LIV- XI
priétés, furent désormais soustraîU également à rimmédialeté de Tempire par la dépendance où ils te trouvèrent à regard des églises et des couvens.
Si les lentes et les églises avaient reçu sous le litre d'alleux ou de propriétés réellement libres les biens qu'ils obtinrent de Tempire, les hommes qui jusqu'alors avaient vécu libres sur ces possessions auraient sans doute été placés dans la condition deslites de Tancien Teutschland : ils n'auraient été obligés , à Tégard de leurs nouveaux propriétaires territoriaux, qu'à un cens et à certains services en qualité de maoans. Ces dernières obligations leur furent en effet imposées, mais non envers le propriétaire seul. De même que le vassal du roi ne devint pas propriétaire du sol , mais qu'il en eut seulement l'usufruit, comme récompense des services dont il devait s'acquitter à regard du véritable propriétaire , c'est-à-dire à l'égard du roi et de la généralité des leutes ^ de même les hommes auxquels il remettait quelque partie de son bien féodal ne pouvaient & leur tour en être considérés que comme usufruitiers et nullement comme propriétaires. Ils ne pouvaient être que des vassaux médiats , arrière-vassaux, vassaux des vassaux-, indépendamment des prestations que leur imposait leur seigneur féodal, ils devaient se soumettre envers le roi et envers l'empire aux mêmes obligations que le vassal immédiat. Cette position était celle des vassaux des églises et des couvens aussi bien que celle des vassaux des leutes royaux \ car les biens des églises et des couvens , dontiës à ceux-ci aux dépens du fisc royal , continuèrent , aussi bien que les bénéfices des leutes, à être considérés comme biens fiscaux dont la propriété revenait au roi et à la généralité des leutes.
De cette manière, il se forma deux classes de vassaux : celle des vassaux immédiats et celle des vassaux médiats ; celle des vassaux de l'empire, appelés ordinairement vassaux du roi, et celle des vassaux des vassaux. Les premiers, par opposition aux derniers, reçurent le nom de semores (seigneurs , plus anciens) *, les derniers , en opposition avec les premiers , reçurent le nom de juniores (nouveaux *, plus Jeunes, inférieurs).
Pendant que ces relations se développaient dans les pays conquis sur la rive gauche du Rhin, les conquêtes des Franks s'étendaient
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dans le Teutschiand propre, et à mesure qu'elles gagnaient du terrain et s'y consolidaient , ces institutions y furent mises en vigueur. Ces mêmes peuples leutschs, qui, en vertu des traités, furent réunis à l'empire des Franks et conservèrent par là à leur tête des princes nationaux et héréditaires, tels que les Bavarois et les Allemanni, eurent sans doute une position différente tant qu'ils Jouirent de cet avantage. Les ducs des Bavarois et des Allemanni furent bien soumis au service militaire , et l'on fixa le nombre des guerriers qu'ils devaient, en cas de besoin , conduire à l'armée ; mais le choix des hommes qui devaient former leur contingent fut vraisemblablement remis à leur discrétion. Chez les autres peuples au contraire^ auxquels ce bonheur n'échut pas en partage, chez les Thuringiens, chez les Saxons , chez les Frisons et chez d'autres nations encore qui ne conservèrent pas de princes héréditaires, on introduisit les usages établis dans la Gaule. Les individus qui obtinrent à titre de bénéfice un bien confisqué, que ce bien eût été la propriété des princes et des chefs ou qu'il eût appartenu à de simples particuliers qui avaient excité la colère des conquérans , furent obligés au service militaire, tel qu'il était imposé aux vassaux*, et leurs manans furent réduits à la position d'arriëre-vassaux. Les hommes libres au contraire qui restèrent en possession de leurs propriétés héréditaires furent soumis & des obligations arbitraires en qualité de sujets; et si sur leurs propriétés vivaient des lites ou des manans, ceux-ci furent contraints, par une volonté également arbitraire, à suivre à l'armée leur seigneur territorial. Ainsi les anciens hommes libres, les grands comme les petits propriétaires fonciers , furent réduits à une position bien moins heureuse que celle des vassaux : ils perdirent toute influence sur les affaires publiques *, ils ne furent plus que sujets. Les services auxquels le vassal était obligé leur furent également imposés, mais sans leur consentement. Leurs lites, plus maltraités que les arrière-vassaux , partagèrent leur sort. £1 l'espérance qui animait les vassaux d'arriver par leurs services à des possessions plus grandes, à des honneurs, à des dignités, leur fut interdite.
