‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 210 sur 298 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DBRNIÈRBS GUBHRRS DE KARli-LE-ORAND. ~ BXPBDITIONS CONTRE LES SLAVES ET LES DANOIS.

De ran S05 A l'an SiS.

Par la soumission des Saxons, du sort desquels semblait dépendre le sort des Frisons , Karl crut avoir obtenu un grand résultat. Il était arrive à quelque chose de grand cl de plusgraivdpeulr6lrequ'ilnclcsavaitlui-mômc:

car il n'avait pas seulement achevé victorieusement une entreprise commencée dés sa Jeunesse, mais il avait aussi rendu à Tesprit national des Tculschs un service d'une importance incalculable. Le premier il en avait rendu possible, ou du moins plus facile, le développement dans son caractère inné. Les Saxons, désormais rattachés à Tenscmble des autres peuples teutschs qui maintenaient encore dans sa pureté la nationalité teutschc, durent à l'avenir exercer une immense influence sur la formation déflnitive de cette nationalité , et peut-être étaient-ils seuls en état par leur nature, qui n'avait pas éprouvé d'altération , de donner à cet ensemble la prépondérance dont il avait besoin pour se préserver de Tenvahissèment des mœurs étrangères, et de maintenir ou de rétablir en lui une véritable vie nationale, une vie teutsche.

Mais Karl ne termina pas son ouvrage. Depuis trente-six ans, il avait travaillé à un édiOce dont la construction s'éloignait d'autant plus de son entier achèvement qu^on lui donnait plus d*étendue et plus d'élévation. Son empire ne pouvait rien gagner par une conquête, sous le rapport de la sécurité, de la solidité et de Tunilé. I^ génie de Karl était riche et profond ; SCS projets étaient grands et sublimes, mais un tel prince même ne pouvait franchir les relations données. Si sa domination n'avait pas trouvé de limites aux sommets les plus élevés des Alpes et des Pyrénées , il était impossible qiVD TEIbe lui imposât des bornes. Certainement un i^etit nombre d'hommes seulement avaient des principes arrêtés sur la grandeur et la position des Etats, aussi bien que sur les besoins des peuples, Aux yeux du vulgaire la

puissance ne résidait que dans Tèpée, la fom que dans l'étendue, la fortune que dans li masse ^ mais Teropire était ouvert de tous côtés. Au sud, ainsi qu'à l'ouest et à l'est, il n'j avait de défense que dans Fattaque, et la mer elle-Diôme, en établissant des points de contact avec les Mordmans, n'asaurait au nord de l'empire ni confiance ni protection *, bien plus. elle rendit le danger d'autant plus grand qu'elle ouvrit plus de routes 'par lesquelles le danger pouvait s'approcher.

Kal était vieux d'années, et ses forces tV saient; son âge l'avertissait de plus en plusda songer à sa fin. Son (lime pouvait conserver eocoro cette ancienne audace avec laquelle il s'était élancé dans Tinfini pour arriver à la grandeur et h la puissance \ mais son géok s'évanouissait par degrés \ il perdait cette idcicnne force d'activité dans laquelle aulrefob il avait trouvé les moyens d'exécuter ses entreprises les plus hasardeuses. Aussi, songeaol au temps qui devait venir après lui, il employa désormais de préférence son activité à régler l'état intérieur de son empire ainsi qu'6 cultiver le génie et à encourager les tendances la plus élevées de l'humanité. Cependant il éUil impossible de renoncer aux armes. Il vécut encore dix ans; deux ou trois années sculemeol s'écoulèrent sans exploits guerriers , cl cependant l'histoire ne fait pas mention de lonslei événemens. L'empereur ne conduisit plus en personne ses armées sur le champ de bataille, mais il remit le soin de la guerre aux forcei plus Jeunes de ses fils et de ses généraux.

Lorsque, dans l'automne do l'an 804, Kiri fut revenu de Saxe à Aix-la-Chapelle, Wjï^ une visite du pape Léon UL L'empereur arail appris qu'on avait trouvé ù Mantoucie sangdc Jésus-Christ. Ce bruit ledécida & chargerlei^p de faire une enquête à ce sujet \ sans duob^ pour empêcher que le mensonge et le charlatanisme ne s'emparassentd'un tel objet poures faire un vain jeu , donner des alimcns à la snperslilion et abuser des sentimens religicot dos hommes pieux (1 ).Mais le Saint-Père, s'inquiétant peu de ce que des ignorans pouvaicol dire, ne se servit de l'occasion qui lui cUit oITcrte que pour courir au delà des Alp^ auprès de son protecteur, lui exprimer c^ vœux pour ses nouveaux succès, et s'assurer de nouveau sa faveur. L'empereur reçut Léoa avec amitié et avec les honneurs qui lui èlaiool

LÏV. Xî,

dus. Au bout do htiil Jours, consacrés à dos affaires et ft des plaisirs de différente nature, il le congédia. Le pape revint par la Bavière en Italie, et Karl le fit escorter jusqu'au delà de Ravenne par une garde d'honneur.

