LIV. XI
flcDr, élaictit prêts au dévouement et & Taclion. Plus d'un jeune homme libre qui sentait en lui ]a force cl Ténergie de ses aïeux Tut certainement poussé par son inclination à prendre les armes et à se consacrer aux travaux de la guerre. Par là môme, il ne pouvait former des vœux plus élevés que d'entrer dans le corps de compagnons royaux pour arriver un jour, lorsqu'il serait devenu homme et après d'honorables travaux, à posséder d'honorablespro-* priélcs. El les hommes qui, en qualité de lentes du roi ) résidaient sur les biens qu'ils avaient acquis , entourés de tous les avantages et de tous les honneurs ; qui , précisément pour celte raison, formaient le vœu de Iransmellre à leurs fils les .biens qu'ils avaient acquis et peut-être améliorés 9 que pouvaient-ils faire de mieux que d'envoyer leurs flls au corps de compagnons royaux afln qu'ils se montrassent dignes de leurs pères et par là même dignes de recevoir et do conserver un jour les biens de leurs pères « comme bénéfices et comme prix de leurs services ? Du reste, on comprend que ce corps de compagnons royaux ne signifiait rien dans les relations politiques de Tempire, et que dans les affaires de la patrie il donnait tout aussi peu son suffrage que les corps de compagnons Pavaient jadis donné dans l'assemblée de la communauté des anciens cantons ; ils dépendaient simplement do la volonté cl des ordres du roi.
Il n'est pas possible de suivre sans interruption, par les traces historiques, le développement de ces relations. Mais & cette époque tumultueuse de l'empire où la maison desMérotingicds péril et oà les ancêtres de KarNe* Grand se frayèrent le chemin au Irôno, le corps des compagnons fut sans doute détaché d'autant plus facilement de ces rots mineurs et faibles, qu'ils savaient moins le commander avec dîgoité. Les maires du palais furent les chefs même de ces corps de compagnons, cl il est bien possible que le coup décisif que Pippin, père de Karl , porta au trône, fut réellement facilité par ces relations. Mais après que Pippin eut pris possession du Irône, le corps des compagnons peut avoir été agrandi et modifié. Le nouveau roi se trouvait dans une position dangereuse : il reçut le serment de tous les vassoux , mais il n'était nullement sûr de leur fidélité ^ la famille renversée avait certainement encore un parti ; elle avait encore des
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amis et des alliés; PhabilUdd, la reconnaissance, la compassion, l'espérance, la Crainte, toute passion noble et ignoble agissaient pouf elle sur les Ames des hommes. La nouvelle famille avait contre elle la jalousie, l'envie ^ la méfiance , le soupçon, l'ambilion et d'autres passions. Il fallait au nouveau roi une grande attention, des précautions bien calctilécs; il devait désirer d'être informé de lotit cd qui se passait par des hommes fidèles, maii il devait désirer aussi d'avoir partout é sa disposition des forces armées pour contenir tout mécontent dans les limites nécessaires ; car utl soulèvement aurait pu tout anéantir, parce que sa royauté était nouvelle; Il se peut donc que le corps de compagnons royaux ait été divisé en bandes , que celles-ci aient été dissc^ minées çà et là et que, dans leur ensemble, elles aient reçu le nom de bandes franciques. Karl-le-Grand enfin les augmenta peui-^tre à mesure de ses conquêtes et des moyens que celles-ci lui fournirent de récompenser des services rendus et une fidolilé éprouvée.
