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toriques de son empire ; ses prédécesseurs n'avaient été que les ducs d'un corps libre de compagnons. Ce corps était devenu permanent avec le temps. Les bénéfices devaient Tormer un lien commun entre les leutes et faire de ceux-ci les fidèles du roi^ sur le bras et Tépée desquels il pouvait compt«;r. Peu à peu les bénéfices avaient passé du père au fils et avaient été considérés comme héréditaires. Dans le cours de trois siècles, Tordre rendu nécessaire par la distribution des bénéfices , le système féodal, avait continué à se former et avait développé les germes que renfermait sa nature.
Les grands mouvemens , les tempêtes et les troubles au milieu desquels la maison des Mérovingiens avait péri , au milieu desquels la maison des Karolingiens était arrivée à Tempire, avaient été autant de phases de ce développement, et l'avaient activé en agissante leur tour. L'une et Tautre de ces causes rendirent la position des leutes à l'égard du roi tout autre qu'elle n'avait été dans l'origine. Les leutes élevèrent des prétentions plus hautes et purent leur donner du poids ; mais la puissance du roi reposait sur eux et Karl-le- Grand ne pouvait, pas plus que ses ancêtres, se passer de leur bon vouloir.
Bien que le système féodal eût tout embrassé dans les parties de l'empire qui avaient été d'abord soumises par les Franks Saliens et Ripuaires, dans les provinces situées sur le bas Ahin et la Loire, tellement qu'il était difficile de trouver d'autres propriétés lerritoriules que des bénéfices, soit qu'ils fussent entre les mains des leutes, soit qu'ils appartinssent au fisc royal, en qualité de domaines publics (*2) \ il y avait pourtant encore dans d'autres parties de l'empire bien des propriétés territoriales libres dont les possesseurs se trouvaient à l'égard du roi dans des relations tout autres que les possesseurs de bénéfices. Les biens allodiaux de cette espèce se trouvaient en plus grand nombre de l'autre côté de la Loire , en général dans la Gaule méridionale, en Bourgogne et, sur la rive droite du Rhin, dans les pays de tous les peuples teutschs. Depuis la soumission de ces pays par les Franks, les propriétaires fonciers libres avaient pris sans doute une position différente de celle où jadis ils avaient délibéré et décidé du sort de la patrie; là où jadis s'élevaient les drapeaux de la liberté, se déployait maintenant la bannière royale ; et, en opposi-
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tion avec Tordre seigneurial des leutes royaux,* les anciens défenseurs libres étaient une race faible et inquiète. En effet les grands propriétaires fonciers qui se trouvaient parmi eux et qui étaient autrefois les premiers hommes libres, les princes parmi leurs égaux, avaient été séduits ou aveuglés et avaient presque tous abandonné leur cause et celle de la liberté ; ils s'étaient joints aux conquérans et avaient mieux aimé vivre désormais comme seigneurs soumis au service. Mais l'esprit de leurs pères vivait encore dans les anciens défenseurs ; les changemens qui s'étaient accomplis n'influèrent que sur leurs relations & l'égard de l'empire dans leurs cantons, ils furent toujours encore de véritables hommes libres, et les luttes soutenues en Saxe avaient prouvé ce qu'ils pouvaient être pour l'empire. De plus, des inimitiés s'élevèrent entre les leutes royaux et les hommes libres; ceux-ci furent traités par les premiers avec dédain ; les leutes furent traités par les hommes libres avec mépris ; mais les leutes avaient la puissance , les hommes libres étaient impuissans. La désunion , la discorde, la haine et les passions de toute espèce éclatèrent dans la société, et les forces de l'empire furent brisées dans leur essence la plus intime. Enfin il s'était manifesté, même parmi les vassaux et parmi les fonctionnaires de l'empire, une double tendance, qui, résultant do la différence des fiefs et des alleux, mit d'une manière particulière leur fidélité en danger. Les uns et \o% autres, les fonctionnaires et les vassaux, cherchèrent à acquérir des alleux indépendamment de leurs fiefs, et comme les services auxquels les fiefs étaicntsoumis ne pesaient pas sur les alleux, leur penséeet leurs artifices eurent pour but de confondre les limites entre les alleux et les fiefs, pour joindre à leurs terres allodiales des parties de fiefs ou même des fiefs entiers; ou pour transporter ceux-ci eux-mô^ mes en biens allodiaux. Le fisc territorial du roi fut diminué par là et fut menacé de disparaître peu à peu entièrement.