Vers le même temps où Karl reçut les félicitations de révoque apostolique pour ses victoires et pour celles du christianisme en Saxe, de nouveaux mouvcmens s'étaient déjÀ manifestés sur les frontières orientales de son empire : il paratt qu'ils s'étendirent bientôt plus loin vers le Nord et rendirent nécessaires de nouvelles expéditions, tandis que les armes ne se reposaient ni en Italie ni en Espagne. La véritable corrélation des choses ne peut être reconnue ô cause du manque absolu de documens, ou bien elle est trop étrangère à l'histoire du peuple teutsch pour que nous puissions la rechercher ici. Deux choses cependant semblent avoir soulevé les peuples slaves. D'abord des tentatives furent faites du sein du Teutschiand pour propager la religion chrétienne parmi les peuples qui habitaient à l'orient des Teutschs; ces tentatives semblent n'avoir pas été sans succès chez les Avares, auxquels les Franks continuaient à donner le nom de Huns', parce qu'ils n'avaient pas appris ili les mieux connattre. Cette œuvre pieuse futdirigée par Arno, archevêque de Sail2bourg, et un prêtre nommé Ingo y travailla avec le plus grand zèle; du moins le nom do cet homme brille au-dessus de tous les autres aux yeux do l'investigateur, bien qu'il ne se trouve guère que dans une légende. Ainsi, d'un côté une singulière confusion put s'introduire dans la vie des Avares, parce qu'une partie de ce peuple avait été disposée par les malheurs que les Franks avaient fait peser sur lui û recevoir les doctrines de ceux-ci, tandis qu'une autre partie, déterminée peut-être également par ces malheurs, ne tint que plus fermement 6 l'ancienne barbarie. D'autre part, les peuples slaves libres, qui habitaient la Bohême et plus loin vers l'est , peuvent avoir eu peur de tomber par les Avares sous l'influence des Franks. Ils pouvaient craindre que leur sûreté ne fût mise en danger, si, directement ou indirectement, ils étaient cernés par la puissance des Franks. En second lieu , l'alliance des Abodriles avec les Franks semble avoir attiré Tattention et excité les craintes d*aulres peuples slaves. Qu'ils aient redouté de voir les Franks

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séduire et enveloppef dans leurs intérêts les Abodrites et s'ouvrir par eux un chemin pour étendre leur puissance Jusqu'au nord de la Bohême, ou bien de voir les Abodrites, soutenus par les Franks, acquérir une prépondérance dangereuse parmi les peuples du monde slave : l'un etl'autre cas devaient leur paratlre d'autant plus dangereux que l'empire des Franks avait à leur égard une position plus formidable. Dans cet étal de chose», les plus menacés étaient les Slaves qui possédaient la Bohême, cet avantposte du monde slave. On appelait en général Wendes, ces mattres de la Bohême ; leur véritable nom , celui de Tschèques ou Czcchs, était peu connu da^s l'empire des Franks, ou du moins il n'y était familier à personne (2),

Au printemps de l'année 805, le chagan des Huns Théodore , qui était chrétien , vint trouver, à Aix-la-Chapelle, l'empereur son protecteur. « Son peuple était en danger ; il ne pouvait plus se défendre contre les irruptions des Slaves dans les demeures qu'il avait occupées Jusqu'alors; il priait donc l'empereur de lui assigner des établissemens entre Sarvar et Carnuntum, appelé maintenant Ileîmbourg. »

L'empereur se rendit à ses prières et le congédia avec do riches présens ; mais à peine Théodore fut-il de retour qu'il mourut, et un nouveau chagan , qui prit sa place, envoya aussitôt un ambassadeur à Karl , le priant de lui accorder l'ancienne dignité do chagan des Huns. Karl la lui accorda ; si bas étaient tombés, par les armes et l'administration de Karl-le-Grand, ces Avares jadis la terreur des peuples teutschs ; mais pcrsonno he sait quel était le nombre des hommes qui obéissaient à ces princes dépendans 5 toutes les relations sont inconnues.

Et cependant, les relalions dans lesquelles le chagan implora l'appui de l'empereur déterminèrent sans doute ce dernier t préparer aussilôt une expédition contre les peuples slaves de la Bohême et des pays voisins, situés au nord de la Bohême, d'aulant plus que ces peuples avalent fait des irruptions désastreuses en Thuringe, particulièrement dans les contrées siluécs sur le Mein. Il mît en campagne trois armées qui, s'avançant de differens côtes, devaient se réunir en Bohême, sous les ordres de son fils Karl. L'une de ces armées, commandée par le jeune roi lui-même , porlit du Rhin, et s'avança, en remontant le Mein, directement conire la Bohêtne; la seconde par-

HISTOmE DU PEUPLE ALLEMAND.