Ces relations violentes amenèrent l'état do choses que nous avons décrit et auquel Karlle-Grand chercha à remédier en éloignant du
lirSTOIflE DU PEUPLE ALLEMAND.
moins TarbifrAire et on introduisant un ordre légal. Car (anl que celle situation durait , les grands propriétaires territoriaux devaient né-^ cessairemcnt devenir vassaui ; les grands vassaux , confondant les bénéfices et les alleux , devaient étendre toujours davantage leur usurpation *, les propriétaires libres de Tordre Mènent, exposés sans défense à l'arbitraire des officiers de Tempireet aux mauvais traitemens des grands vassaux , devaient disparaître rapidement ; s'ils ne trouvaient pas quelque pro* tcction dans le vasselago des églises ou dans Tappui d'un ofllctcr de Tcmpire, ils étaient abaissés Jusqu'à la position de sujets et de serfs. Mais les moyens que Karl mit en œuvre furent pcul-ôtrc tout aussi mauvais que le mal luimême, soit qu'il ne connût pas & fond la position des hommes libres de Tordre inférieur, soit que les tendances des grands et des puisftans de son empire le forçassent précisément à remploi de ces moyens. Peut-être aussi futil dominé par l'idée de la suprématie impériale.
Les règlemens de Karl semblent avoir été préparés par le serment qu'il se fit prêter com* me empereur par tous les hommes libres de Son empire âgés de douze ans et au-dessus. Quelles furent les vues du nouvel empereur en exigeant pour la première fois ce serment? C'est ce qu'on^prut laisser indécis ; mais on peut admettre avec certitude que des officiers prirent note de tous ceux qui prêtèrent ce serment, et en informèrent Tempereur. Ainsi il eut des rcnseignemens précis sur le nombre d'hommes capables de porter les armes qui se trouvaient dans son empire. Cette connaissance le mena peut-être plus loin.
L'empereur en effet défendit avant tout de diminuer les biens du flsc ou de transformer les bënêflcos en alleux par force ou par des Ventes simulées. II défendit également de réduire une propriété libre À Tétat de bien féodal pour la rendre ensuite comme arriére-fief (k Tancien possesseur. îl défendit A tout homme libre do céder ses biens é l'Église , de se consacrer lui-même au service de Dieu sans sa permission expresse. Et pour donner toute vigueur tk ces défenses, ri fit dresser dans chaque canton la liste de toutes les propriétés foncières, non-seulement des bénéfices immédiats bu médiats ( et dans ce cas on devait tenir compte de ceux qui appartenaient à TÉglise
comme de ceux qui appartenaient aui set' gneurs séculiers)^ mais aussi des allcui. Acelle occasion ^ il fit rechercher combien d'hoianm vivaient sur chaque propriété-, dans quel éU( 80 trouvait ceUe*oi , et en particulier A quelle espèce de propriété ceux qui pouédaient à U fois des fiefs et des alleux coaiaeraiefit le plus de soins.
Karl Justifie ces mesurée : n D'un cété) dit-ii, îl avait appris par expérience que lesbénéfkM avaient été négligés pour les alleux, etd'aotre part , îl avait été informé que les homniei li^ bres de Tordre inférieur se donnaient eux «t leurs biens aux églises, rarement par dévotion , et presque toujours pour se soustraire au service militaire et i d'autres obligatioat; que souvent ils étaient détermtnéa à cet acte paroe qu'ils étaient trés-opprimés par les èvéquesel les abbés , parles comtes, Jugea et centenien, qui convoitaient leurs biens et les ameniieot A y renoncer tantôt par la séduction , tantôt par de mauvais traitemens et même en les rédui* sant à des travaux servîtes \ que s'ils ne voulaient pas abandonner leurs biens patrimo* uiaux, ils étaient oonstammeot oomoioodéi pour le service militaire Jusqu'à ce qulli fu»sent réduits à la dernière misère et mis bon d'état de conserver leurs patrimoines^ que ceui au contraire qui concédaient leurs propriéléi à ces seigneurs ecclésiastiques ou laïques» ei continuaient à y vivre comme colons et cooiint litcs , restaient tranquilles et étaient méoag^ en tout ce qui concernait le service militsire; que de plus les hommes libres de Tordre inférieur se plaignaient houtemeot d'être dépouillés de leurs propriétés et élevaient des accota* tions non moins fortes conU*e les évéqoea ci les abbés que contre les comtes et les ceo(eniers \ il fallait remédier à un tel désordre, afin que ces infortunés, réduits à la dernière misère et même au désespoir, no devinssent pai des mendians ou des brigands, s
Ainsi une nouvelle organisation légale se rat* tachait sans doute à ces mesures. Tout bomoie libre qui possédait un bénéfice do quatre mao* SCS de terre cultivée devait être tenu à s'armer lui-même et à entrer en campagne avec son senior. Do même tout homme libre qui possédait en propriété quaire manses de celle nature devait être prêt et armé pour suivre le comte é la guerre. Si au contraire la propriété d'un homme était au-dessous de quatre mao-
U\. Xt, CHAÎ>. VII.
