‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 211 sur 298 · LIV. XI · texte numérisé non relu

LIV. XI

dans le combat. Ce désaslre, suivi de la des* ti'uction de la ville des Sorbes, inspira à ce peuple une telle inquiétude que ses princes se présentèrent devant le jeune roi , renoncèrent à leur téméraire entreprise, promirent de se soumettre au service militaire de Tempereur et de livrer des otages de leur fidélité. Puis le roi revint et se réunit de nouveau au corps d'armée qui avait passé TElbe. Il ordonna aux Slaves de construire et de fortifier deux villes, Tune sur TElbe en face de Magdebourg, Tautre sur la Saale, dans un endroit appelé Halle. Les Slaves se virent ainsi forcés de travailler euxmêmes à la construction des citadelles où Ton devait river les chaînes qu'on leur avait imposées, ou dont on voulait les charger.

Mais on n'avait rien gagné ] les deux nouvelles forteresses, monument de rinfortune et de la honte du peuple slave , ne pouvaient être considérées que comme des portes ouvertes à de nouvelles guerres dont personne ne pouvait calculer la fin. Tant que Karl-Ie- Grand vécut, les peuples slaves voisins, intimidés, purent rester sous l'impression que sa fortune, son génie et ses talens avaient produite sur eux comme sur tous les peuples : mais où unissait le monde slave? où se trouvait-il une limite après qu'on était une fois entré dans ce monde , après qu'on avait commencé l'attaque contre les peuples de race slave? Les forêts de la Bohème n'étaient rien à côté des hauteurs des Alpes et des Pyrénées, et roder ne pouvait être un obstacle pour des hommes qui avaient porté leurs armes au delà du Rhin et de IBbe.

Cependant Karl-le-Grand ne jugea pas convenable de continuer la guerre. Il aspirait après le repos, et, indépendamment des relations intérieures de son empire et des affaires de l'Église, l'Italie et l'Espagne occupèrent désormais sérieusement son esprit. Ses vassaux pouvaient aussi être tous également fatigués de ces guerres continuelles ^ il ne les convoqua donc pas l'an 807. Pourtant il n'était pas maître de maintenir la paix. Pendant que ses armes avaient été victorieuses sur la Saale et sur rsibe, Godofrid, roi des Danois, n'avait pas perdu de temps ; les Nordmans ne cessaient de paraître avec de légères escadres sur les côtes delà Saxe, de la Frise et delà Gaule et de répandre la crainte et la terreur par leur audace aventureuse. Le roi Godofrid lui-même , U.

CHAP. V

animé par une bouillante colère, tourna les armes contre les Abodriles, qui , infidèles â la cause de leur propre nation, s'étaient iéunis aux Franks et avaient tiré de honteux avantages du désastre des Saxons. Il ne voulait pas les tolérer dans les pays saxons de l'autre côté de l'Elbe , il voulait au contraire , en expulsant ces étrangers, rétablir la communication entre les peuples germaniques du Nord , et il n'entreprit pas seul la guerre. Trois peuples slaves qui habitaient au sud des Abodrites , les Linons, les Smcldinges et les Wiltzes (4), poussés par une ancienne haine contre les Abodrites ou excités contre eux par une haine récente h cause de leur perfidie, secondèrent l'attaque de ce roi du Nord.

Godofrid s'avança jusqu'à TElbe et chassa ou soumit les Abodrites des pays situés entre ce fleuve et la mer. Un de leurs chefs, Drasco, fut mis en fuite ^ un autre, Godelaib , fut fait prisonnier ; Godofrid le fit pendre. Les citadelles des Abodrites furent forcées; les deux tiers du peuple devinrent tributaires du roi desDanois. Godofrid lui-même établit un camp perma* ncntsur les bords de TElbe. Son regard impatient se porta de là sur l'autre rive, dans l'espoir que l'ancien génie de la liberté exciterait encore une fois les Saxons à la résolution età l'activité. Mais II était trop tard : les Saxons, humiliés par un sort épouvantable, avaient^ perdu toute confiance en la fortune ; ils restèrent tranquilles, et bientôt Godofrid ne put plus compter que sur lui-même.