lit da Danube \ elle 9C composait en majeure partie de Bavarois : elle op(fra, à ce qu'il semble, sa jonction avec le jeune roi, à Touest de la forêt de Bohème « pour pénétrer en même temps que lui dans le pays \ elle était commandée par Adolf et Wernar. La troisième avait à faire la route la plus difficile; ce fut probablement pour cela qu'elle fut soutenue par une flotte qui remonta TEIbe et s'avança, dit-on, jusqu'à JMogdebourg. Celte dernière armée se composait de Franks et de Saions; on prétend aussi qu'elle comptait un grand nombre de Slaves. Toutefois on ne sait pas si ces Slaves s'étaient réunis à Tarmée dès le principe ou s'ils ne furent contraints que plus tard à marcher avec les Franks contre leurs compatriotes. Dans le premier cas, il ne peut être question que d'Abodrites -, dans le second cas au contraire, ce pouvait être des Sorbes; mais on ne peut arriver pour ce su- Jet à aucune cerlitudc. L'armée semble avoir tourné le Harlz à Test, et ensuite s'être avancée dans le pays des Sorbes , après avoir passé la Saale. Elle traversa le Werina-Feld ou les plaines des Werini. On doit donc chercher ces plaines au sud et à l'est du Hartz , et on peut les considérer comme une ancienne possession des Ghéruskes qui appartenait alors à la Thuringe. D'après les indications postérieures, on pourrait croire qu'elle s'étendait sur les deux rives de la Saale et de l'Elbe au confluent de cette rivière et de ce fleuve. Là, le roi des Sorbes, Séméla, vint au-devant d'elle. Une bataille fut livrée; les Sorbes succombèrent; Sémela dut reconnaître la suzeraineté de l'empereur, livrer ses deux flls comme otages de sa fidélité, et vraisemblablement suivre en Bohême les drapeaux du vainqueur. Car l'expédition alla plus loin. Sur l'Éger, celte armée se réunit à celles qui étalent venues du Rhin et du Danube. D'autre part, les peuples slaves de la Bohême s'étaient rassemblés, et sous les ordres de leurs princes, ils se tenaient en face de l'ennemi dans un grand camp. Toutefois on n'en vint pas à une bataille , bien que les Slaves eussent perdu , diton , un de leurs chefs nommé Lcch. Bien plus, il paraît que les Slaves se dispersèrent et qu'ils cherchèrent à gagner les montagnes qui entouraient la Bohême , pour couper la retraile aux Franks. Ils avaient évacué et dévasté l'intérieur du pays. Mais des deux côtés le but fui manqué. Il ne rc«la plus aux Franks^ aux-

quels l'ennemi avait échappé, qu*à achever U dévastation que les Slaves avaient commencée eux-mêmes, et les deux rives de l'Elbe fureal témoins d'affreux ravages. Pourtant les Franki ne purent rien conserver. Au bout de quarante jours, dit-on , la disette de vivres et de fourrages fut si grande qu'ils se virent forcéide quitter le pays ennemi. Leur retraite fui beareuse. Il n'est question nulle part d'un combat ou de perles. Cependant il ne paraît pas que celle issue ait inspiré nne grande joie, elles événemens de l'année suivante, 806, font supposer que Tentreprise tentée contre la Bohème n'avait même pu avoir une fin heureuse.

En effet , tandis que, dans celle année, U puissance et la suprématie de l'empereur étaient reconnues sur les deux rives de la mer Adriatique, dans la Yénétie et dans la Dalmalic, tandis que l'Ile de Corse était défendue avec succès contre les Maures, qui, partis de l'Espagne, s'étaient rendus maîtres de l'Ile de Sardaignc et qui faisaient tous leurs efforts pour s'emparer de l'Ile voisine ; tandis qu en Espagne, les Navarrais et les habitans de Pampclune , qui l'année précédente avaient fait défection et s'étaient livrés aux Sarrasins, se réunissaient de nouveau à l'empire ; tandis qu'enfin l'empereur lui-même, songeant à ses derniers momens, s'occupait de régler la position réciproque de ses fils, de manière à ce qu'après sa mort la paix et la sécurité de Tempirc ne fussent pas troublées ; il crut nécessaire d'envoyer encore une fois avec une armée son fils, le roi Karl, contre les Slaves. Celte expédition ne fut pas dirigée contre la fiobême, mais contre les Sorbes. Ceux-ci avaient été vaincus l'année précédente et avaient donné des otages pour garantie de leur Hdélilè. Il faut donc qu'ils se soient soulevés de nouveau, et ils ne peuvent avoir fondé l'espérance de rétablir, de conserver leur indépendance, que sur l'issue de la guerre de Bohême. Le jeune roi rassembla ses troupes dans un lieu de la Thuringe, appelé Wald(3). Il les partagea en deux corps. L'un s'avança à peu près jusqu'au confluent de la Saale et de l'Elbe, et passa ce fleuve, sans doute pour occuper les Slaves sur l'autre rive. Le roi Karl conduisit lui-m^m^ l'autre corps au delà de la Saale inférieure, dans le pays des Sorbes qui habitent le >^^ rina-Feld. Leur roi Aléliduoch, qui availbra^é la puissance des Franks , Hil battu c( f^^^

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