m , plusieurs pcllles propriétés devaient ôlre réunies, de loUe sorte que par quatre manscs, un homme fût armé et prêt à entrer en campagne. Un , deux ou trois individus devaient » selon rétendue de leurs possessions , venir en aide au second, au troisième ou au quatrième^ et lui faciliter proportionnellement les moyens de s'équiper.
On comprend sans peine que tous les hommes soumis de celte manière au service n'é* (aient pas sommés tous à la fois de s'en acquit» 1er réellement» Cela dépendait de retendue du danger ei de la proximité de Fennemi. Un exemple peut servir de mesure. En Saxe, sur six hommes soumis au service, un devait entrer en campagne lorsque Texpédition était dirigée contre TEspagne ou contre les Avares; un sur trois lorsqu'on marchait contre les Bohèmes; mais tous devaient se lever en masse comme landuehr^ s'il s'agissait de combattre les Sorbes. Des circonstances particulières entraînèrent nécessairement des exceptions, telles que de mauvaises récoltes ^ des inondations et d'autres désastres, mais si une province avait été dispensée pour une année de 1 bériban, l'absence de ses guerriers devait être com* pensée par de plus grands eiïorts de la part d'autres provinces.
L'homme sommé ne pouvait, sous aucun prè^ texte, rester chez lui. S1I osait désobéir, Il devait pour punition payer rhériban entier, c'està-dire soixante sols -, s'il ne pouvait pas payer cette amende , il devait appartenir au prince jusqu'à ce qu'il l'eût compensée par son travail. Pourtant il ne sortait pas du rang des hommes libres. Il ne pouvait ôlre acquitté que s'il avait fait une campagne l'année précédente. Mais Si le comte, le centenier, l'avoué d'une église ou tout autre oflicior avait donné à un homme appelé au service la permission de rester chez lui, par considération pour la position de l'homme ou par suite de ses supplioations et de ses prières , pour des motifs de parenté ou par corruption i cet officier devait payer Thériban pour celui qui n'avait pas paru à l'armée. L'empereur se réserva le droit d'accorder des congés ) il fut simplement permis aux comtes de laisser en arriére deux hommes atteints par le ban pour la protection de sa femme, et deux autres pour chacune des branches de son administration 9 afin que le service du roi ne souffrit eu rico. On permit aussi aux évèques et aux
abbés de laisser chef eux deux hommes , et si quelque senior était forcé, par un cas fortuit, de rester chez lui, cette circiinstanee ne libé» rail nullement les hommes obligés au serYice(4) qu'il devait conduire à l'armée , qu'ils fussent lites ou arrière-vassaux. Dans co cal , ceux-ci devaient suivre la bannière du comlei
Les ecclésiastiques étaient personnellement dispensés du service militaire. Dès les premiers temps de l'empire des Franks , des étèques et des abbés avaient, sur divers points , pris volontairement les armes en qualité de proprié- Uiires fonciers, et, réunis aux leules séculiers des rois , ils avaient combattu les ennemis de l'empire. Les uns peut-être étaient excités par un esprit mondain , d^aulrcs pouvaient croire qu'au milieu du tumulte de la guerre qui agi« tait ces temps grossiers, il n'y avait que dans les armes protection pour les biens des églises et garantie pour leur accroissement. Et comme en général les luîtes soutenues par les Franki semblaient avoir pris un caractère religieux ^ puisque ce peuple avait pour adversaires dot hérétiques , des païens ei des infidèles , il se peut que les ecclésiastiques aient facilement Justiflé à leurs propres yeux et ù ceux du mon-» de , par leur zèle religieux , leur participation à la guerre. Mais des hommes pieux virent en tout temps avec peine que des mains qui ne devaient se lever que pour la prière et la béné^ diction brandissent une épée ensanglantée. Grégoire de Tours déjà s'exprime avec amer* tume au sujet d'une telle profanation du mi'* nislère sacré ) et à toutes les époques, des plein* les furent élevées contre cette erreur desecclé* siastiques ; cependant dans le sautage tumulte qui tourmenta le règne des Mérovingiens, on n'avait pu songer è aucun remède à ce mal, l'esprit ecclésiastique disparut avec Tordre* Une agitation toute terrestre, qui trop souvent enlralna des vices et des actions vulgaires , se répandit parmi les hommes consacrés è Dieu ) mais du moment que les aïeux de KarMe-^ Grand administrèrent l'empire , du moment que saint Doniface eut exercé son influence et que l'Église fut arrivée à l'unité sous la supré** malie du siège apostolique, beaucoup de chan** gcmens et d'améliorations s'éUiient tniroduilStf Le père et l'oncle de Karl n'avaient pas seule* ment interdit aux ecclésiastiques le costume laïque , la chasse cl les exercices qu'on Aiisait alors avec des chiens , des niucom et des éper*