L'an 808, Karl-le-Grand envoya son fils, le roi Karl , avec une nombreuse armée de Frisons et de Saxons, au secours de ses alliés. Il semble que le roi fit prendre à une partie de cette armée position sur l'Elbe, en face du roi ' des Danois ] plus loin , en remontant le fleuve, il fit jeter un pont et conduisit l'autre partie dans le pays des Linons et des Smeldinges et commença à dévaster les terres d'alentour. Par là , non-seulement il força les peuples à s'abstenir de toute guerre contre les Abodrites, mais il paralysa aussi les forces des Wiltzes et les força à revenir sur leurs pas pour protéger leur propre territoire. Mais le succès de sa lutte avait coûté au roi Godofrid de grands sacrifices. Il avait perdu un grand nombre de ses plus habiles guerriers*, un fils de son père, nommé Réginold , avait trouvé la mort avec beaucoup de vaillans Danois au siège d'une

Histoire du peuple allemand.

Yiltc. DôsormàU il pouvait £lrc inquicl de sa position. Il n'y avait rien à faire pour les Saxonê; il avait montré la puissance de son propre peuple*, il pouvait, sous Tcmpire des circonstances , croire qu*ii avait assez fait et assez tenté*, peut-être y eut-il aussi des négociations , qui décidèrent Godofrid A renoncer à la guerre j car on trouve que ce mGme prince Drasco, dont il a été Tait mention plus haut, lui donna son fils en otage. En tout cas, il partit. Dans sa retraite il détruisit encore Topulente ville de commerce Reric ou Rorich, Mtie sur un golfe de la mer Baltique et en emmena les marchands avec lui (5). C'est ainsi qu'il revint à Schleswig avec ses troupes et sa flotte, niais, en renonçant pour celte fois A attaquer les Franks, il crut devoir veiller avec d'autant plus de soin A la dérbnse de son peuple. Il visita donc les limites de son empire du côté de la Saxe et éleva sur la rive septentrionale de TEider une série de relranchemens qui s'étendirent depuis un golfe de la mer llultique appelé par les Danois Ostarsall jusqu'A la mer Teutonique. On assure que ces relranchemens formaient Un ouvrage tellement compact qu'il ne s'y trouvait qu'une porte (6) pour permettre du moins aux hommes de communiquer entre eux<

Cependant, les Frahks no retirèrent de la .retraite de Godofrid aucun autre avantage que de rétablir peut-être leurs alliés, les Ahodriles, dans leur ancienne position; car ils ne poursuivirent pas la guerre, soit que l'empereur hésilAt A entretenir et A augmenter peut-être les mouvemens parmi les peuples slaves , soit que l'entreprise de son flis eût eu moins de succès qu'on ne s'y était attendu. Cette dernière supposition est vraisemblable ; car un écrivain no signale aucun fait remarquable et se borne A dire que le roi Karl ramena son armée saine et sauve en deçà de l'Elbe. Un autre, au contraire, avoue que les Franks essuyèrent aussi des pertes dans celle campagne. Si déjA ces données ne nous mènent nullement A supposer que les armes des Franks aient été victorieuses, cette circonstance, que l'empereur fit construire deux citadelles sur l'Elbe et qu'il y mit des garnisons pour résister aux irruptions des Slaves, prouve encore mieux que les Franks rapportèrent avec eux du pays des Slaves une crainte plus grande que celle qu'ils inspirèrent eux-mêmes.