Cet état de choses parut intolérable à Karlle-Grand ; mais il ne pouvait rétablir la liberté des anciens défenseurs : elle était inconciliable avec l'étendue de son empire, avec l'éclat de son trône, avec la puissance de sa domination ; il ne pouvait non plus se passer des leutes ,' et, avec leurs obligations, il devait aussi leur laisser leurs droits. Bien qu'il eût suffisamment
fippris & eonnaHrc, par rhisloire de Tcmpire romain, la force que les légions avaient donnée aux empereurs, il était hors d'état de former des légions, et son esprit si net et si posi- Ur ne lui permit même pas d'avoir le désir do l'entourer de légions organisées à la manière romaine. D'autre part, le système féodal lui icmbla sans doute également dangereux dans la forme qu'il avait eue jusqu'alors, car les vastaux étendaient chaque jour davantage leurs usurpations ] ils augmentaient sans cesse leurs possession8,soitleur8bénéflces,soilleursallcux, selon les circonstances. Les hommes libres de l'ordre inférieur se voyaient dépouillés de leurs propriétés territoriales libres. Opprimés et tourmentés de toute manière, ils devaient être satisfaits s'ils parvenaient seulement à l'apparence de la liberté personnelle en devenant vassaux de vassaux. Si Ton n'arrètaitpas celte marche des choses, il était à craindre que les vassaux do l'empire n'attirassent à eux toutes les propriétés libres^ que par là ils ne devinssent trop puissans, même contre le roi. et n'amenassent la dissolution totale des forces do l'empire.
Dans ces circonstances , les efforts de Karl tendirent à imposer des bornes à la tendance des vassaux à s'agrandir , à assurer aux hommes libres de Tordre inférieur tout l'appui possible, à veiller sévèrement au maintien des fiefs, à conserver rigoureusement la distinction entre les bénéfices et les alleux, à imposer aussi à tous les propriétaires fonciers, qu'ils eussent des possessions libres ou des fiefs, qu'ils dépendissent de l'empire ou d'un vassal, l'obligation commune du service militaire. Il espérait par là assurer à l'empire la plus grande puissance, et au trône la force dont il avait besoin. Il no pouvait transformer les fiefs en propriétés libres, parce que beaucoup de possesseurs de fiefs étaient déjà devenus trop grands, et parce que le seul moyen de contenir ces grands seigneurs dans une certaine discipline et dans un certain ordre consistait en ce que le fisc royal faisait valoir ses droits sur leurs possessions. 11 ne pouvait non plus désirer do transformer entièrement les propriétés libres en fiefs , parce qu'indépendamment de l'injustice qui aurait caractérisé une telle mesure, il devait être retenu par la crainte que la masse de ces propriét<' s ne se concentrât bientôt entre les mains d un petit nombre de vassaux.
Il croyait aussi pouvoir arriver indlreelemetit à mettre toutes les propriétés foncières sur la môme ligne , en essayant dlmposer le service militaire aux possesseurs de toute espèce do propriétés territoriales ou de soumettre loas les hommes sans exception à Thériban.
Dans ce sens, l'armée et le peuple redevinrent un seul tout par la volonté de KsrI-le- Grand. Le peuple fut l'armée, parce que Thériban était imposé à tous \ l'ancienne liberté toutefois ne revint pas , mais il s'introduisit dans la vie une nouvelle contrainte à laqudle nul ne semblait pouvoir se soustraire s'il n était favorisé par des circonstances particulières. Le nom de leute disparut, parce que tous furent amenés ou du moins durent être ammés à la même dépendance, et bien que l'empereur continuât à se servir du nom de fidèles, il semble qu'il employa de préférence ce mot dans son acception générale. Mais le même motif pour lequel l'empereur ne parla plus de ses leutcs le détermina à souffrir des difTércnces dans le droit des hommes libres. Ce qui n'est pas indigne de remarque, c'est que dans lu capitulaires de Karl-le-Grand il n'est absolument pas question d'une noblesse par opposition aux autres hommes libres (3). Dans le code des Saxons, cette distinction se manifeste d'une manière tranchée, et la loi des Thuringiens et colle des Frisons semblent contenir une distinction analogue. Comment se fit-il que même les capitulaires généraux qui concernent tout Tempire parlent tout aussi peu d'une noblesse que la loi salique et la loi do^Ripuairei, qui ^^ reste reçurent à celte époque ditTérentcs amîîlioralipns, qui par conséquent no furent pas laissées de coté ? Dans le fait, il semble que la noblesse, chez quelques peuples tcutschs, n^ fut qu'une noblesse provinciale, dont un individu soumis pouvait s'enorgueillir aux ycui d'autres hommes soumis, mais qu'il n'y cuipa» de noblesse de l'empire, pas do noblesse reconnue poliliquementdansl'empire des Franli^* Les fonctionnaires de l'empire conservèrent seuls leurs anciens privilèges ; ils sont désignés dans les capitulaires comme une noblesse; c <>t à eux que Ton oppose le reste des hommes.