Nais lorsque de celle manière on a cru expliquer l'origine cl les relations des bandes franciques, on a épuisé tout ce qu'on peut reconnatlre à leur sujet. On ne trouve d'indications plus complètes ni dans les écrivains , ni dans les lois. On ne peut même décider si les bandes se Composaient de cavaliers ou de fantassins 5 ou des deux sortes de soldats, et l'on peut tout aussi peu dire quelles étaient leurs armes. En général, même dans les expéditions les plus grandes de Karl-le-Grand , il est aussi peu question de cavalerie que dans les expéditions des princes franks qui l'avaient précédé. Les écrivains , comptant follement sur les connaissances du lecteur, sonl indificrens A ces détails* On peut toujours admettre que les armées de Rarl-le-Grand n'élaiont pas dépourvues de cavalerie. Le besoin dut s'en faire sentir parficulièremcnl dans la guerre contre les Sarrasins et les Avares. L'expérience manquait tout aussi peu que les chevaux^ et les peuples IcutschsseplcntrionauxderempiredesFrankS) qui avaient éié par leurs combats à cheval là terreur des Romains, avaient sans doute tout aussi peu oublié leur ancienne adresse que les peuples méridionaux, dont César avait déjà admiré le talent de combiner la cavalerie avec 1 infanterie. Dans le fait. Il est question d'uri combat de cavalerie que Karl , fils de K&rMe^^
Grand, soutint contre les Saxons. Les capitu-* laires et les lettres deKarl-le-Grand parlent aussi de cavaliers , de chevaux et de prestations pour la cavalerie. Il est également fait mention de maladies des chevaux dans Tarmée, et dans les villœ royales on s'occupait avec soin de réducalion des chevaux pour servir d'exemple et de modèle aux vassaux et aux autr^ pro* priétalres fonciers. Il est donc vraisemblable, Hincmar semble en témoigner, que les bandes franciques, bien que peut-être elles n'eussent pas été exclusivement composées de cavaliers, n'en manquaient certainement pas, et que même, à cause de leur destination particulière, elles se composaient en majeure partie de cavaliers. Les écrivains parlent tout aussi peu des armes en usage dans les armées de Karlle-Grand et de ses prédécesseurs, que de leur organisation , de leur disposition et de leur manière de combattre. Dans les capitulaires cependant il est question de plusieurs sortes d'armes : il est parlé du heaume et de la cuirasse, de la lance et de Tare , et s'il n'y est pas question deTépée, on ne Ta probablement oubliée que parce que , selon les anciens usages teutschs, rhomme libre la portait constamment à son côté ; mais on ne trouve aucune indication relative à la nature particulière des armes défensives, aucune sur le caractère distinctif des armes offensives. Si Ton admet que Tancienne framée ou francisque était encore usitée, et qu'en particulier elle était l'arme principale des bandes frankes, ce n'est là qu'une conjecture fondée sur cette seule idée que l'ancienne arme nationale , brandie d'une manière si formidable par les hommes qui fondèrent l'empire des Franks , ne fut pas rejetée par leurs desccndans, d'autant plus que le système militaire semble n'avoir fait aucun progrès sous le double rapport de l'attaque et de la défense. EnOn l'on peut supposer avec la môme confiance que l'ordre de bataille et la manière de combattre étaient les mômes qu'aux temps antérieurs, que l'on se servait toujours du coin, de la disposition triangulaire pour rompre les masses ennemies et que les bandes frankes formaient le sommet et comme la pointe du triangle. Toutefois, rien ne peut être prouvé à cet égard* Karl-le-Grand sut probablement faire la guerre et dut les victoires qu'il remporta sur tant de peuples i son habileté aussi bien qu'& la supériorité du nombre. Pour toute
preuve, l'histoire nous présente les actions mêmes de ce prince.
Quels qu'aient été ia composition des bandes franciques et leur armement, il est hors de doute que la force principale de l'empire consistait, non pas dans ces bandes, mais dans l'ensemble des hommes qui , en vertu du droit politique, étaient obligés de suivre la bannière du roi et qui , concurremment avec ces bandes, formaientrarmée des Franks. Kaiile-Grand soumit à cette obligation tous lei hommes libres dans l'ancien sens ou dans le sens nouveau, qu'ils possédassent des alleux oa des bénéfices.
Dans les premiers temps de l'empire des Franks, lesleutes du roi avaient seuls été obligés à suivre l'hériban ; toutefois les Romains conquis qui étaient restés libres de nom, mais quidefaitctaientconsidéréscommeleslitesdeli masse des conquérans, avaient été forcés è fournir le nombre d'hommes nécessaire pôurrenforcer les armées des Franks : ils étaient conduits à ia guerre par les comtes. Mais par la suite, le système féodal développa sa nature : les vassaux obtinrent des biens toujours plus considérables en récompense de services vrais ou prétendus. Plus les rois de la race de Mérovée virent augmenter leur faiblesse et les difficultés de leur position, plus il devint facile à leun perfides fidèles d'acquérir de nouveaux bénéfices. Par là diminua le nombre de ces prétendus Romains qu'on était habitué à contraindre arbitrairement au service militaire. £o cITel, à mesure que leurs propriétés tombaient au pouvoir des vassaux à titre de bénéfices, ces Romains se trouvèrent soumis ù l'autorité des vassaux et furent soustraits aux obligations immédiates envers l'empire. Il se peut aussi que la diminution de la population qui se fit sentir en Gaule ait amené plus d'un vassal i donner quelques parties de ses bénéfices i d'autres hommes libres qu'il n'avait pas trouvés établ is sur ces terres et sur ce sol , et qu'ils les ait soumis aux relations que nous venons d'indiquer. En môme temps des possessions toujours plus grandes furent données aux églises, aux évôchés, aux couvens, auxdépensdcs biens communs des conquérans, el par là les évèctiés et les couvens furent soumis aux presta^ lions qui pesaient sur les vassaux du roi. Mais les hommes qui vivaient sur ces possessions cl qui les avaient peut-être appelées leun pro*