Un moment de fepôs était d'autdnl moim possible. L'année 809 fut témoin de plusieurs revers. En Ëspagbc, Tortose Rit assiégée en vain, et l'armée des Franks, commandée par le roi Ludwig, flls de Rarl-le-Grand, fut forcée! A la retraite. En Corse, les Maures surprirent une ville le jour de PAques , la pillèrent et emmenèrent les habitans en esclavage*, Tévèque, les vieillards et les malades furent seuls épargnés. Les Grecs commirent des brigandages considérables sur les côtes de la Toscane. L'empereur lui-même s'occupa d'une discussion théologique relative A la procession duSainl- Esprit. En Orient, on croyait que le Saint- Esprit ne procédait qu.e du Père*, dans la plus grande partie de lOccident, au contraire, on pensait que le Saint-Esprit procédait du Père et du Fils ; A Rome seulement et dans la plus grande partie de ritalic on s'accordait avec les Grecs. Il se peut que cette divergence durât depuis longtemps, A l'époque qui nousoccu[)e, elle fut condamnée par un moine de Jérusalem, nommé Jean-, et elle inquiéta tellement les Ames des fidèles que l'empereur crut nécessaire de tenir A Aix-la-Chapelle une assemblée de ses évèques pour soumettre à leur examen cette affaire importante. Mais l'ancienne audace avec laquelle, quinze ans auparavant, il avait décidé une question analogue, surlesrelalions du Fils avec le Père, sans s'inquiéter du pape, n'existait plus en lui. Bien que sa position à l'égard de l'évèque a|>oslolique semblAtactudlemcnl lui donner une tout autre puissance qu'auparavant, il hésita A amener rassemblée A une sentence positive. Les vénérables pères que l'empereur avait convoqués se déclnrèrenl sans doute pouf l'opinion que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils 5 mais l'empereur jugea convenable d'envoyer A Rome l'évi^juc Dernhard de Worms et l'abbé Adalhard de Corbie, pour soumettre l'alTaire au Saint-Péf^ et le gagner A l'opinion exprimée^ aOn quelle fût établie comme article de foi. Mais le pape Léot) III, considérant la puissance toujours croissante du saint -siège, fut satisfait do cj qu'on reconnaissait que la décision lui appartenait. Aussi s'abstint'il de pmnoncer. Dirigeant ses regards non moins sur les égli^^os d Orient que sur celles d'Occident, ils'attaclia seulement A satisfaire personnellement IVmpercur sans blesser les Grecs. En vertu de son autorité pontificale^ il s'en reniil sur ccKo

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tufTàlrc, à laquelle il n^allàchait aucune importance réelle, à la conscience et au besoin des fidèles. Rarl-le-Orand , déterminé peut-Clrc parcelle indifférence du pape, la laissa également de côté el pendant plus de deux siècles encore clic resta indécise, bien qu'elle n'eût jamais cessé d'être un objet de discussion , cl bien qu'elle ne t*estftt pas sans une grande influence sur la séparation des Églises d'Occidcnl et d^Orient.

Pendant ce temps continuait la lutte excitée parmi les peuples slaves, et ni renipercur, ni GodofVid, roi des Danois, n'en furent spectateurs indiffôrens. Celle lutle se développa sous l'empire de passions sauvages. Drasco, prince des Abodrites, attaqua les Wiltzes,cl secouru par les Saxons, qtie sans doute Karlle-Grand lui avait envoyés, il exerça contre ce peuple une cruelle vengeance. Grâce à ces mômes ^ecburs, il s'empara aussi de la plus grande vilie des Bmeldinges, el contraignit ce peufile à accepter son alliance. Peut-Clrc par celle heureuse entreprise amena-t-il des négociations erttre l'empereur et le roi des Danois. Godorrid , dit-on, les proposa -, elles eurent lieu entre les envoyés des deux princes , sur les limites de leurs États, dans un lieu appelé Dadcniliet. Mitls les reproches et les récriminations des deux parties se heurtèrent avec tant de force que toute tentative d^accommodement échoua. Godofrid semble avoir tenu un langage hautain el menaçant. Soit que l'empereur craignît que ce roi du Nord cherchât à exécuter ses menaces, soit qu'il désirût lui Inspirer dés inquiétudes pour la sûreté de ses retranchemcns , il résolut de construire une forteresse de l'autre côté de TEIbe pour protéger les Saxons et ciïroyer les Danois. On rassembla dans la Gaule cl en Germanie un certain nombre d hommes pour peupler el défendre ces nouvelles forteresses : ils furent pourvus d'armes et de toutes les choses nécessaires à la vie, et dirigés par la Frise sur la Saxe septentrionale. On choisit , pour y construire ce nouvel établissement, un endroit situé sur la SlOr et appelé Esosfelth , cl qui reçut dans la suile le nom d'Itzehoe. Un comte nommé îlgbcrt reçut la mission d'exécuter cette œuvre, et plusieurs comtes saxons durent couvrir et protéger l'entreprise.

