‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 206 sur 298 · LIV. XI, CHAP, IV · texte numérisé non relu

LIV. XI, CHAP, IV

ordoonaDcea de Karl-lo-Grand , par exemple les prescriptions qui punissent de mort les conjurations contre le roi des Franlcs et ses Ois ; d'autres détails sont on contradiction avec ces ordonnances •) çà et là on ne peut méconnaître des inexactitudes; enfin si on Texamino de nouveau , on est presque forcé de conjecturer que ce prétendu code des Saxons n'est pas même un extrait de l'ancien reoueil authentique des coutumes judiciaires et des statuts de la Saxe , recueil ordonné par KarMc-Grand ] que ces prescriptions légales, dans Thypothése la plus favorable , ont été successivement ajoutées les unea aux autres par un individu selon qu'il en avait besoin , et qu'ainsi Tauthenticiié de chacune des prescriptions reste toujours soumise à un juste doute , parce que la rédaction en a pu être vicieuse -, mais Thomme qui a réuni ces prescriptions semble avoir été un edeling de nouvelle création , parce qu'il n'a dirait que ce qui avait Irait aux relations des edelings ou ce qui pouvait intéresser de préférence un edeling.

Dans oe code, tel que nous le possédons, fl« gurent sans doute quatre classes d'hommes , les edelings, les frilings, Icslitcs et les serfs; mais leurs relations et leur position réciproques ne peuvent être déterminées. Le wehrgcldde Tcdcling et celui du lite sont indiqués, mais celui du friling manque entièrement; et celte indication même ne peut se concevoir. Dans les ordonnances de Karl-le-Grand, le friling est évalué au double du lile et l'edeling au double du friling, de manière que quatre litcs valent un edeling. Dans cette loi, au con** traire, Il est dit qu'un serf assassiné par un edeling doit être compensé par trente-six sols, un Ittc par cent vingt sols, cl le meurtre d'un edeling par mille quatre cent quarante sols. La femme d'un edeling est mise sur la même ligne que son mari, et sa jeune fille non mariée est évaluée au double, par conséquent é deux mille huit cent quatre-vingts sols ; le vehrgeld d'un lile ne comporte donc que la douzième partie du wehrgcld d'un edeling, et dans cette grande diiïéronce, on ne peut découvrir aucune moyenne pour le friling.

Il ne peut y avoir d'erreur dans les chifTres ; ils reparaissent & plusieurs reprises. En effet, dans les lois d'autres peuples teutschs, le châtiment pour les mutilations est établi do manière qu'un membre essentiel .semblo être éva-

lué & la moitié du wehrgcld entier : il est dit dans cette loi des Saxons : « Celui qui arrache un œil ù un edeling doit donner une composition de sept cent vingt sols ; s'il lui arrache les deux yeux il doit donner mille quatre cent quarante sols. Celui qui rend un edeling t moi* tié eunuque doit payer sept cent vingt sols; la castration complète doit être expiée par mille quatre cent quarante sols,» et les compositions pour d'autres outrages sont proportionnées à celles-ci. Oe plus, il est expressément ajouté que le ch&timent pour blessure faite ù un lito n'entraîne jamais que la douzième partie du ch&timent pour blessure faite é un edeling, et ici il n'est pas non plus question de blessure faite à un friling : le friling no figure qu'une fois, à propos du vol, et ici, de même que le lite, il est placé dans une relation singulière à l'égard de l'edeling. Tout vol qui ne monte pas à trois sols doit être compensé neuf fois , et de plus le voleur doit payer, s'il est edeling, douze sols ; s'il est friling, six sols, et s'il est lile quatre sols ; ces sonmies forment le friedgeld (argent de la paix). Aurait-on eu en vue, ce qui ne se peut pas, de faciliter proportion-* nettement le vol é l'edeling ?

Mais le taux prodigieusement élevé du wehrgcld doit nous surprendre; mille quatre cent quarante sols! La supposition qu'en Saxe le sol pourrait avoir eu une valeur bien moindre quo chez les autres peuples de l'empire dos Franks ne résout pas la difficulté; elle n'est pas pro-» bable. Sans doute, d'après ces lois, il y avait en Saxe doux sortes de sol : un sol fort, et uil sol faible. Karl-Ic-Grand avait établi, dans son ordonnance précédente pour la Saxe, qu'un bœuf Agé d'un an devait être évalué un sol, puis l'ordonnance postérieure détermine qu'un bœuf égale dix sols; mais ce code admet dans un cas particulier qu'un bœuf de quatre ans vaut deux sols, et l'on établit en général que pour le sol faible on peut donner un bœuf de douze mois ou un mouton avec une brebis; pour le sol fort au contraire un bœuf de seize mois. Mais cette différence, si du reste les contradictions qui se rencontrent dans les lois ne rendent pas tout incertain, est trop peu importante pour qu'elle puisse expliquer le taux élevé du wehrgcld do l'edeling ; en tout cas, la gradation reste inconcevable aussi bien entre les premiers Franks et les edelings saxons qu'entre les edelings et les litcs de la Saxe« Et comme

