s'est élevé plus lard des marais de l'ignorance historique ne peut assurément se maintenir devant une telle clarté, et les jongleurs de l'histoire ne disparaîtront pas sans douleur du sol de la patrie; mais les contrées les plus reculées du Nord conservent la magnificence de leurs allégories et leur ouvrent un vaste labyrinthe qui leur donne assez d'espace et d'occasions à des rêves mystiques aussi bien qu'à un symbolisme savant.

Envisagée ainsi , Tordonnancc de Karl-le- Grand sur les Saxons est aussi instructive qu'effrayante. Elle renrerme plusieurs autres prescriptions presque toutes relatives aux affaires temporelles. Parmi celles-ci, la plus importante sans doule est que toute conjuration contre le roi ou contre les Franks est punie de mort ; bien plus, que la mort doit èlre le châtiment du vassal qui se montrera infidèle au roi. La nouvelle noblesse pouvait reconnaître à cette menace qu'elle avait aussi reçu un maître sinon en compensation des privilèges qu'elle avait usurpés sous la bannière d'un roi étranger, du moins par de justes représailles. Mais cette ordonnance ne fait pas connaître les moyens d'application de ces prescriptions: elle ne contient rien sur la procédure , sur les accusateurs et les juges. Sans doule on peut croire que dans les affaires religieuses les ecclésiastiques avaient surtout la haute surveillance. Il semble pourtant que tout autre individu avait le droit de déposer une plainte au sujet de crimes qui louchaient à l'Église ; car le témoignage des prêtres doit, en certains cas,libérer l'accusé des châlimens , et les églises doivent offrir un asile inviolable : en conséquence, les plaintes, dans les affaires ecclésiastiques comme dans toutes les autres, devaient être faites devant l'autorité civile du lieu , et la défense devait suivre les voies habituelles. Mais nous n'avons que peu de rdhseigncmens sur cette autorité civile en Saxe et en général sur toute rorganisalion que Karl appliqua en particulier à ce pays.

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Il n^esl pas donteux que Karl n^ait introduit en Saxe le gouvernement en vigueur dans rempire des Franks, avec cette différence toutefois qu'en Saxe tout prit une forme plus dure, plus sévère, plus militaire^ comme dans un pays conquis et inquiet ; mais il est difficile d'indiquer les détails. Le pays fut divisé en cantons. Cette division fut vraisemblablement établie successivement selon les progrès de la conquête ou plutôt selon que la nouvelle domination s'affermit. Elle eut incontestablement lieu en même temps que la fondation des évêchés qu'elle précéda rarement et qu'elle suivit le plus souvent. Avant même la conquête franke, la Saxe était partagée en cantons dont les noms sont connus en partie \ nous les avons indiqués dans le récit des événemens militaires. L'établissement des cantons était né de la vie des Saxons même. Le temps les avait développés, les circonstances et les besoins leur avaient donné leur étendue et leurs formes. KarMe-Grand rompit ces limites et forma des associations entièrement nouvelles, afln que les hommes , soustraits à leurs anciennes relations, s'accoutumassent d'autant plusfacilementà leur vie nouvelle. Vraisemblablement les nouveaux cantons, formés en vertu d'ordonnances, n'étaient pas très-étendus , parce que la surveillance devait être aussi facile et aussi sévère qu'il serait possible. On peut conjecturer aussi que les cantons furent soumis à certaines subdivisions , qui , bien qu'elles n'eussent pas de noms dans l'usage , purent néanmoins être dans leur essence semblables aux centaines et aux dizaines.