Le roi Godofrid ne put s'empêcher de voir dans celle nouvelle fondation un prélude 6 des

attaques contre les Danois^ plulM qu'und Construction destinée à défendre l'empire contre eux. Il dut croire que les Abodrites né resteraient pas non plus tranquilles Celle fois pour se faire récompenser de leurs services par le roi des Franks aux dépens des Saxons voisins , et que de celte manière les peuples do race slave pénélrcraient toujours plus avant dans le nord de la Germanie. Les Danois et les Nordmans partageaient cette inquiétude. Les peuples du Nord se mirent donc au loin en mouvement pour prévenir ce nouveau danger. Drasco, prince des Abodrites, fut surpris et tué par les guerriers du roi Godofrid , dans la ville de Reric, et les peuples slaves, contro lesquels les Abodrites avaient comballu, se soulevèrent do nouveau pour la liberté et voulurent pronter du moment.

Ces événemens ne parurent pas à ^empereur indignes d'allention. Senlant la nécessité do leur résister, il résolut d'entreprendre une expédition contre les Danois. Au printemps de l'an 810, on ed fit les préparatifs. En attendant qu'ils fussent terminés, l'empereur s'oc-* cupa, dans Son palais d'Aix-la-Chapelle, de différentes affaires. II n'était pas sans inquiétude et sans soucis : car l'tle de Corse était conquise par les Maures -, son (Ils, le roi Pippin« eut peu de bonheur dans une entreprise con^ tre Venise el en. eut encore moins dans une expédition contre les Dalmates. L'empereur perdit sa fille Rholrude. Alors même, il recul la nouvelle : u Qu'une flotte de Nordmans, de deux cents vaisseaux, avait paru sur les côtes de la Prise-, que toutes les ttes le long de la côte étaient livrées au pillage ] que les pirates avaient débarqué dans là Frise même-, que trois fuis déjà ils avaient battu les Frisons-, que les Dahois, vainqueurs, avaient imposé un tribut aux Frisons vaincus et levé une contribution de cent livres d'argent-, que le roi Godofrid n'était pas en Frise, mais dans sa patrie et qu'il menaçait de faire une attaque par terre. »

Rarl fui effrajé. Ébloui par la prospérité d'un long régne, il n'avait d'abord pas voulu croire à la vérité de ces nouvelles ; el lorsqu^il lui fut impossible d'en douter plus longtemps, il se sentit profondément affecté. Son âme était excitée, ses idées confuses; il sehlail qu'il devenait vieux ; bien qu'il ne craignît pas que do tels ennemis fussent en état de i^envei*ser son ouvrage, bien qu'il ne pût rccontlâtlrc dans la

multiplicité des revers partiels la vicissitude des choses humaines, son âme ne pouvait rester étrangère à la pensée qu'il avait fondé un très-grand empire, il est vrai, mais qu'il ne Tavail pas consolidé ^ et que si les peuples voisins étaient assez téméraires et assez orgueilleux pour se hasarder à résister h sa gloire héroïque, des jours difficiles étaient réservés h ses successeurs.

Profondément découragé, il quitta sans relard son royal palais pour se mettre encore une fois à la tête des guerriers auxquels il donna Tordre d'accourir de toutes parts. Mais il ne put arriver à aucune résolution . D'abord il eut le projet de se rendre en Frise et de chasser les Nordmans. Mais bientôt il réfléchit que ces bandes aventureuses étaient moins à craindre que Godofrid, si ce roi réussissait à passer TEIbe tandis qu'il combattrait lui-même en Frise et à appeler de nouveau les Saxons aux armes. Dans cette pensée , il abandonna la Frise aux mauvais traitemcns des Nordmans, et fit passer le Rhin à son armée. Il s'arréla ù Lippeham pour attendre l'arrivée de toutes les troupes quMI avait convoquées pour cette expédition. Les esprits étaient tellement frappés et attendaient avec une telle anxiété le développement des événemens qu'une circonstance futile, la mort soudaine de l'éléphant dont Harun-al- Raschid avait fait présent 6 l'empereur aux Jours de ses victoires, fit sur eux une grande impression. Karl partit de Lippeham aussitôt que son armée fut réunie, et la conduisit & marches forcées Jusqu'au delà du Wéser. Mais alors il retomba, à ce qu'il paraît, dans son ancienne incertitude; il interrompit sa marche et établit son quartier général non loin du confluent de l'Aller et du Wéser, à Yerden.