viers , mais ils avaient encore ordonné qu'aucun ecclésiastique ne suivrait Tarmée à la guerre et aux combats. Karl-le-Grand, à peine arrivé au pouvoir, avait renouvelé ces règlemens. Mais l'ancienne habitude n'avait pas été détruite, parce que évidemment les ecclésiastiques craignaient , en déposant les armes matéfielles, de ne plus trouver contre les attaques jdes laïques qu'une bien faible défense dans leurs vêtemens sacerdotaux. Aussi ne peut-on dire si la douleur que les laïques exprimèrent en voyant les évoques conduire en personne & la guerre leurs colons et leurs vassaux fut ou non une sainte douleur produite par le sentiment religieux et par la bienveillance.
Il nous a été conservé des représentations qui, dit-on, furent remises par le peuple, c'està-dire par les laïques, & l'empereur dans une diète tenue à Worms, l'an 803. Sous ce rapport, elles ne sont pas sans importance: « On y supplie instamment l'empereur de ne pas permettre aux évèques d'entrer en campagne avec les laïques, puis qu'il valait mieux qu'ils ac- (i^omplissent chez eux , conformément aux canons, leur saint ministère, et priassent pour l'empereur et pour l'armée. Tandis que Moïse élevait |es mains vers le ciel, ^Israël avait vaincu, et lorsque ses mains étaient fatiguées, Israël avait tourné le dos. L'empereur aurait aussi des guerriers plus nombreux et plus énergiques si les évèques ne se trouvaient pas à l'armée. Ceux qui étaient conduits par les évèques ne s'attachaient qu'à veiller à la sûreté des seigneurs spirituels, et par conséquent restaient en arriére dans la lutte. Si par hasard un évèque avait été blessé ou tué, la terreur inspirée par un tel malheur avait exercé une fftcheuse influence sur l'armée, et à cet aspect plusd'un homme avait pris la fuite. L'empereur ne pouvait donc permettre que plus de deux ou trois évèques, bien instruits et choisis par les autrei, accompagnassent l'armée pour la bénir et donner aux soldats , à leur dernière heure, les consolations célestes. Il ne fallait pas croire que ces prières cachassent en eux des vues secrètes, qu'ils voulussent se rendre mattres des biens de l'Église ou arracher aux évèques ce qui leur avait été donné volontairement. Ils désiraient plutôt augmenter, pour le salut de l'empereur et pour leur propre salut, les biens de l'Église , car ils savaient bien qu'ils étaient consacrés à Dieu et formaient le prix de rachat
des péchés , et que celui qui les usurpe coin* met une profanation des choses saintes, lis ne doutaient pas non plus que les profanations des choses saintes et les hommes frappés d'eicommunication ne fussent pas seulement exclus de la communauté des fidèles, mais aussi ^^ poussés du royaume de Dieu. Et pour éter (oui soupçon aux prèlrcs et aux fidèles du Christ et à la sainte Église de Dieu , ils juraient devant Dieu et devant ses anges, devant l'empereur, devant les prêtres et devant tout le peuple, qu'ils ne feraient et ne souffriraient pas d'actes semblables \ mais qu'ils étaient résolus à les empêcher avec le secours de Dieu. En conséquence, l'empereur était prié de leur accorder leur demande, s'ils devaient rester ses fidèles. »
