‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 216 sur 298 · LIT. XI, CHAP. VIL · texte numérisé non relu

LIT. XI, CHAP. VIL

confondues avec elles. Dans les capilulaires , bien que ces ordonnances s'occupent beaucoup de Tobligation du service militaire el de Thériban , on ne trouve aucune prescription particulière pour les bandes. Celles-ci doivent donc avoir été soumises aux mêmes lois que les hommes auxquels incombait le service militaire. Il ne se peut donc pas qu'elles aient été distinctes de ces hommes. Dans une lettre de Karl-le-Grand à sa Temmc Fastrada, les premiers succès contre les Avares sont attribués aux bandes venues d'Italie, et, d'après cette même lettre, ces bandes semblent s'être composées d'hommes soumis & Thériban. Enfin , on voit figurer dans un capitulaire de KarUle- Grand une punition qui doit atteindre celui qui néglige le service des bandes, et dans ce capitulaire, il est question de bandes de même que de gardes et de surveillans qui cependant appartenaient évidemment au service ordinaire de l'armée.

Mais tout cela ne semble pas suffisant pour faire admettre la première supposition. L'exécution de cette pensée aurait à peine été possible. Comment des hommes établis sur des bénéfices ou sur des alleux et obligés d'entrer en campagne à leurs propres frais auraient-ils été en état d'être toi:Oours armés et toujours prêts comme volontaires à un service continuel ? Lors même qu'une partie des hommes soumis à l'hériban auraient été forcés alternativement à un tel service , il est d'autant plus probable que Ton trouverait dans les capitulaires de Karl-le-Grand des dispositions à ce sujet, que ces bandes auraient été pi us difficiles à organiser, à ordonner et  maintenir. Mais cette circonstance précisément que les capitulaires ne parlent pas de cette position pourrait prouver que les' hommesqui composaient les bandes n'appartenaient pas à la classe d'hommes soumis à Thériban. Et qui oserait déterminer la valeur des autres motifs que Ton a donnés ? La pauvreté de la langue de cette époque , qui force les écrivains à employer un même mot pour des choses différentes, le vague des expressions, suite nécessaire de cet emploi , et l'insuffisance du langage, amènent bien facilement des erreurs el entraînent dans une confusion inextricable tout homme qui ne se rend pas en quelque sorte présente toute la position des choses et qui ne se donne pas ainsi une mesure du pos« lible et de l'impossible.

La seconde supposition , au contraire, bien qu'on ne puisse indiquer en sa faveur aucun témoignage formel de l'histoire , n^cst pas contraire à l'état des choses. Le roi d'un empire tel qu'était l'empire des Franks, fondé par la conquête et par la soumission , arrivé à une prodigieuse grandeur , formé de la réunion de peuples divers , ne pouvait se passer d'une forte armée dont il pût disposer à tout moment, sans condition , selon les circonstances el selon les événemens. Sans une telle force, on ne pouvait penser à aucun ordre et à aucui\e sûtrcté ; aussi les guerriers qui formaient cette force ne pouvaient être soumis aux lois d'après lesquelles l'hériban était régi-, ils devaient plutôt en réalité ressembler à ces corps libres de compagnons qui , dans les temps antérieurs , avaient coutume de s'attacher à leurs ducs , à la vie et à la mort, qui n'avaient d'autre bien que leurs armes , leur adresse à la guerre , leur ardeur de combattre pour acquérir la faveur de leur prince^ qui, alimentant la guerre par la guerre, cherchaient à acquérir à la poinle del'épée Thonneur, la gloire et des possessions ; qui enfin avaient fatigué la puissance et la force de Rome, et conquis la Gaule. Dans le fait, la supposition que les bandes franciques ont été un corps do compagnons de cette espèce se trouve appuyée d'abord précisément par ce nom de corps de compagnons , qui leur est attribué; ensuite, par cette circonstance que la bande est si souvent et d'une manière si précise appcllée la bande du roi -, puis, parce qu'un ancien écrivain appelle la bande une légion des guerriers les plus éprouvés; ensuite, par la manière dont Karl-le-Grand se servait de ces bandes -, de même , parce que le roi partageait le butin fait à la guerre parmi ceux qui s'acquittaient du service militaire dans sa maison (3) ; de plus, parce qu'un homme qui vivait à une époque assez rapprochée de celle-ci , Hincmar de Reims , désigne les bandes par l'expression de compagnons ; enfin, parce que ce même écrivain parle d'une multitude de guerriers tenant à la cour de l'empereur, toujours prêts à marcher , obtenant tout de l'empereur comme les anciens corps de compagnons obtenaient tout de leurs princes , la nourriture , les vêtemens , les chevaux et Tarmement ; élevés de plus dés leur enfance pour le service comme dans une école militaire et soumis immédiate* ment aux ordres de rcmpereur.

niSTomfi DU PÉtiPLË ALLE3iAND.