Il paraît que l'empereur reçut la nouvelle que Godofrid était toujours de l'autre côté de l'Eider, et ne se disposait pas à pénétrer plus avant. Mais il regarda comme une entreprise trop hasardeuse de s'éloigner au delà de l'Elbe et de s'avancer jusqu'à l'Eider, et plus loin vers le nord, car il lui fallait porter ses regards sur l'Espagne comme sur l'Italie, et les Nordmans dévastaient la Frise , et les Wiltzes avaient franchi l'Elbe et enlevé une des citadelles qu'il avait élevées sur ce fleuve, et où son général Odo tenait garnison avec les {Ost* faliens; on l'appelait Hochbuchen (7). Maîtres de celle citadelle, les Slaves Duraient facile*

ment causé de grands désordres dans la Saxe de ce côté de l'Elbe, tandis que de l'autre côlé il aurait épuisé ses forces par de longues marches contre un ennemi lointain. Bientôt uo nouveau désastre se joignit à ceux-là et rendit presque impossible toute entreprise ultérieure. Une maladie pestilentielle se répandit parmi les bétes à cornes et se propagea rapidement par tous les pays soumis à la domination de l'empereur. Tous les animaux deTar* mée périrent. Les embarras du vieux héros croissaient de plus en plus.

Dans cet état de choses , deux événemeos heureux donnèrent aux affaires une autre tournure. D'abord on apporta à l'empereur la douvelle que les Nordmans avaient d'eux-mètno quitté la Frise, et, en second lieu, que Godofrid, roi des Danois, avait été assassiné. Le premier de ces faits était naturel : comme b Nordmans n'avaient pas réussi à soulever les Frisons contre l'empereur, ils durent désirer avant tout de mettre en sûreté le butin qu'ib avaient acquis par le pillage: ils ne pouvaient songer à conserver la Frise; c'aurait été perdre du temps que de séjourner plus longtempi dans ce pays dévasté. Il se peut aussi qu'ils aient reçu sinon Tordre, du moins l'invitation de retourner dans leur patrie pour ne pas prendre part à la lutte qu'on s'attendait à sontenir contre l'empereur. Quant à l'autre événement, on dit seulement que la mort de Godofrid arriva à propos; on ne fait connatlreoi les motifs, ni l'occasion du meurtre, ni Tassassin; on dit seulement que celui-ci appa^t^ nait à la suite du roi.

Mais la joie qu'aurait pu causer à ^e^np^ reur le retour de sa fortune dans les affaires publiques fut bien rachetée par un malheur domestique qui le frappa de nouveau. Son fils Pippin, roi d'Italie, mourut dans le n)éme temps où il se trouvait dans le camp sur l'Aller^ et il se peut que la mort du jeune prince lui ait été annoncée le même jour que celle du roi des Danois. Il résolut d'autant plus vivement de faire la paix avec tous ses ennemis. Tous ses efforts se dirigèrent désormais vers ce but, et plus le vieil empereur avait une position respectable, dans tout l'éclat de ses exploits et de sa gloire, plus le succès de ses efforts lui semblait facile.

Un accommodement fut conclu avec Hemming, neveu de Godofrid^qui est appelé roi (kl

UV. XI, CHAP. V.