L'empereur donna pour réponse « qu'il s^ rait toujours prêt à accorder tout ce qui pourrait contribuer à l'avantage de la sainte Église de Dieu, des prêtres, de tout son peuple et de ses fidèles^ que, relativement à l'objet qu'ils lui soumettaient , il en serait délibéré dans une diète. » Puis il demanda l'avis du pape, et comme cet avis était conforme à ses désirs, comme en même temps beaucoup d'évêquesse déclarèrent en sa faveur, et comme les anciens canons même de l'Église semblaient conçus dans ce sens, il en résulta, avec le conseil de tous les fidèles de l'empereur, une ordonnanct conforme dans sa généralité aux désirs des laïques; « Aucun prêtre ne devait marcher contre l'ennemi , si ce n'est deux ou trois évèques choisis par leurs collègues pour donner la bénédiclion, prêcher, absoudre le peuple et diriger des prêtres choisis pour dire la messe et soigner les fimes ; mais aucun ne devait porter les armes, aller au combat et verser le sang; ils ne devaient porter avec eux que des reli' ques, administrer les choses saintes et prier de toutes leurs forces. Les autres prêtres, qui restaient chez eux et près de leurs églises, de* vaient bien armer ceux de leurs homnKi qui étaient obligés au service , et les placer sous la conduite immédiate de l'empereur ou sous celle d'un capitaine auquel Tempereur confierait cette mission. Eux-mêmes devaieol prier pour l'empereur et pour toute son armée, afin que Dieu leur donn&t la victoire. »
Tous les hommes appelés à l'armée, qu'il* vinssent des possessions ecclésiastiques ou des possessions séculières devaient, d'aprii l'or*
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donoance de Karl , se rassembler au jour fixé dans un lieu déternniné. Des envoyés exprès de Fempereur parcouraient Tempire, chacun dans son cercle, pour surveiller rarmcmcnt, activer le départ et maintenir tout dans Tordre suivant le plan et le but de la guerre. Tout individu qui venait trop tard au rendez-vous élait puni d'une peine disciplinaire. Tous étaient passés en revue à leur arrivée \ chacun devait être armé au moins d'une épée, d'un bouclier et d'une lance. A la place de la lance, il pouvait apporter un arc avec deux cordes et douze flèches. Le possesseur de douze manses devait avoir une cuirasse; s'il ne la portait pas avec lui, il perdait tout bénéfice; le casque pouvait remplacer la cuirasse.
Enfin, chaque guerrier, selon l'ancien usage, devait être pourvu de vivres pour trois mois, à pariir de la marche ou frontière ; mais les marches furent déterminées de nouveau. Les hommes établis dans les demeures principales des Franks, dans les pays situés entre le Rhin et la Loire, obtinrent, par la détermination de ces marches, un avantage important. En effet, si Texpédition était dirigée contre l'Espagne, la Loire était la marche pour tous les guerriers qui demeuraient au nord et à l'est de ce fleuve. Les Pyrénées au contraire étaient la marche pour les guerriers qui demeuraient au sud de la Loire, et par conséquent pour les guerriers d'Aquitaine et de l'ancienne Gothic ; mais si l'expédition était dirigée vers l'est, le Rhin élait la marche, et pour tous ceux qui demeuraient sur la rive droite du Rhin, par conséquent pour tous les peuples teulschs sans excepter les Saxons , l'Elbe servait de frontière.
Les convois nécessaires pour les besoins du roi, des évoques, des comtes, des abbés, et de Fcntourage du roi, suivaient l'armée, ainsi que toutes sortes d'approvisionnemens , et de machines et d'instrumcns ; on emportait même des projectiles, et il ne manquait pas d'hommes qui savaient s'en servir. Le transport devait s'exécuter aux dépens des propriétaires fonciers. Chaque comte devait, dans l'étendue de sa juridiction , veiller à ce que les routes et les ponts fussent en bon état, et, pour ce travail, il mettait les paysans en réquisition. Les troupes étaient logées chez les habilans quand cela élait possible. Le comte devait avoir à sa disposition , dans les pays qui lui étaient soumis, les deux tiers de toute l'herbe ci de tout le
foin pour la nourriture des chevaut et des autres animaux que l'armée menait avec elle. Du reste, on maintenait dans Tarmée une disci-' pline sévère : tout délit était puni -, des peines* rigoureuses étaient particulièrement établies contre l'ivrognerie qui d'habitude eniratne le désordre et des actes de violence. Tout homme qui se refusait à assister son compagnon con^ tre l'ennemi commun était puni de la perte de tout bénéfice, et celui qui s'éloignait sans permission de l'armée ou qui se rendait coupable du crime que les Franks, selon l'expression de Karl, appelaient en langue teutsche héris^ Hess (5), devait être mis à mort.
