‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 225 sur 298 · LIV. XI · texte numérisé non relu

LIV. XI

partie des possessions communes pour en Jouir immédialemenl ; et avec celle propriété , on lui avait abandonné, pour en disposer à son gré, les hommes qui y vivaient. Selon retendue de ses terres, il devait, conformément & ses obligations envers le corps des vassaux , contribuer à la défense de la communauté, de même qu'il devait èlre secouru par celle-ci. Il employait dans ce but les hommes établis sur SCS terres. Celait son aiïaire de les armer et de les entretenir; ou plulèt on lui laissait le soin de les conlraindre à s'armer et à se défendre cux-mômes. Les autres hommes qui n'appartenaient pas aux possessions d'un vassal , mais se trouvaient encore soumis à l'empire luimême, à la généralité des vassaux et au roi, et qui, pour celle raison, étaient appelés libres, recevaient l'ordre de prendre part à celle défense. Ils devaient s'armer pour entrer en campagne en tel nombre qu'on l'exigeait , à leurs propres frais ou avec l'assistance de leurs voisins. Jusqu'à la frontière, l'armée réunie vivait aux dépens des cantons que l'expédtiion traversait. A partir de la marche ou de la frontière, chaque individu devait prendre à son compte des vivres pour trois mois. Ordinairement une campagne, à partir de la marche, ne durait pas plus de (rois mois (5). Beaucoup d'hommes qui , par légèreté ou par misère, ne s'étaient pas suiîisamment pourvus pouvaient périr, beaucoup d'autres pouvaient trouver la mort après leur retour dans leurs foyers; mais qui s'occupait de leur sort ? qui s'inquiétait de leurs douleurs ?

Il est clair que les choses les plus importantes, qui dans les temps modernes exigent les plus grandes dépenses des gouvernemens, ne se faisaient pas alors aux frais du roi et de ses ministres : ainsi ,1a chambre royale avait beaucoup moins besoin d'argent que les caisses publiques de nos Jours. Les finances de Tempire demandaient par conséquent aussi une attention moins sérieuse ; aucune idée d'économie politique ne pouvait naître dans de telles relations.

Voici tout ce qui devait être défrayé par la chambre royale : en général les machines et les instrumens que la guerre exigeait, puis Tentrctien des troupes de la maison royale, ou bandes franciques; ensuite les équipages, l'entrelien, et les présens des ambassades envoyées par le roi aux princes étrangers ; et les

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dépenses des envoyés et d'autres délégués dans l'intérieur de l'empire ; enfin les frais de It cour du roi avec tout ce qui s'y rattachait* Sans doute, on pourrait encore déduire de celle estimation beaucoup de choses qui ne tombaient pas à la charge du fisc royal. Les ma«chines de guerre et les instrumens que nécessitait une campagne devaient être procurés par chaque comte, à proportion du nombre d'hommes placés sous ses ordres, et probablement le roi n'avait qu'à veiller aux besoins des bandes franciques. Les envoyés royaux et tous autres députés vivaient aux dépens des cantons et des communautés où ils se rendaient* Ils avaient droit au transport, au logement, aux vivres, à tout ce qui tenait à l'entretien. Le roi lui-même, lorsqu'il voyageait dans rem-* pire, vivait avec sa famille aux frais des habitans qui avaient, sinon à se félicrter, du moins à se glorifier de sa présence. Toutefois d'ordinaire, il logeait de préférence chez les ecclésiastiques du rang les plus élevé, et de celle manière» il s'évitait de bien grandes dépenses. Cependant il restait encore assez de charges et d'occasions de dépenses, et il fallait toujours au fisc r(»yal des receltes imporlanles pour faire face à tout ; mais on ne peut exprimer avec certitude la masse de ses besoins ni déterminer quels étaient en somme ses revenus. Tout ce qu'on peut admettre, c'est qu'une partie de ces revenus consistait en produits naturels elune autre partie en argent comptant ; car l'on connaît presque toutes les sources où l'on puisait.

Une des principales , qui pouvait du moins être immédiatement utilisée, se trouvait dans les propriétés territoriales du roi appelées villœ^ Karl possédait un très-grand nombre de biens de celte espèce. Beaucoup sont indiquées par leurs noms dans l'histoire de sa vie et de sa famille; il en est beaucoup d'autres que nous ne connaissons pas parce que personne n'a eu occasion de les nommer. Elles furent sans doute réunies successivement au domaine ; il se peut qu'elles aient consisté en partie dans les biens allodiaux de ses ancêtres, et en partie en bénéfices acquis par ses ancêtres en qualité de leules du roi , de ministériaux, de maires du palais. De plus, toutes les possessions qui étaient restées aux derniers Mérovingiens furent vraisemblablement transmises à la nouvelle famille royale. Les possessions des. pria-

CCS vaincus écbèaient aussi au roi ; il se peut même qu^un assez grand nombre de propriétés confisquées lui soient restées depuis qu'il n'existait plus de maire du palais qui en rendit compte i la diète de Tempire. Karl Ot admioisirer ces biens avec soin , et les produits, soit en nature, soit en argent, revenaient à la cour, Â la chambre du roi. Quant à ce que la guerre exigeait d'armes , d'équipages , de machines et d'outils , on le tenait constamment prêt sur les biens même du roi.