Il C6t ègdlcmcnl assct fdcile d'expliquer IV riglne et le mainlien d'un corps de cotnpogtiont de celle espèce par la marche de celle hi8lotre$ bien que les écrivains n'aient pas Jugé néces-< saire de nous transmettre aucune obserf atidn A ce sujet.

Gc Turent des corps de compagnons franks qui conquirent la Gaule. Ils Turent sans douté augmentés lorsque la conquête accrut les ressources deé princes qui les commandaient. Cliiodwig détint mattre de toutes les conquêtes Trankicê dans la Gaule, parce qu'il sut amener tous les corps de compagnons de ce peuple A le choisir cl A le reconnatlrc pour leur prince et pour leur roi. Pour proléger le pays^oumis, Chlodwig dut diviser la masse des compagnons. Uiie partie rcitla prés du roi ; d'autres parties dirent cantonnées dans les pays cnvironnans, selon qud les circonstances semblaient l'exiger ^ Or, pour maintenif le lien qui unissait tous les leules^ pour les enchaîner au roi et les uns aux aulres, pour les récompenser de leurs services cl les tranquilliser sur leur avenir, on leur assigna A titre viager ou A litre précaire^ tant qu'ils resteraient fidèles , des bénéflccU , c'est- A-dire des propriétés teniloriales détachées dé la grande propriété commune des conquérans, du n»c dont ils liraient leurs revenus pendant le temps où ils restaient eux-mêmes sous les armes. Ces relations conlinuércnt A subsister après la mort de Chlodwig, et le partage de Tempire enlre les fils et les petits-fils de ce roi no Tut en réalité qu'un accommodement au sujet des bénéfices cl des leules leurs posses* seursi Miiis dans la suite du temps , lorsque le danger qui avait existé pour les conquérans dans l'intérieur de leur empire^ comme au dehors, s'évanouit peu A peu, lorsqu'il ne sembla plus nécessaire de maintenir constam" ment sous les armes toute la communaulé des conquérans 5 lorsqu'on général la vie nouvelle sous la prépondérance reconnue des Franks se Torma de plus en plus ^ on permit aux leules de se disperser et de vivre sur les biens bénéflciaires qu'on leur avait inféodés*, ils restèrent seulement obligés de se faire passer en revue chaque année au champ de mûrs ou au champ de mai (où du rcsle les appelaient leurs propres inlcrèts, puisque c'était en même temps la diète de l'empire), cl à se ranger sous la bannière du roi lorsqu'une guerre élait jugée péccssairo. Lo reste do Tannée ils pouvaient

veiller tranquillement, sur leurs biens, &ttt Ira* taux do l'économie rurale cl A leurs propres intérêts. Mais les rois conservèrent toujours m certain nombre de leutes réunis autour d'euieo cas de nécessité et de danger momentané. Ces bandes réunies autour du roi Turent vraiscmblih blemen I appelées de préTérence les corpsdccompagnons du roi , pair opposition avec la généralité de tous les leules ou vassaux. Mais comme les conquêtes des Franks dans leur ensemble, même lorsque plusieurs rois les adtninislraicnl ou lorsque, selon l'expression habituelle, l'empire était partagé , étaient eanstamment regardées comme un seul et même empire , les différons corps de compagnons qui restèrent réunis autour du roi furent toujours considérèi comme un seul corps de compagnons , cl le corps de compagnons de chaque roi fut , â ce qu'il semble, appelé bande. Les membres d'une semblable bande s'appelaient hommesdc bande Jusqu'A ce qu'une nouvelle réunion de M l'empire eût aussi pour résultat une nouTellc réunion des bandes en un seul corps de cornpagnonè ^oyaux• Mais en même temps cccori» de compagnons royaux subit vraisemblablement de plus grandes modifications. Dans le principe, il se composait sans doute d'anciens compagnons du roi qui par cela même avaient déJA leurs bénéfices. Lorsque toutefois d'un côté l'agrandissement de l'empire eut rcndB nécessaire l'agrandissement de l'armée , lorsqu'on même temps , d'autre part , les possesseurs de fiefs s'efTorcérent de plus en plus de conserver leurs possessions A leurs desccndans, et que ces cfibrls ne restèfent pas sans résultat, on dut Tormer on corps de compagnooi loyaux de Jeunes gens qui n'avaient pas encore de bénéfices. On avait besoin d'un sémn naire pour l'armée, on le trouva dans le corps des compagnons royaux. Et si les biens du Ose ou les bénéfices devaient réellement être la récompense des services rendus, il était impos* sible qu'on commençât p^r la division des bénéfices, et qu'en Tace des anciens gucrricrs^si éprouvés, si riches , si couverts de cicatrices, on donnât des propriétés aux Jeunes liommes au moment même où ils entraient au scr\ico du roi. On devait plutôt exiger d'eux qui'* acquissent avant tout par leurs actions cl leur dévouement des droits A une récompense si honorable. Mais il no manquait pas de jeunes hommes qui , no perdant pas do vue ccl bon-

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