Yoilà en somme les dispositions légales que Karl-le-Grand avait prises par rapport à l'or* ganisation militaire et au service de l'armée '^ les comtes devaient veiller aux détails de l'exécution. Lorsqu'on examine ces réglemensetque l'on réfléchitque la vie devait être améliorée par de telles lois, on éprouve malgré soi un sentiment d'horreur à l'idée des relations sociales qu'elles devaient contribuera changer: ce sentiment estinspiré aussi par l'état de choses qu'el-^ les devaient amener, si elles étaient sévèrement maintenues. Les grands seigneurs de l'empire, les officiers et les vassaux royaux pouvaient êlre arrêtés par ces lois dans leur tendance à opprw mer les pauvres ^ mais ces obstacles tournaientils à l'avantage des classes les plus pauvres de la société, des hommes libres de l'ordre in-^ férieur, des liles, des colons et des arrièrevassaux ? Karl peut avoir eu de bonnes inten* lions ; mais les petits possesseurs de bénéficet ou d'alleux devaient être détruits par de telles lois et devenir serfs mendians ou voleur» de grand chemin. Il était impossible qu'ils pussent entrer chaque année en campagne, ce que devait exiger presque toujours la position de l'empire ; il était impossible môme qu'ils pussent contribuer annuellement à l'armement d'un homme aussi pauvre qu'eux-mêmes. La petite étendue de leurs terres , qui leur assuraient seules les moyens de suffire à leurs besoins, ne leur permettait pas de s'absenter*, elle ne leur fournissait pas non plus des bénéfices assez grands pour qu'ils pussent, aprèa^ avoir satisfait à leurs besoins, suffire à de si grands frais. D'autre part, s'ils étaient asse:» audacieux pour ne pas exécuter l'ordre d'entrer en campagne et pour rester chez eux, ou s'ils osaient plus encore, s'ils quittaient l'armée
40* lîfSTOIRR DU PKUPLÊ ALLfel^IAND.
pour retourna» chez eux , ils perdaient leur»
propriétés, cl si leur fortune n*èlail pas suffl- •anlo, ils étaient réduits a reselavage ou mis à mort ; ils étaient lancés dans un labyrinthe qui DO leur offrait d*autre issue que Tabîmo de la 4esl motion.
Mais comment aurait*<on pu maintenir se* vércment ces lois, si même sous les yeux d'un prince tel que Karl-le-Grand , on dût rencontrer des abus et des malheurs assez grands pour qu'elles ne pussent pas y remédier? Comment les princes qui vinrent après lui, et qui n'avaient ui son génio ni la force que lui donnaient ses hauts faits, auraient-ils été en état de donner quelque valeur à ces lois contre la puissance du système féodal , qui par sa nature était ennemi de toute liberté , qui ne voulait quo dominer, et qui, ayant ses racines dans l'asservissement, ne pouvait avoir que Tasservisscmenten vue? Le clergé, malgré le zèle de quelques pieux évoques, était opposé & ces lois, parce qu'il voyait dans la défense qu^on lui taisait de porter les armes, non une faveur, mais un moyen de le dépouiller et de l'opprimer, et parce qu'il ne croyait pas les avoués des églises assez forts pour éloigner le danger. Les officiers laïques de l'empire et les grands vastaux ne voulaient également pas ces lois, parce qu'elles les contrariaient dans les efforts qu'ils faisaient pour agrandir leurs propriétés et leur puissance. Sous rinfluence d'un empereur redouté, ils n'avaient sans doute donné leur assentiment à ces dispositions que dans la confiance qu'il leur serait facile de suivre leur earrièro en dépit de l'empereur et des lois. Quant à ceux qui, dans l'opinion de Karl, devaient être protégés par ces lois, aucun ne pouvait désirer qu'elles fussent maintenues, parce que tdute la masse des hommes libres de Tordre inférieur, des lites et des arriëre^vassaux, n'avait en perspective qu'une ruine certaine. Ces lois devaient donc introduire dans la vie de nouveaux élémens de confusion ; elles devaient soulever des passions nouvelles et ouvrir le chemin h de nouveaux méfaits, à de nouvolles perfldies \ mais elles devaient aussi aasurer à ceux qui avaient le pouvoir en main les moyens d'atteindre le but que se proposait lour égoïsme ^ elles ne pouvaient enfin qu'être un avantage pour les grands.