Karl sut étendre encore ces propriétés territoriales en réunissant en partie les forêts libres du Teulschland à ses viUœ et en en tirant partie non-seulement en y abattant du bois, mais aussi en se les réservant exclusivement pour les plaisirs de la chasse. Et qui Ton aurait empêché , ce prince puissant ? Les comtes nommés par lui secondaient les vues de leur maître, les vassaux avaient A redouter son génie et sa volonté , et le reste de ses sujets n*osait pas le contredire. Les forêts , administrées avec soin, assuraient un riche bénéfice.

Ensuite , les trésors de la (erre, le sel et les métaux, considérés comme propriétés communes des maîtres de Tempire , furent par là même regardés comme propriétés du roi. On peut le supposer aussi bien d'après les principes généraux des Franks que d'après les faits postérieurs de Thistoire. Dés le principe , les salines et les mines qui se trouvaient dans les provinces derempire romain dirent considérées comme un bien commun des conquéranset par conséquenlcommcdes partiesdu fisc.Quelqucsunes, données en bénéfice, mais sans doute plus tard, restèrent dans la possession immédiate du roi à cause des difllcullés do Texploitalion. Si de nouvelles salines ou de nouvelles mines étaient découvertes sur les biens bénéfi* ciaux, on ne les considérait pas comme appartenant à la terre inféodée , mais elles devaient être inréodées par une disposition expresse ; ce dernier cas n'avait lieu que moyennant la cession d'une partie des produits d la chambre royale. Si on les trouvait, au contraire, sur des biens qui dépendaient immédiatement de l'empire, sur des propriétés aliodialcset communes, elles étaient considérées comme propriétés des grands possesseurs fonciers , et le roi pouvait se charger de les exploiter. Cependant il est ù peine question de toutes ces choses au temps de Karlf D'autre part, KarMcrGrand ordonna

qu'on ne battrait monnaie qn'à sa cour psrco que autrement l'expérience avait appris qne la monnaie serait altérée, et le droit de monnaie devint un profit pour sa chambre.

Une autre source de revenus pour la chambre royale se trouva dans les impôts qu'à l'exemple des Romains, on établit dès les premiers temps de l'empire sur les communications des hommes et qu'on conserva ou qu*0Q augmenta ; il y avait des péages de toute nature. Antérieurement & Karl-le-^rand, sous son règne même et après lui, on trouve une longue suite de noms qui désignent les dilTérens impôts extorqués aux hommes pour leurs communications ; tous sont fondés sur la pensée que chacun est maître sur sa terre et que tout autre homme qui veut exploiter cette terre t son avantage doit faire une convention avec le seigneur et lui acheter la permission d'en profiler. Or, toute terre, en y comprenant les rontes et les fleuves, appartenait aux Franks, aa roi, A ses vassaux. C'était ou une propriété de la chambre royale, ou un bien inféodé aui e^ clésiastiques ou aux laïques à titre de bénélicei, ou un alleu laissé aux mains des prétend» hommes libres. Sur les «n7to royales, le roi était seigneur en qualité de propriétaire immédiat. Sur les bénéfice, les vassaux étaient seigneurs*, la seigneurie des alleux apparlonait à la communauté ou, en son nom, au roi. Chacun de c«s seigneurs croyait pouvoir lever sur son territoire des droits sur les plaines et let forêts, sur les portes et les barrières, surlei ponts et les bacs, sur les bateaux et les écluses, aussi bien que sur les places où un indmda voulait vendre ou acheter, sur les marchésjH ces droits étaient plus ou moins élevés, seloo que celui qui y était soumis venait à pied, eo voiture ou en bateau. Les ofliciers da roi étaient exempts de tout péage, dans leurs Tofa* ges à la cour ou en revenant de la cour; ain»' que les convois chargés de provisions poorb cour , les hommes sommés de se rendre à ^a^ mée, les pèlerins et toute personne qui ne torageait pas pour des affaires de commerce oa d'intérêt. Karl-le-Grand établit dans ses riOt des percepteurs de péages particuliers. Onlair donnait des modèles d'équitable tarif, et ili ne devaient faire valoir ceux-ci ^que lorsqu'oa procurait au marchand des facilités réelle*. Quant aux vassaux de Tempire , ils abus^ rent de toutes manières, et quelquefois cruel-

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