il Dc paratl exister non plus aucune faute dans les chiffres , il ne reste pour expliquer ces pres<> crîptions d'autre moyen que de supposer que ces lois se rapportent à un temps iK)stérieur, c'est-à-dire à un temps où la discorde et la guerre s'élevèrent entre les petits-fils de Karlle-Grand ) car dans celte circonstance un soulèvement des frilings et des lasses de la Saxe éclata contre les edelings, qui furent chassés dupays.L'ordrequeKarl-le-Grand avait voulu introduire no put être rétabli que par Tépëe ^ alors il peut avoir paru nécessaire d'assurer le corps et la vie des edelings par la menace de peines plus sévères et de rendre Thumiliation qui avait semblé insupportable aux frilings et aux lasses supportable en les soumettant à une humiliation plus grande encore; on peut avoir cru qu'en abaissant davantage les frilings et les lasses on arriverait à venger le passé et à assurer l'avenir ; et s'il était assuré, cet avènir, on pouvait détendre l'arc et rétablir des relations plus humaines.

- Peut-être d'autres prescriptions de ce code nous autorisent-elles à supposer qu'il fut rédigé plus tard, sinon dans son entier, du moins dans les détails. Ainsi il est ordonné que si un homme libre placé sous la protection d'un edeling est banni du pays et s'il est forcé de vendre son héritage, il doit roftrir d'abord à son plus proche parent et, dans le cas où celui-ci le refuserail, à l'edeling lui-même sous la protection duquel il se trouve. Or, il était dansia nature du système féodal de faire disparaître toute liberté franche, et partout où ce système exerça sa puissance, la gradation parlaquelIeTancienne liberté futdélruitearriva parla tutelleà l'obéissance. De même en conséquence que dans les parties de l'empire qui avaient été longtemps soumises à la domination des Franks un grand nombre d'hommes libres de l'ordre inférieur avaient été dès lors réduits à la servitude , de même il y eut certainement dans ces contrées beaucoup d'hommes libres de l'ordre inférieur qui, avant d'en venir là, furent forcés de reconnaître la protection d'un vassal pour se mettre à l'abri de la brutalité et de la violence, et pour s'assurer une existence sinon honorable , du moins tranquille. Mais il est difficile de croire que l'ordre des seigneurs ait fait au temps de Karl-le-Grand d'aussi grands progrés qu'il en fit après les prescriptions que nous avons citées. Il est fait mention d'autres crimes qui

lorsqu'ils étaient commis contre le seigneur, contre ses enfans, contre sa femme ou coDlre sa mère , devaient être punis de mort et qui semblent également révéler un état de violcDce qui ne peut avoir existé qu'à une époque pmtérieure. Ainsi la prescription de Kari-le-GraDd que le meurtrier, s'il cherche un asile dans une église , y doit trouver la paix, est ellemême rejetée par ce code, et on peut conjecturer qu'elle ne fut révoquée que dans un siècle inquiet et violent, mais qu'elle le fut sans retour.

Parmi les autres articles de ce code qui se rapportent à des crimes, aucun n'est réellement important pour l'histoire, parce qu'ils ne doonent aucun éclaircissement sur la vie et TéUt de la civilisation parmi les Saxons. La peine de mort se reproduit fréquemment sans qu'il soit fait mention d'une composition. Lorsque le meurtre a été commis, le wehrgeld doit (Ire payé, un tiers par les plus proches parens du meurtrier ; les deux autres tiers par le meurtrier lui-même, et de plus tout le wehrgeld huit fois encore ^ et pour le paiemen l de ce wehrgeld, on ne doit emprisonner que les enfans du coupableet non ses parens. Celui qui tue un homme dans une église, qui y vole quelque chose, ou qui prête un faux serment, doit être puni do mort. La même peine doit frapper celui qui par inimitié personnelle assassine un homme daos sa propre maison «, celui qui vole un cheval ou une ruche d'abeilles dans une enceinte fermée*, celui qui s'introduit la nuit dans une maison et détourne une valeur de deux sols ; celui qui vole un objet renfermé dans un coffre ; celui qui vole de nuit un bœuf âgé de quatre ans cl valant deux sols. En général enfin , tout vol de la valeur de trois sols au moins commis de jour ou de nuit doit être puni de mort. Celui qui incendie la maison d'autrui ou qui la fait incendier doit également être livré au dernier supplice.

Du reste, on retrouve dans celle loi une coutume commune à tous les peuples teutschs. L'accusé devait prouver son innocence j ilia prouvait surtout par un serment confirmé par un nombre de conjurateun plus ou moins grand selon la gravité du crime. On y voit Ggurer aussi un jugement de Dieu, le plus pernicieux, il est vrai, qu'on puisse imaginer. Celui qui était accusé de s'être approprié les terres d'autrui pouvait, comme chez les Aile-

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