Danois, après le meurtre de sod oncle, soit qu'il eût fail des avances , soit qu'elles eussent été faites par Tempereur. L'année suivante, 811, cet armistice, qui ne fut Juré que sur les armes, fut conflrmé par douze comtes franks et par douze des hommes les plus illustres parmi les Danois, dans une entrevue sur TEider-, il fut solennellement Juré par les deux partis selon Tusage des deux peuples. L'Ëider resta la frontière entre les Danois et Tempire des Franks , et la paix subsista tout le temps que Karl-le-Grand resta sur le trône. Cependant, il est difficile de dire si la fidélité avec laquelle les Danois tinrent les conditions de la paix vint de ce que, fatigués des querelles qui avaient eu lieu jusqu'alors, ils sentaient tous les avantages d'un traité, ou s'ils n'avaient cherché à éviter la guerre que parce qu'il s'éleva chez eux des discordes intestines, soit par leur propre faute, soit par une influence étrangère. Car le nouveau roi Hemming mourut dès la fin de l'année 811; après sa mort s'éleva, au sujet du pouvoir, une querelle soutenue avec la plus grande exaspération et qui coula la vie à beaucoup de vaiilans hommes. En tout cas , Karlle-Grand semble n'avoir attendu de la paix avec les Danois aucune sûreté contre les irruptions maritimes des pirates nordmans : car dans cette même année 811, il visita lui-même les côtes septentrionales de la Gaule , les ports de Boulogne et de Gand, examina par lui-même les flottes qui avaient été construites par ses ordres, ainsi que le phare de Boulogne, et prit d'autres mesures qui témoignent de son inquiétude. Cependant la paix fut renouvelée deux ans après avec les nouveaux rois des Danois, Hériold et Reginfrid (8).

Il fit aussi, dès Tan 810, la paix avec l'empereur grec Nicéphore et lui rendit la partie de la Yénélie conquise par son fils Pippin. Puis des ambassades furent échangées entre Aix-la-Chapelle et Constanlinople. La paix fut confirmée de la manière la plus solennelle. On ne se fit pas faute d'assurances d'amitié réciproque, et les ambassadeurs grecs, qui adressèrent en grec la parole à Karl , lui donnèrent le titre de roi et d'empereur. Du reste, une des suites de ses relations pacifiques, fut que le duc des Bénéventins, qui, suivant les circonstances, s'appuyait tantôt sur Tempire d'Orient, tantôt sur l'empire d'Occident, parce qu'il espérait acquérir une certaine indépendance en profitant

des événemens , reconnut désormais sa dépendance de l'empire des Franks et se soumit au paiement d'un tribut.

Sur un autre point, on essaya de conclure la paix avec les Sarrasins d'Espagne ; mais le succès fut médiocre, bien que peut-être un armistice eut lieu sur les frontières des deux puissances en Espagne ; mais la guerre ne cessa pas, et rtle de Corse et les côtes d'Italie furent incessamment inquiétées par les Maures belliqueux et pillards.

Enfin le vieil empereur s'efforça de ramener  la tranquillité et à l'obéissance des peuples moins importans, qui étaient en hostilité avec les Franks ou qui n'étaient pas disposés à leur obéir, tels que les Wiltzes, les Huns elles Bretons. Il avait d'autant plus à cœur de concilier même des relations moins importantes que, vers la fin de l'an 811, il eut le nouveau chagrin de perdre son fils atné, le plus habile de tous, le roi Karl. Au moment où ses forces physiques s'affaiblissaient de plus en plus et l'avertissaient que ses Jours allaient finir, bien qu'il fût las des armes, il n'hésita pas à envoyer des forces militaires suffisantes contre ces peuples, pour donner le poids nécessaire à ses paroles pacifiques.

Mais quels que fussent les efforts, les actions et les négociations de KarI-le-Gr,and , un empire qui, fondé par la conquête, s'étendait de l'Ebre Jusqu'à laThéiss et au delà de l'Elbe, et de l'Eider jusqu'au Tibre et à la Sau, ne pou* vait compter sur une paix durable. Un homme d'un grand et puissant génie, comme Karl, peut rompre les limites que la nature a imposées aux hommes et aux peuples; il peut lancer peu à peu ses projets dans l'infini et, favorisé par la fortune, accomplir des choses merveilleuses; mais il lutte en vain contre la force des choses, et le caractère propre des pays et des besoins de leurs habitans détruit l'édifice qu'il a construit. Le plus grand bonheur qui puisse lui échoir dans ses prodigieux efforts consiste en ce que cette œuvre ne s'écroule pas sous ses propres yeux, et en ce que lui-même n'est pas anéanti sous ses ruines.

HISTOII\i PU PtUPLE AI.LKMAND.

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