Le canton était commandé par un comlc^ pour cette raison il fut appelé comté. La position et les attributions des comtes sont indiquées de la manière la plus claire par des lettres communes d'institution, qui, données l'an 789, par exemple, pour un comte Trulmann, pouvaient montrer en même temps quelle idée Karl se faisait de l'exemption de tribut accordée aux Saxons : « Les Saxons, qui ne pouvaient être contenus par nos prédécesseurs et qui ont résisté si longtemps à Dieu lui-même et à nous , ont enfin été vaincus par nous avec l'aide de Dieu , et nous les avons amenés à la grftce du baptême ^ nous les avons gratifiés de Tancienne liberté , nous leur avons remis tous les tributs qu'ils nous devaient , par amour pour celui qui nous a donné la victoire ,

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nous les avons rendus ses tributaires et ses su^ jets, et nous désirons désormais les maintenir et les confirmer dans la foi chrétienne. C'est pourquoi nous établissons Trutmann comte de cette partie de la Saxe , afln qu'il tienne sa résidence près du lieu où se réunit l'assemblée publique, afin qu'il écoute les plaintes de chacun^ exécute les sentences, soit le défenseur des églises dans toute la Saxe, et qu'il veille avec soin sur le lieutenant et les scabins qu'il a sous ses ordres , et les force à remplir avec assiduité leurs devoirs ; enfin , ce même comte doit chercher à exécuter de toutes ses forces tout ce dont nous le chargerons en particulier. »

L'authenticité de ces lettres d'institution a été révoquée en doute et non sans raison, mais on ne doit pas pour cela rejeter la vérité de ce qu'elles contiennent. Les comtes avaient donc certainement en Saxe les mêmes attributions que les comtes des autres parties de Tempire ^ et s'il n'est pas fait mention de l'administration militaire, la surveillance, sous ce rapport, so comprenait en partie d'elle-même ; eu partie ,. elle pouvait entrer dans les missions particulières. Quoi qu'il en soit , le comte présidait le tribunal et en exécutait les sentences. Le roi ou l'empereur nommait le comte ; la vie de celui-ci , qui, dans des relations aussi difficiles, pouvait être exposée à plus d'un danger, était protégée par la loi , en ce que celui qui le tuait ou conspirait contre ses jours devait nonseulement subir le châtiment ordinaire, mais perdre aussi son héritage. Les lieutenans du comte , les vicaires , qui évidemment sont placés sur la même ligne que les sachibarones de la loi salique et de la loi des Ripuaires , présidaient le tribunal lorsque le comte en était empêché. Ils étaient nommés par le comte. A la place des rachinbourgs , on voit figurer en Saxe des scabins au nombre de sept; ces scabins étaient choisis parmi les Saxons, car on trouve à plusieurs reprises, cette expression : que le Saxon est jugé par ses voisins. Mais on ne sait & qui Télection des scabins était laissée, si elle appartenait aux habitans même des cantons ou au comte. Le comte pouvait tenir des assemblées publiques des habitans des cantons , mais on ne sait pas quels étaient les objets de délibération dans ces assemblées ; on ne sait pas en particulier si l'on y faisait quelque élection libre. Cependant , ce qui est peut' être le plus vraisemblable dans la position des

;histoir£ du peuple allemand.

Saxoni & regard des Fraiiks , c'est quo lo comte nommait aussi les scabins, cl rcxpression des lettres dlnslilulion du comte Trutmonn.^ue celui-ci doit veiller avec soin à ce que les vicairee , ainsi que les scabins placés sous ses ordres , remplissent leurs devoirs , semble appuyer cette opinion. Tous les habitans du canton étaient également soumis au tribunal du comte , les edelings aussi bien que les Trilings , les lites ou lasses et les esclaves. Tout individu pouvait appeler au roi du Jugement du tribunal ; il est ordonné quo Tindividu qui vient se rendre auprès du roi pour obtenir justice ne doit trouver aucun eropôchement dans sa route ; mais cet appel était rendu difficile en ce qu'il nécessitait de grands frais lorsque le Jugement était confirmé. El comme, d'une part, le roi se réservait d'accorder la vie & un individu condamné à mort lorsque celui-ci parvenait à se réfugier auprès do lui , et de lui assigner une demeure dans une autre partie de Tempire , il se réserva également d'élever arbitrairement le chAtiment et le ban que le comte avait prononcés pour le maintien de la paix , lorsqu'il s'agissait d'hostilité entre particuliers, cl en général de crimes graves , car le comie ne pouvait transgresser les mesures légales ; du reste , Tincorruptibilité lui était imposée comme devoir» 80US peine de perdre son honneur, et tous ses actes étaient soumis à la surveillance des prêtres.

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