Karl-le-Grand, en poursuivant un tel but, ne peut avoir attaché peu de prix aux grande sacrifices qu'il imposait aux hommes libres tic l'ordre inférieur \ et il ne peut les avoir jusii-
fiés que par la nécessité. Il se crut peul-tHa'
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d^autapl plut oblige à réparer d^uno autre rna^ nièrc PO qu'il «o voyait contraint d'cntrcpron-drc contre ica hommes libres de Tordre inférieur, comme roi d'un si grand empire. Mais pette réparation ne pouvait s'établir que par rintelligence, par de rapides développcmcns, par de rapides progrés de civilisation, d'une meilleure religion, d'une moralité plus pure, d'une vie plus morale , et de toutes connaissances» et de toutes sciences plus nobles. On ne pouvait doQO arriver & cptte réparation qu'en prenant l'Église pour point de départ, en se ser^vant des ecclésiastiques,.parce que ceux-ci possédaient toutes les connaissances et toutes les sciences les plus nobles. Aussi Karl favorisa do toutes manières l'Eglise et ses serviteurs, et it devait les favoriser parce que hors de là il ne voyait pas de salut ni pour celte vie ni pour raulre. Aussi s'allacha^t-il à l'Église de toute son âme et de tout son cœur; aussi chercha* t-il à rélever au faite de la grandeur. De même qu'il honorait Dieu comme le père de tous les hommes, de môme il représenta volontiers (Église con^me la mère commune de tous les chrétiens, auxquels, par le baptême, elle avait donné une seconde vie. Il s'ciïbrça donc de maintenir Tunilé de l'Église par le pape et par la hiérarchie, afin que, s'appuyant sur le rocher de saint Pierre, elle se maintint inébranlable contre les attaques d'une époque grossière et orageuse, et afin que par elle le trône des Franks fût d'autant plus assuré à sa famille, IndépendSMnment de l'influence de la puissance temporelle, il lui accorda volontiers une \\^ intérieure propre, afin qu'elle pût se dévelop4 per avec d'autant plus de liberté et acquérir Jes forces qui lui étaient d'autant plus nécessaires, pourrésisleraux sauvagosagitationsdu monde. Comme avoué et protecteur de l'Eglise, il se réserva une surveillance sévère, afin de s'assurer constamment qu'elle ne s'éloignait pas de la direction par laquelle elle pouvait atteindre son but. Il considérait les évéques de son empire , bien que leur élpction fût remise au clergé et au peuple, comme ses propres évCqucs, et il exigeait d'eux Tobscrvance sévère de ses réglemens et de ses ordres. Mais, d'autre part, il ne leur interdit nullement toute influence sur les relations do la vie civile \ il écoutait volontiers leur sagesse, prenait leurs conseils et suivait sans peine leurs exhortations,
Bfifln il De négligea auçyu d«« moyens lerr^ii
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très qui lui semblaient nécessaires pour garanttir l'indépendance de l'Eglise, cultiver ce qui est sacré, assurer la nourriture et renlrotien aux pauvres et aux persécutés \ et il vit sans doute avec joie que l'Église laissa libre aux hommes des classes inférieures et aux malheureux l'accès de l'écheUo par laquelle, s'ils avaient de la vertu et du génie, ils pouvaient s'élever aux plus hautes dignités : car, de cette manière, l'humanité opprimée semblait être vengée et recevoir un juste dédommagement. Telles furent les vues, les tendances et le but que Karl-ifr<Grand conçut, maintint et suivit, non sans doute au commencement de sa carrière, mais du moins à sa fin : c'est là l'expression de l'impression générale produite par les écrits qui le concernent, et par le caractère do son époque. Il se peut que le grand empereur se soit fait illusion en accordant trop de con^ fiance à l'Église, comme sises serviteurs pouvaient rester étrangers aux passions humaines, et en comptant sur des institutions dont la vanité devait se manifester , dès que lui-même cesserait d'eu ôtrc l'âme. Mais, dans les relations difficiles où il se voyait placé, soit par la force des choses, soit par sa propre fautc^ il était difficile d'éviter les actes de dureté qu'il commit ou autorisa \ les moyens qu'il chercha et employa pour les adoucir lui font d'autant plus d'honneur que les prétentions auxquelles il avait & répondre chaque jour étaient plus violentes.